ciw % j. "* w^9< 15i *i # -V:i- o ^ /l^ ihX^ ce. (V^ ^/C^^sa^^^^ =*-^--/ z^- -^ % ^^ 'f^/ :mjiBE:s SUR LES INFUSOIRES ET LES RHIZOPODES PAR Edouard CLAPARDE KT JoHANNES LACHMANN. AVANT-PROPOS, T-C!fe(S>5C=:J>s- Diverses circonstances ont retard la publication de cette troisime et dernire partie de nos Etudes sur les Infusoires. Cependant, c'est la partie de notre travail dont la r- daction remonte l'poque la plus ancienne, puisqu'elle forme le Mmoire envoy en 1855, par M. Lachmann et moi, l'Acadmie des Sciences de Paris. Pendant l'intervalle, la science a march, des dcouvertes saillantes et nombreuses ont enrichi le domaine de nos connaissances, et, par suite, il et t peut-tre dsirer que ce Mmoire ft re- fondu dans quelques-unes de ses parties. Toutefois, la permission qui nous a t accorde par l'Acadmie de Paris de publier le prsent travail, nous imposait le strict devoir de publier le texte mme que sa commission avait eu sous les yeux. Je me suis conform cette exigence morale; mais j'ai suppl aux lacunes par quelques notes insres au bas des pages, notes que j'ai toujours soigneusement distingues des autres, en indi- (piant d'une manire expresse leur date rcente. Les seules modifications que j'aie fait subir notre rdaction primitive ont consist dans quelques corrections de style et dans la suppression de certains passages, rendus inutiles par la publication des deux pre- mires livraisons de nos Etudes. J'ai d aussi, pour mettre plus d'harmonie dans notre travail, remplacer, lorsque cela tait ncessaire, les nonis de l'ancienne nomenclature par des dnominations conformes la classification nouvelle que nous avons propose. Je ne puis terminer ces quelques lignes prliminaires sans signaler au lecteur l'on- 4 TUDES SUR LES INFUSOIRES ET LES RHIZOPODES. vrage reinar(}uable que M. Steiii publie en ce moment, sous le titre : Der Organismns der Infusion sthiere nach eigenen Untersuchmigen- bearbcitet, ouvrage dont la premire livraison vient de paratre Leipzig. L'organisation des infusoires a t tudie nou- veau par M. Stein avec un soin scrupuleux; et je suis heureux de dire que les rsultats essentiels auxquels il est arriv, concordent parfaitement avec ceux que nous avons fait connatre dans les doux premires parties de nos Etudes. Sans doute il existe encore bien des divergences sur certains points de dtail; mais, en somme, une heureuse con- cordance dans les rsultats caractrise nos recherches, bien qu'elles aient t faites d'une manire parfaitement indpendante, sans mme qu'il existt aucune relation quel- conque entre nous. C'est l un fait heureux en regard des diffrences fondamentales qui sparaient jusqu'ici les apprciations de l'organisation des infusoires, publies par divers auteurs. Nous aurons l'occasion de revenir sur certains points des nouvelles recherches de M. Stein dans quelques notes de ce Mmoire. Ed. CLAPARDE. Genve^ janvier 1860. -JV(SSJie^)-wfi.--> TUDES SUR LES INFISOIUES ET LES RHIZOPODES. DE LA REPRODUCTION DES INFUSOIRES, Mmoire auquel l'Acadmie des Sciences de Paris a dcern le grand Prix des Sciences physiques en fvrier IttSB. --j's^teif-^ GENERATIO iEQLlVOCA. La croyance une gnration spontane a toujours t pleine d'attraits pour certains esprits. Elle a de tous temps eu des dfenseurs, et ne cessera i)as de trouver des reprsentants dans l'avenir. Nous ne sommes plus h l'poque o le grand Aristote lui-mme pouvait supposer que les anguilles naissent de dbris en pourriture, parce qu'il n'avait su leur trouver trace d'ovaires; ni celle o Virgile, dans ses Gorqiques, pouvait faire natre des abeilles de la chair en dcomposition d'un buf; mais les ph- nomnes d'une gnration quivoque, pour tre repousss chaque jour dans le domaine ij TUDES SUR LES INFUSOIRES d'animaux plus petits, n'en perdent nullement en importance aux yeux de ceux qui y ajou- tent foi. En effet, mesure que les principes d'une saine physiologie faisaient reculer d'un pied cette thorie fovorite des philosophes de la nature, elle regagnait du terrain de l'autre par la dcouverte d'animalcules plus minimes encore que ceux qu'on avait connus jusqu'alors. D'ailleurs, ses dfenseurs trouvaient une arme dans l'aveu de leurs adversaires, qui concdaient forcment qu'il y avait eu un moment o une gnration quivoque devait avoir eu lieu, savoir l'poque de transition de l'tat inhabit l'tat habit par lequel a d passer notre globe. Pourquoi, demandaient les partisans d'une gnration quivoque, pourquoi ce mode de naissance a-t-il cess tout coup? Re- jete peu peu par l'exprience sur les animaux tout fait infrieurs, cette thorie a d ncessairement s'unir celle de la mtamorphose par gnrations successives, mta- morphose lente, graduelle, mais qui, au bout d'un espace de temps prolong, devait produire des rsultats bien plus singuliers que ceux que Chamisso, et, plus tard, M. Sars et M. Steenstrup nous ont appris connatre d'abord : le premier, chez les Salpes; les seconds, chez les Hydrodes, les Trmatodes, etc., etc., et qui sont comuis sous le nom de gnration alternante. L'invention du microscope, en nous initiant aux profondeurs de la science des inti- niments petits, ne devait nullement contribuer renverser la thorie de la gnration quivoque ou spontane. Leuwenhck (1680), qui tendait cependant trouver dans ses vibrions une organisation assez complique, pensait que les animaux et les vgtaux ne retournent point la poussire aprs leur mort. Ils se dcomposent, suivant lui, en molcules organiques, qui possdent un certain degr de vitalit, et ne sont autre chose que des animaux fort simples. Ces animalcules peuvent jouer le rle de germes d'autres tres plus compliqus, ou concourir la formation de quelque autre animal, pour re- passer ensuite l'tat de libert aprs la mort de celui-ci, et recommencer son ori- gine ce cycle de permutations, transmutations et combinaisons. On se croirait aux beaux jours de la philosophie antique. M. Dujardin suppose que Leuwenhck avait t entrahi cette ide par la vue du mouvement molculaire dcrit par Brown, mouve- ment auquel ne manquent pas de cder les particules dsagrges d'une plante ou d'un animal. Cette opinion n'est point invraisemblable. - Spallanzani (4766), qui entretenait avec le philosophe genevois Ch. Bonnet, une cor- ET LES RHIZOPODES. 7 respondance trs-intime, s'tait peu peu imbu des ides bien connues de celui-ci sur l'embotement des germes. Il fit des expriences qui, au premier abord, semblaient par- ler directement en faveur de la gnration spontane; mais il sut, au contraire, en tirer des arguments contre elle. C'est ainsi (|u'il ft bouillir des infusions de substances or- ganiques dans des vases son avis tout fait bermtiqucment ferms, et qu'il vit st former nanmoins des animalcules dans- le liquide refroidi. Il en tira la conclusion sin- gulire que les infusoires sont produits par des germes capables de rsister la temp- rature de l'eau bouillante. Il distingua cependant les infusoires organisation simple, susceptibles de supporter une pareille preuve, des infusoires organisation plus com- plique, dont les germes se trouvaient dtruits par l'exprience. Gleichen ' rejeta les vues de Spallanzani et prtendit que les infusoires sont produits par le principe crateur de toutes choses, qui est le mouvement. Ce principe, agissant sur la substance premire, laquelle est contenue dans toutes les eaux, mme les plus pures, y produirait un mouvement de molcules. Celles-ci s'attireraient les unes les au- tres, s'organiseraient autour de certains centres, et il en rsulterait des animaux. Mme le savant qui a le plus de droit notre reconnaissance, cause de ses tra- vaux consciencieux sur les infusoires, Otto-Friederich Mller, n'a pas su se dfaire en- tirement de ces ides sur la gnration quivoque ', bien qu'il admt la prsence d'ufs chez un grand nombre d'infusoires. Ces ides, commentes par les uns, attaques par les autres, qui voulaient voir avec O.-F. Mller des ufs chez les infusoires, ont fait les frais de disputes oiseuses jusqu'au commencement de ce sicle, o elles n'ont pas moins fleuri que dans des temps moins scientifiques. On vit Gruithuisen ^ vouloir faire natre des- infusoires des substances les plus di- t. AbliaiidliiiiH iilier Saincii- iind InfiisiDiislliicrchen. Nurnljeii;, 1778. :!. Partis ncinpe animales et vegelabiles, dit O.-F. Millier, prr deeompositionem resohnmtur in peliiculas cesi- culares. quarum vesicul, seu globuli, ceque ac globuli fungorum crystallini, in objecta pcr sries excurrenles, telamque aranensam fingcnles, sensiynemassa communi laxali rcviri M. Laurent se procure par ce moyen des infusoires quatre fois aussi gros que ceux que l'on a d'ordinaire; de sorte qu'avec un grossissement de 300 diamtres, il jouit des mmes avantages que tel autre observateur qui en emploie un de 1,200, et il n'a pas l'inconvnient de la perte de lumire (!). Du reste, M. Laurent dispose de procds mul- tiples pour engendrer ses infusoires : tantt c'est une infusion de tiges de Cucurbita Pi'po; tantt une dite de graines de chou; ici, ce sont des gousses de catalpa; l, des graines de carotte; ailleurs, une tige de Solanum tuberosum, etc. On serait tent de sourire si l'auteur ne nous dclarait que son ouvrage est le produit de vingt annes de labeurs. Qu'on nous pardonne de citer textuellement quelques fragments du rsum des chapitres. L'infusoire (p. 145) qui, comme femelle, a reu le dpt des jeunes germes que le i. Laurent, Etudes physiologiques sur les infusoires, p. m. ET LES RHIZOPODES. H mle lui a transmis, adopte presque toujours ces germes, et les nourrit jusqu' ce qu'ils aient assez grossi pour lui devenir tellement charge que, jouant son tour le rle de mle, il les confie un autre animalcule. Il y a des infusoires qui repoussent l'accouplement et qui, immdiatement aprs avoir reu les germes du mle, s'en dbarrassent en les confiant un autre ou en les lanant dans le liquide d'infusion. La fidlit semble fort rare chez les infusoires; leurs unions durent gnralement peu. . Planche XXII, fig. i, p. 17i (Infusion de baies de tomates). Grand ouvrage ex- cut par onze tribus d'infusoires, runies en corps de nation. Chaque tribu a fait ici son travail particulier, spar des travaux voisins par un mur de i^fend. Des ouvertures permettent de communiquer de la face suprieure la face infrieure. Des inspecteurs, tels que les individus reprsents dans les n"' 6, 7 et 8, surveil- lent les ouvriers, et souvent aussi les fcondent en passant. Ils leur montrent mme, ainsi que le fait le n" 6, comment il finit travailler, et quelquefois ils vont jusqu' punir, coups de leur extrmit antrieure, les travailleurs ngligents ou inhabiles. D'autres infusoires, n"^ 2 et 5, plus puissants, circulent dans les espaces liquides qui entourent les travaux, et, parmi ces inspecteurs gnraux, on en voit, comme celui du n" 3, qui voyagent fort longtemps accoupls. Les gros polypes reprsentent l'aristocratie de la nation, et le plus fort de tous en est peut-tre le roi. On reconnat les tendances d'inspecteur; mais on se douterait peu que de sembla- bles folies s'impriment en plein 19 sicle. Ailleurs, M. Laurent s'apercevant que M. Ehrenberg est attaqu de tous cts par les miciographes actuels, croit de son devoir de ne pas rester en arrire. Cela fait penser involontairement la mouche du coche, pour ne pas dire qu'en bon franais, nous se- rions tents de nommer cela le coup de pied de l'ne. Mais, c'en est assez, car nous craignons qu'on nous reproche d'avoir pris au srieux cet ouvrage singulier, d'avoir ajout foi aux aventures galantes des infusoires amou- reux, et de croire avec M. Laurent que les petits cailloux et cristaux qu'il a trouvs dans une infusion de radis, et figurs sur sa planche XVIII, sont rellement des infusoires ptrifis. Nous ne voulons pas entreprendre de rfuter ici la gnration spontane des infu- \<), vient de nous donner la cl de ces singuliers ph- nomnes. La membiane qui enveloppe le grain de fcule est bien nn organisme unicellulaire ; mais cet organisme ne s'est point form de tontes pices autour du granule, lia prcdenimeutvcu del vie de monade. M. Cienkowski, en poursuivant de petites monades, a vu frquemment comment l'une d'elles venait s'accoler un grain d'amvluin, pour diflluer en quelque sorte et s'tendre en couche mince tout autour de celui-ci. La petite monade enveloppe le grain de fcule, dont la grosseur est relativement gigantesque, prcisment de la mme manire qu'un rhizopode enveloppe sa proie. La provenance de la membrane qui entoure le granule se trouvant ainsi explique, le reste du pliuomne n'offre plus rien d'anormal. (IS'ote de 1S60). ET LES RHIZOPODES. \S PRETENDUE ALTERNANCE DE PHASES VEGETALES ET DE PHASES ANIMALES. -^s~e*^Mt>-g~-j A. Spores vxtaleH. Un ordre de faits d'un haut intrt a, durant ces dernires annes, occup tout sp- cialement les micrographes, et jet un jour tout nouveau sur les affinits rciproques des vgtaux et des animaux. Ce sont les faits qui ont rapport aux zoospores ou zoogo- nidies des vgtaux, espces d'embryons dous de mouvements qui sont souvent bien dilliciles distinguer de ceux d'un infusoire. Ce sont ces faits qui peuvent justifier cette phrase, nonce par M. Dumas, dans son Trait do statique chimique des tres organiss Ainsi donc, de certaines poques, dans certains organes, la plante se fait animal. Depuis la dcouverte des gonidies des Conferves, par Mertens ', en 1805, et par Tren- tepolil ", en 1807, plusieurs algologues distingus, en particulier, durant ces dernires annes, MM. Unger, Ktzing, Alex. Braun, Ngeli, Thuret, Decaisne, Pringsheim, Cohn, Derbs, Solier, etc., ont puissamment contribu tendre nos connaissances dans ce chapitre tout nouveau de la science. Mertens, disions-nous, fut le premier dcouvrir des germes dous de mobilit chez une conferve, la Draparnaldia plumosa Agdh {Conferva miitabilis Roth). Il constata que les gonidies remplissant les cellules s'chappaient en montrant des mouvements qui ne cessaient qu'au bout d'un quart d'heure. Peu de temps aprs, Treutepohl voyait des phnomnes tout semblables se passer chez une Vauchrie (Conferva dicliotoma Lin). Ces observations ne tardrent pas tre confirmes par Nes d'Esen- I. Wcber und Mohr's, leilriige ziir Nalnrkunde. I. ISO, p. 3i5. 2 Hulli's Bolanisclie lienierkuiigen und leobachliingeii. iiJ07, p. 185. 14 TUDES SUR LES INFUSOIRES beck. Dans son ouvrage sur les algues d'eau douce ', il dcrit au long la formation et l'mission des germes d'ectospermes, germes auxquels il donne, sans plus ample for- malit, le nom d'iiifiisoircs. Il va mme jusqu' prtendre reconnatre des viscres dans l'intrieur du jeune embryon, avant qu'il ait compltement quitt la cellule qui l'a vu natre. Nanmoins, ces observations trouvrent peu d'cho dans le monde savant. Les instruments d'optique n'avaient pas encore atteint la perfection qui les distingue aujourd'hui, et l'on n'avait pas encore grande foi au microscope, qu'on accusait mme souvent avec sang-froid de ne faire voir que des jeux de lumire. Il est de fait que l'imperfection des instruments d'optique d'alors, doit nous faire excuser les erreurs qu'une imagination peut-tre un peu vive firent commettre Nes von Esenbeck sur ce point-l. Bory de Saint-Vincent ' fut peu prs le seul accueillir avec avidit les dcouvertes de Mertens et de Trentepohl, o il trouvait matire abondante' ses spcu- lations, qui touchaient, comme l'on sait, une philosophie de la nature fort avance. En 1814, c'est--dire la mme anne o Nes von Esenbeck publiait ses observa- tions, Treviranus ' observa un corpuscule (zoogonidie) de la Draparnaldia plumosa Agdh, dont il suivit avec tonnement, pendant un certain temps, les mouvements rota- toires et pour ainsi dire dansants. Il le vit passer bientt l'tat de repos. Deux ans plus tard, en 1816, il vit le contenu des cellules d'une conferve (C compacta) s'chap- per par des ouvertures sous la forme d'un nuage, lequel tait form par une matire d'un vert fonc. Ce nuage se rsolut bientt en une accumulation de petits corps ar- rondis ou ovales, comparables un essaim de monades s'agitant en tumulte et par millions. Cette observation s'cartait des prcdentes et passa longtemps inaperue, jus- qu' ce que les travaux de M. Alex. Braun, sur les microgonidies des algues, vinssent leur donner un degr de vraisemblance qu'on ne leur souponnait pas. A ct de cette observation de Treviranus vient se ranger celle de Rory Saint- Vin- cent et de M. Gaillon, qui virent les cellules d'une conferve (C condides Dillw.) clater et mettre ainsi en libert des myriades de petits corpuscules bruns, qui s'en allrent en nageant dans toutes les directions comme des infusoires. Les parois qui sparaient les 1. Nes \on Esenbeck. Die Algeii des siissen Wassers iiach ihror Entwicklung dargestellt. Bamberg, t8U. 2. Encyclopi'iiie imHlioiliiiiie. Histoire natiirelle, lome i. :*. L.-C. Treviranus. Beilnlge ziir Pflanzenpbjsiolugie. Vermischte Scbriiteu. Hier Bd., p. 79. ET LES RHIZOrODES. 45 cellules clataient, d'aprs eux, les unes aprs les autres, et craient ainsi une issue au contenu, qui s'chappait dans l'eau sous la lurme d'animalcules. Mais le rcit de MM. Bory de Saint- Vincent et Gaillon ne trouva pas non [)lus grande crance, pas plus que les observations analogues de Gruithuisen ', faites sur le Lcptomitus (Swprolegnia) ferax, ni que les recherches de Goldfuss, qui avaient pour objet les gonidies mobiles de VVlva Inbrica, bien que ces recherches fussent confirmes par Agardh '. En 1827, M. Unger ' examina avec exactitude le procd par lequel les zoogonidies se forment dans la conferve que Vaucher dsignait sous le nom (VEclosperma cluvata {Vaucheria clavata Agdh.). 11 vit les extrmits des rameaux de cette algue d'eau douce, qui se compose, comme on sait, d'une longue cellule diversement ramifie; il vit, disons- nous, l'extrmit de ces rameaux se tunifier en forme de massue et prendre une teinte d'un vert sombre. Le contenu semblait en mme temps subir des modifications particu- lires. Et, en effet, par une dhiscence de la partie terminale et arrondie de l'utricule, ce contenu sortit de sa prison, faisant, pour ainsi dire, des efforts pour passer au travers de l'ouverture troite, et se prsenta alors sous la forme d'un ellipsode, dont la partie an- trieure tait doue d'une couleur moins sombre que la partie postrieure. Cet ellipsode nageait dans l'eau comme un. infusoire. Une heure environ s'tait coule lorsque M. Unger vit cesser ces mouvements ; le corps ellipsodal s'arrondit, prit une couleur uniforme, et enfin germa sur place en dveloppant de petites radicules. Au bout de peu de jours, ce germe tait devenu une Vauchrie parfaitement semblable la plante-mre. Quelquefois, du reste, le phnomne ne s'accomplit pas aussi rgulirement que nous l'avons dcrit. Il peut arriver que la zoogonidie germe sans quitter la plante-mre, et il en rsulte des formes bizarres, dcrites par M. Thuret *. Ce phnomne avait dj t vu par Vaucher ^ chez d'autres algues, quoique M. Thuret ne paraisse pas en avoir eu connaissance. Vaucher dcrit, en effet, dans ses Conjvgus tubes intrieurs {Mougeolia 1. Ac'a Acadeniica Cs. Lcop, iialiir* Curiosorum. 1821. 2. Agarclli. Icnes algarum Europa^anmi. Liv. 2, n 15. 5. Acien der Acadmie der Nalurlorscber. Vol. 13, p. 11. i. Recliertlies sur les organes loctnioteiiis des Algues, par M. Gustave Thuret. Annales des Sciences naturelles. 2 srie, lome 19. 1843. 5. Vauclier. Histoire des confcrves d'eau douce. Genve^ 1803. p. 79, (il. d. i6 TUDES SUR LES INFUSOIRES de l'algologie moderne) la production de filaments allongs plusieurs cellules qui sor- tent des utricules anciens. C'tait l, sans aucun doute, le dveloppement de spores restes par hasard dans la cellule-mre. Peu de temps aprs M. Unger, Meyen ' observa aussi la formation de zoogonidies dans la Vaucheria clavala, et la dcrivit peu prs comme le premier. M. Agardh fds ' vint corroborer ces observations, qui taient jusqu'alors restes isoles, et que bien des savants n'osaient honorer que d'un coup d'il de doute. Il ra- conta en particulier comment les granules verts qui tapissent l'intrieur la paroi des cellules dans la Conferva area se dtachent de celle-ci pour s'agglomrer en une masse elliptique ou ronde, et se sparer de nouveau en montrant un mouvement trs-actif. En mme temps, il vit la membrane de la cellule faire saillie en un certain point, former l une espce de tumeur, qui finit par s'ouvrir et par livrer passage aux granules. Ceux- ci, auxquels il donne le nom de sporvlcs, ont une forme allonge. L'une des extrmits (le rostre) est incolore et amincie ; l'autre, l'extrmit postrieure, est colore d'un vert sombre. Le rostre est toujours dirig en avant, de sorte que M. Agardh supposait que le mouvement provient de cils vibratiles [lacs l'avant des sporules, bien qu'il n'et jamais russi les apercevoir. Il voyait seulement les granules comme entours d'un bord hyalin, apparence prsente aussi par les infusoires lorsqu'on emploie un grossissement trop faible pour reconnatre leurs cils. Ces sporules continuaient se mouvoir avec une grande rapidit dans l'eau, pendant l'espace d'une ou deux heures, cherchant autant que pos- sible gagner les places l'ombre, phnomne que Treviranus ^ avait dj constat chez les spores de la Conferva compacta. Parfois elles semblaient s'arrter dans leur progression et se reposer, mais n'en faisaient pas moins vibrer leur rostre en cercles rapides. Elles ne tardrent pas se fixer au fond du vase qui les contenait et germer. M. Agardh fit des observations analogues sur des conferves mannes {Eclocarpus to- mentosus et E. siliculosiis), ainsi que sur deux ulvaries (Ulva claihrala et Bryopsis ar- busculu). En 1 837, les zoogonidies de la Draparnaldia tenuis lui donnaient l'occasion de faire des observations toutes semblables. 1. Nova actaActd. Caes. Leop. naturae curiusoriim, v. i9, Parsi. 2. Aiiiialfs des Sciences iialurelles. 2" si'rie. IW6. 3. Treviranus. Verinischle Scliriftjn. Beilrdge ziir PUanzenphysiologie. Kl LES HHIZOPODES. 17 Les observations de M. Agardh portaient en elles-mmes un cachet de vrit et d'exactitude. En eiet, si les deux llagellum qui, comme on l'a reconnu plus tard, sont ports par le rostre des zoogonidies d'Ectocarpus, ont chapp sa vue, c'est la faute des instruments d'alors. Il fallait bien se rsoudre l'vidence, et voir dans les mou- vements des spores des algues, nonobstant les diverses variations qu'ils pouvaient pr- senter, un phnomne jouant un rle important dans la nature. L'attention s'veillait, et le moment tait devenu propice pour lancer dans le monde, ainsi que M. Unger le fit alors, un opuscule dont le titre ne promettait rien moins que la dmonstration de la transformation des vgtaux en animaux'. Oken " s'tait, il est vrai, dj lev contre cette ide, pensant que des corpuscules organiques qui germent aussi rapidement doivent possder en eux des mouvements vitaux, et croyant que dans de telles conditions il n'est pas possible d'admettre, malgr leur nature vgtale, qu'ils puissent se comporter tranquillement dans l'eau, aussi longtemps du moins qu'ils possdent un poids spcifique gal celui du liquide ambiant. Mais, en 4843, moment o M. Unger publia son opuscule, le monde savant semblait devoir tre dispos accueillir favorablement ces ides de mtamorphoses. En effet, l'intrt gnral avait t suscit, durant les annes prcdentes, par les belles observations de M. Lovn sur les Campanulaires, et de M. Sars sur les Mduses et les Cyanes. M. Lovn ^ a,vait reconnu que les embryons de la Campaniiluria geniculata sont des corps allongs, plus ou moins cylindriques, espces de sacs forms par une membrane couverte de cils sa surface. Il vit ces embryons infusoriformes se mouvoir avec agiUt dans l'eau, se dirigeant en tous sens peu prs comme le ferait un Para- mecium ou un ver turbellari. Mais il constata que bientt ces embryons s'arrtent, se fixent sur une plante marine, et se dveloppent en prsentant peu peu la forme et l'organisation d'une Campanulaire. M. Sars ' avait galement vu les ufs de la Me- dusa aurita donner naissance de jeunes embryons infusoriformes, animalcules ovodes, privs de bouche, se mouvant dans l'eau l'aide de cils vibratiles. Il constata que ces 1. Dnger. Die Pflanze iiu .Moinenl der Thierwerdung. Wien, I8i5. 2. Isis, 182i. 2. Heft. . Wicgmami's Archiv fur Nalurgeschicbte, 5, lalirgaiig; 1. Bd., 1357. t. Wiegmann's Archiv, 7. Bd., I8H. ^8 TUDES SUR LES INFUSOIRES animalcules vont, au bout de quelque temps, se fixer sur un corps tranger, et que l, chaque individu, prenant un aspect cupuliforme et s'allongeant par degrs, finit par offrir l'aspect d'un polype hydraire. M. Unger trouva naturellement, dans ces observations de M. Lovn et de M. Sars, ample matire comparaison. Pour lui, il n'y avait de la planule d'une Mduse la zoogonidie d'une Vauchrie qu'un pas facile franchir. Toutes deux n'taient-elles pas cilies sur toute leur surface? N'offraient-elles pas une grande analogie dans leurs mouvements? D'ailleurs la planule n'a qu'une existence fort brve sous forme de pla- nule; elle va se fixer quelque part et dveloppe un prolongement lubuliforme qui, dans l'origine, pour un esprit un peu prvenu, se distingue peine essentiellement de celui que la spore d'une algue produit pendant la germination : la planule entre alors dans la seconde phase de sa vie, l'tat de polype, comme la zoogonidie entre dans la vin vgtative. L'analogie ne peut-elle pas au besoin tre pousse plus loin encore? L'tat de polype n'est-il pas lui-mme un tat vgtatif, lorsqu'on le compare la vie errante d'une planule nageuse? Ces comparaisons sont certes sduisantes, et il ne faut par consquent pas s'tonner que M. Unger se soit laiss entraner dclarer que les zoogonidies mobiles de la Vancheria clnvata et de diverses autres algues sont dans le fait des embryons dous d'animalit, et qu'ils ne se distinguent de l'embryon d'un animal que par leur provenance et leur destine, par leur pass et par leur futui'. M. Unger croyait que les zoogonidies des Vauchries se distinguent des spores ordi- naires par la constitution de leur pidmie, dans lequel il prtendait reconnatre les caractres d'une membrane animale et non ceux d'une membrane vgtale. Aussi lui donnait-il de prfrence le nom ' pithlium. D'un autre ct, les mouvements de ces zoogonidies lui semblaient une preuve irrcusable de leur animalit. Il lui semblait qu'elles savaient viter avec beaucoup d'adresse les obstacles qu'elles rencontraient sur leur passage. Jl les voyait tiouver admirablement leur route au milieu du labyrinthe de filaments forms par les utricules des Vauchries, et les zoospores elles-mmes semblaient viter de s'entrechoquer. Il est de fait que les mouvements des zoogonidies vgtales sont un phnomne des plus difficiles expliquer. On ne peut songer invoquer, pour en rendre compte, le ET LES RHIZOPODES. iQ mouvement molculaire de Brown, bien que M. William Harvey ' croie pouvoir le faire dans certains cas, ni la seule endosmose, comme voudrait le faire M. Naegeli \ En thorie, on a beaucoup parl de la dilTrence des mouvements des infusoires et de ceux des zoogonidies. Les premiers, a-t-on dit, sont incontestablement soumis la volont de l'animal ; les autres sont videmment le rsultat de lois purement mca- niques. Mais il n'est dans le fait aucunement possible de faire une distinction sem- blable, et lorsqu'on considre un zoospore d'algue dans ses volutions, il est permis de s'abandonner l'illusion d'une volont loge dans cette cellule vgtale, illusion qui cde peine devant le raisonnement. M. Unger dcrit avec beaucoup de vie la mort de la plante anime, mort provisoire, car la zoogonidie est pour lui un phnix qui renat de ses cendres. Elle quitte la vie animale pour ressusciter dans la vie vgtale ; c'est la palingnsie des algues, ou ce que d'autres nomment moins potiquement la germination. Mais c'est en vain que M. Unger a voulu faire cette application de l'aphorisme d'Oken, qui disait que le rgne vgtal est l'utrus du rgne animal. Nous ne pouvons voir dans les zoogonidies que des germes de plantes, dous, momentanment il est vrai, de mobilit, mais nanmoins de nature essentiellement vgtale. Nous ne nous permettrons pas de juger svrement un savant aussi distingu que M. Unger ; loin de l, car nous savons que sans la connaissance du fait que la zoogonidie d'une Vauchrie est produite par une algue, et retourne elle-mme plus tard la forme d'algue, nous n'aurions pas plus de droit de lui refuser une place dans la srie animale qu' la planule d'un polype ou qu' certaines Opalines. Ces tres sont, en effet, comme elle, un simple sac dpourvu de vsicule contractile et de bouche. La toute jeune larve d'un mollusque est dans le mme cas. En 1843, M. Unger faisait connatre des observations analogues aux premires, mais relatives cette fois i'Achly a prolifra (Saprolegnia ferax Ktzing) % algue qui a t tudie d'abord par M. Carus ^, et laquelle M. Nes von Esenbeck a donn le 1. Nereis borealis ainericana, dans les Sinithsonian Contributions to Knowledge. Washington, I8h3. 2. Cari Naegeli. Galliingen einzelliger Algen. Ziiiicb, 18-49, p. ii. 3. V. Liunsea. 1S43, p. 129. . Nova acla Academiae Caes. Leopold. naluraecuriosorum. Vol. 11. Pars 2. ^ 20 TUDES SUR LES INFUSOIRES nom que nous venons d'employer. C'est un vgtal parasite ; on le rencontre sur les animaux morts qui se trouvent accidentellement dans l'eau, ainsi que sur divers ani- maux aquatiques vivants, chez lesquels il dtermine des maladies et mme souvent la mort. M. Unger a vu les zoogonidies se former dans l'inliieur des utricules. Ceux-ci finissent par se rompre, et la gonidie suprieure en sort. Elle est bientt suivie par une seconde, une troisime, etc., jusqu' ce que tout l'utricule soit vacu. Ce n'est qu' l'gard des gonidies qui sortent les premires qu'on pourrait se demander si elles ne sont pas plutt pousses passivement au dehors que sorties spontanment, car leur succession est si rapide, que la premire vient peine de quitter l'ouverture que la seconde s'y engage dj. Mais la sortie des autres, surtout des dernires, semble bien montrer que c'est l un phnomne tout spontan. Ce fait est, il est vrai, contest par M. Braun '. Suivant lui, la cellule est distendue par la pression intrieure, qui va en augmentant graduellement par suite d'endosmose, et elle ragit en consquence. Sans contester l'exactitude de ce fait, nous pensons devoir admettre en outre un mouvement spontan, comme le prouve du reste la suite de la vie libre. M. Unger considre ces zoogonidies comme recouvertes d'un pithlium vibratile, la manire des zoogonidies des Vauchries ; mais M. Thuret " reconnut qu'elles sont, au contraire, munies de deux longs cils flagelliformes placs sur le rostre, dispo- sition que M. Thuret avait dj dcrite et figure ' chez deux conferves (C. t/lomerata et C. crispata) et qu'il constata chez diverses autres algues '. D'aprs M. Unger, la vie animale dure chez les zoogonidies de VAchhja prolifra moins longtemps que chez celles des Vauchries. Les phnomnes de la mort se mani- festent bientt. L'agonie se laisse reconnatre aux mouvements commlsifs de la sporidie, et la facult motrice s'teint jamais. La vie de la plante commence. Cependant il arrive parfois, selon M. Unger, que la vie animale se prolonge au-del des limites 1. Alexander liraun. Ueber die Erscheiiimig dcr Verjiiiiguiig in dei- Natiir. Leipzig, 1S51, p. 174. 2. Gustave Thuret. Note sur les spores de quelques algues. Annales des Sciences naturelles, " srie, t. 3, 18*5. 3. G. Thuret. Recherches sur les organes locomoteurs des algues. Annales des Se. nat., 2" srif, I. 19, 1845, f>. 266, pi. X. i. MM. Pringsheim et Cohn ont fait sur VAcMya prolifciu des observations qui diDrent de celles de M. Thuret, eu ce sens qu'ils n'ont pu apercevoir qu'un seul cil flagelliforme chez les zoogonidies (V. Cohn. Untersuchungen ber die Entwikiungsgeschichte der Algen und Pilze, i8.-.3, p. 150), M. Alexandre Braun paratt Mre dans le mme cas 'Ueber die Erschejnung der VerjUngung, p. 198). ^ KT LES RHIZOPODES 21 habituelles. On voit alors la zoogonidie modifier sa forme ; ses mouvements changent de nature, et ressemblent tellement ceux de beaucoup d'infusoires cilis, qu'il devient difficile de distinguer cette zoogonidie, issue d'une Achlya, d'un Cyc/iclium Glaucoma Ehr. (??). M. Ungr avoue que l'ide lui vint qu'il avait peut-tre confondu sa zoogo- nidie avec un vritable infusoire, et c'est ce que nous croirions aussi volontiers, si le clbre botaniste n'avait eu l'ide de donner une figure de ce soi-disant Cyclidium. Or, nous devons ajouter qu'il faut possder une imagination des plus vives pour trouver quelque rapport entre cette spore contracte et les infusoires du genre Cyclidium. M. Fresenius ', dont les observations ont port principalement sur les Chaetophora, se refuse voir avec M. Unger des animaux dans les zoogonidies vgtales. Il reconnat que ces zoogonidies ne se distinguent par aucun caractre essentiel de certains vrais infusoires de M. Ehrenberg, soit pour ce qui touche leur organisation, soit pour ce qui concerne leurs mouvements ; mais il se demande si, dans ce cas, il ne serait pas plus rationnel d'exclure ces infusoires de la srie animale et de les considrer comme des vgtaux. M. Kiilzing est aussi du nombre de ceux qui ont voulu faire produire des animaux par des plantes . En 1842, il observait une Ulothrix {U. zonata ]\\iVl.) et vit que les corpuscules verts mobiles, soit dans l'intrieur des utricules, soit en dehors de ceux- ci, taient munis d'un point oculaire. Il prtendit mme reconnatre chez eux une bouche et ne pouvoir les distinguer d'une monade de M. Ehrenberg, la Microglena monadina. Ces prtendues monades finirent par se fixer quelque part l'aide de leur trompe (flagellum) et se dvelopprent en Ulothrix. v II tait ainsi dmontr, s'crie M. Ktzing, qu'il existe des germes mobiles d'algues, que M. Ehrenberg lui-mme a dclar tre des infusoires ! ' M. Ktzing avait fait preuve dans celte observation d'une finesse d'organe visuel vraiment inoue jusqu'alors. Tout le monde n'a pas, en effet, t favoris au point de voir ainsi du premier coup les bouches des monades. Beaucoup contestent mme ( 1. Fresenius. Zui- Cuntroversc ber die Verwaiidlungeii voii liifusorieu in Algen. Krankfurl-a.-Meiii, 1847. 2. Ueher die Verwandlungen der Infusorien in niedere Algenfonnen, von D'' Friedericli TraugoU Kiilzing. Nord- hausen, 1814. 7>. Ueber die Verwandlungen, etc., page 5. ^2 TUBES SUR LES INFUSOIRES tort, i lest vrai, pour certaines espces) leur existence. M. Ehrenberg, en personne, ne concluait en gnral leur prsence, que parce qu'il voyait des matires colores de provenance trangre dans les soi-disant estomacs de ces prtendus polygastriques. M. Focke ' a, en consquence, cru de son devoir de rfuter un peu vivement M. Ktzing ; mais il s'est, de son ct, avanc un peu inconsidrment, en mettant un point de doute devant le point oculaire que le fameux algologue disait avoir observ chez les zoogonidies d'Ulothrix. M. Focke, en effet, qui est d'accord avec M. Ehrenberg pour voir dans le point rouge qu'offrent beaucoup de monades et de volvocines un organe visuel, aurait bien de la peine tablir une diffrence valable entre cet il prtendu et le point rouge qu'on trouve dans diverses zoogonidies d'algues '. Si l'on adopte la dnomination de point oculaire dans l'un des cas, il faut l'admettre aussi forcment dans l'autre; mais que cette tache soit lie des fonctions visuelles, c'est une question plus que douteuse. M. Fresenius ^ remarque dj que la prsence d'une tache pigmen- taire rouge, non plus que l'existence d'organes locomoteurs en forme de cils, ne peuvent tre des caractres d'animalit d'un tre quelconque. Ces soi-disant yeux sont sans doute tout simplement des gouttes d'une huile colore, en juger par leur ressem- blance avec les points louges et oranges qu'on trouve chez les Polyedrium, et que M. Nsegeli "* considre comme des gouttelettes d'huile. Ce qui semble confirmer cette manire de voir, c'est un fait rapport par M. Morren \ Ce savant remarque que la tache pigmentaire des genres Lagcnella, Cri/ptofjlena et Trachelomonas ne peut tre un il. En effet, suivant ses observations, le rouge peut s'tendre de la tache pigmentaire sur tout le corps, et l'on n'admettra cependant pas que l'animal entier puisse se trans- former en un il. M. Focke ^ lui-mme a montre que la Paiidorina Mormn et d'autres 1. Physiologische StHtIien, von Gustav \Val(ieiii.ir Focke. Ersies Heft. Breiiicn, 18i7. ii. Si, dit M. Focke, M. Kiilzing avait compar le prtendu point oculaire d'une gonidie d'Ulothrix avec le vra point oculaire d'une Clilamydoinonas, il y aurait trouv une difl'rence dans le genre de celle qui distingue le bleu d'une violette de celui d'un myosotis. L'argument est certes encorte plus l'ailile que cette diffrence ! 3. Zur Controverse iiber die Verwandlung von Infusorien in Algen. Fraiiklurt-a.-iMoiu, 1847. 4 Nsgeli. Gatlungeu einzelliger Algen. Ziiricli, 1849, p. 9. o. Ch. Morren. Recherches sur la rubfaction des eaux et histoire de la Trachelononas. Mmoires de l'Aca- dmie des Sciences et des Lettres de Bruxelles. 1841. 6. Kericlil iiber die Versammiung der Naturforscher und Aerzte zu Mainz, Sept 1812, p il! . " KT LES RHlZOrODES. "23 organismes flagells, changent de couleur suivant la saison et la temprature, et passent au rouge '. , ; M. Ktzing ne se contente, du reste, pas de donner une plante une progniture animale ; il fait encore natre des vgtaux d'un organisme considr en gnral comme bien et dment animal, la Chlamijdomonas Pulviscuhts ^. Celle-ci donne en eifet nais- sance, d'aprs lui, au Stigeoclonium stellare et d'autres algues. C'est, comme on le voit, toujours la mme ide qui domine M. Kiitzing. Nous en toucherons quelques mots encore propos du mode de reproduction des Protococcus, et, notre avis, ces observations ne prouvent pas grand' chose, si ce n'est qu'elles dvoilent les tendances de M. Ktzing. Nous croyons peine devoir rfuter ce qu'il dit des transformations de la Ch/amijdomonas Pi/vailus. La meilleure rponse qu'on puisse lui faire, c'est un court expos du mode rel de propagation de cet organisme, ainsi qu'il a t tudi par M. Alex. Braun, expos que nous nous proposons de donner dans le chapitre suivant. Aprs les diveis travaux dont nous avons parl, l'existence des zoogonidies tait un fait acquis la science. Nombre de botanistes se mirent l'uvre pour enrichir le catalogue des genres o le phnomne tait constat. M. Nsegeli nous fit connatre les zoogonidies des Cystococcus ^ des Characium ^ ; M. Agardh celles des Bryopsis ; M. Crouan celles des Ectocarpus '' ; M. Braun celles des Chytridium '' genre d'algues parasites, voisin des Saprolegnia ; M. Solier ' celle des Derbesia, etc., etc. Dans l'im- 1. iM. Alex, liiami dil a\oir observ le soi-disaiil il de M. liliicidierg chez les i^onkiies d'Hydrocticlyon, Ulolhrix zonala, l'I^'Ilraunii Kiitz., Ilormidixim rariabUe Kiilz., dans diverses espces de Draparnaldki, de Chcetophnra, de Sligcoclanium, dans le Coleoclutle pulcinalu et la Cladophorn glomerala, indpendamment des organismes position douteuse: Yolvox, Pandorina, Bo(ryocyslys Moruni? Kiilz.; ainsi donc dans des familles trs-diverses d'algues indubitables (Verjiingung, p. 225). 2. Nous verrons, il est vrai, que M. de Siebold et quelques autres en lonl un vgctal. :. Cari Na?geli. Gattnngen einzelliger Algen. Ziiricli, 1849, pageHi. 4. Ibid. p. SU. 5. Annales des Sciences naturelles, 'i" srie. 1836, p. 194. (>. Verjiingung, IS.i, p. 198. 7. Mmoire sur deux algues zoosporcs. Annales des Sciences naturelles, ' srie, l. 7. ISi7. 24 TUDES SUR LES INFUSOIRES possibilit o nous nous trouvons d'entrer dans les dtails, nous renvoyons aux ouvrages rcemment couronns dp M. Thuret ' d'une part, et de MM. Derbs et Solier ' de l'autre. C'est M. Braun que nous devons la connaissance du fait singulier que certaines algues produisent deux formes de ces cellules mobiles destines la reproduction, formes qui offrent toutes deux de grandes analogies avec les infusoires flagells, par la manire dont elles se comportent. Ce sont ces deux formes qu'il a distingues sous les noms de macrogonidies et de microf/onidies. Leur histoire dtaille fut d'abord expose par lui chez VHijdrodictyon utriculalum, plante qu'on avait jusqu'alors runie, tort, aux zygnmaces, et qui, par son mode de dveloppement, semble se rappro- cher tout fait des Protococcaces et surtout des Pediastrum. Un Hydrodictyon a, comme on sait, l'aspect dune espce de rseau, form par des cellules toutes semblables entre elles. Cependant, ces cellules offrent des diffrences notables quant la production des gonidies. Chez les unes, on voit se former un nombre de zoogonidies qui, d'aprs l'estimation de M. AI. Braun \ va de 7,000 30,000 ; ce sont les macrogonidies. Elles ont la forme de corps sphriques, contenu vert et granuleux, amoncel dans la partie pos- trieure ; elles se meuvent l'aide de deux cils. Leur mouvement n'atteint jamais du reste un haut degr, c'est plutt une simple espce de tremblement. Les macrogo- nidies restent dans l'ulricule-mre, o elles passent, au bout d'une demi-heure environ, l'tat de repos. Elles s'unissent par groupes de trois ou quatre, ple contre ple, s'entourent d'une membrane de cellulose et reproduisent ainsi un Hydrodictyon, qui se trouve bientt libr par la dchirure et la dcomposition de la cellule-mr.e. Chez les autres cellules, les zoogonidies qui se forment sont plus petites et plus nombreuses. Leur nombre doit varier, suivant M. Braun, de 30,000 100,000 par utricule : ce sont les microgonidies. Elles ont un point oculaire comme une monade, 1. Un extrait de ce Mmoire .-i paru dans les Annales des Sciences Naturelles. 3'^ srie, t. l4, p. iH. 2. Un extrolt de ce Mmoire a paru dans le mme volume des Annales des Sciences Naturelles. (Depuis lors, le Mmoire lui-mine a paru dans le supplment aux Comptes-rendus de l'Acadmie des Sciencesi. 3. Braun's Verjungung. p. 147. ET LES RHlZOrODES. 25 une forme plus allonge que celle des microgonidies, et quatre longs cils flagelliformes. Bientt la cellule-mre clate et les zoogonidies se trouvent libres. D'aprs M. Cohn ' le nombre de ces cils varie de deux quatre, et les microgonidies ne sont point libres au moment o elles quittent la cellule-mre, mais enveloppes dans une grande cellule commune, consistance glatineuse et trs-transparente , ce qui explique pourquoi elles continuent pendant un certain temps s'agiter en une seule masse. Cette vsicule, qui n'est probablement que le vaisseau primordial de la cellule-mre, ne tarde pas se dissoudre et les microgonidies s'loignent dans toutes les directions. D'aprs M. Braun, les microgonidies s'agitent pendant trois heures environ, avec beaucoup de vivacit, dans les 'alentours de la cellule qui leur a donn naissance, puis passent l'tat de repos, prennent une forme sphrique qui les fait ressembler des Proto- coccus, vgtent ainsi pendant quelque temps et finissent par prii' sans se reproduire. Ce serait pai' consquent une gnration toute strile. M. Braun nous a enseign connatre des phnomnes analogues chez beaucoup d'auti'es algues d'eau douce {Draparnaldia, Stigeoclonium , Oedoffoniiim , Bidbochate, Pediastnim, etc.,) et les observations de M. Thuret sur les algues marines, rendent de mme trs-vraisemblable l'existence de microgonidies chez un grand nombre de Fucaces et autres algues. Il dcrit par exemple chez les Algues phospores deux espces de zoogonidies, contenues dans deux genres de sporanges diffrents, et dsigns par lui, en raison de leur forme, sous les noms d'oosporanges et de trichosporanges '. En soi-mme, il tait dj peu probable que toute cette descendance de 30,000 400,000 individus par utricule, n'et aucun autre but dans la nature que de vgter quelque temps sous forme d'une petite plante compose d'une ou de deux cellules et de prir sans se reproduire. Mais de rcentes observations sont venues jeter un jour tout nouveau sur ces singulires gonidies infusoriformes de second ordre. Dj depuis plusieurs annes on a reconnu, comme on sait, dans les anthridies de beaucoup de cryptogames la prsence de corpuscules plus ou moins filiformes, parfois cilis leur surface, que, vu leur analogie avec les zoospermes des animaux, on a con- I. Ferd. Colin. Beilrge zur Eniwickliiiigsgeschichte der microscopischen Algen und PiUe. 1835, p. 220 et suiv. 2. Gustave Thuret. Recherches sur les zoospores des algues. Anii. des .Se. nat., S' srie, i. U, p. 231. i <26 TUDES SUR LES IINFUSOIRES sidrs comme des phytospermes ou spermatozodes vgtaux, des anthrozodes, pour parler avec MM. Derbs et Solier. Pour ne citer qu'un exemple vulgaire, chacun a vu ceux des Characes. MM. Naegeli, Henfrey, Leszczyc-Suminski, Hofmeister, Itzigsohn, etc., ont surtout contribu tendre nos connaissances sur ce terrain. En 1845, MM. Thuret et Decaisne ' faisaient connatre chez les Fucodesde petits corpuscules dous de mouvement, munis de deux cils: l'un court, dirig toujours en avant pendant la natation, l'autre long et tran passivement en arrire. En un mot, ces corpus- cules avaient une grande analogie de forme avec les Amphimonas et les Heteromita* de M. Dujardin. MM. Thuret et Decaisne les considraient dj comme des sperma- tozodes, bien que leur forme diffrt de tous ceux connus jusqu'alors. M. Thuret tit plus tard des observations qui lui dmontrrent, qu'en effet, un contact de ces corpus- cules, engendrs par les anthridies, avec les spores des fucaces, tait ncessaire pour que la fcondation s'oprt \ M. Pringsheini, de son ct'', ne tarda pas d- couvrir cliez les Vauchries des corpuscules tout semblables, et parvint mme les suivre jusque dans l'intrieui- des sporanges, o ils vont oprer la fcondation. Il n'y a donc plus de doute sur leur vritable valeur physiologique. M. Pringsheim fit en mme temps connatre une observation des plus intressantes. Il s'agissait de la seconde espce de zoogonidies des Bulbochaete et des dogonium, qui existe en outre des spores immobiles et des zoogonidies ordinaires, en un mol, des microgonidies de M. Braun. Ces miciogonidies qui, abstraction faite de la taille, ont tout fait la mme conformation que les macrogonidies, mettent fin leur phase errante en se fixant, chose singulire, toujours sur le spoiange ou dans son voisinage. L, elles clatent. I. Tliinot et Dfciiisiie. Hoflienlics sur les anlluTidios et les spoits des fucaces. Annales des Sciences naliirelles, 31^ srie, t. 5. lS4b. i. Comme on a heaucoup parl de ce lapport de forme, ef ([ue nanmoins, abslraclion faite de la taille, la dislancr qui spare ces infusoires des phjiospermes est, notre avis, fort grande, nous avons crn devoir donner une Dgure d'un animal qui doit rentrer dans le genre IMcromita Duj. Nous avons observ cet infnsoire sur la cte occidentale de Norwge, dans de l'eau de mer puise sur les rives du Ijord de Bergen. Cet Heteromita (pi. IX, fig. 1) possde une vsicule contractile (e v) dont les pulsations sont parfaitement rgulires. Tons les Cercomonas, Amphi- monas et Helcromita que nous avons observs jusqu'ici taient munis de eel organe, en nombre simple on mulliple, suivant les espces. Cela sullira, pensons-nous, pour qu'on nous pargne des tliorifs sur ces pliyti)S|iermes de taille colossale. La longueur de noire Heteromita = 0"i"',"218, les flagellum non compris. 3. Mmoires de la Socit d'Histoire naturelle de Cherbourg. IMo*. i. Monatsbericlit der Berliner Akadeniie der Wissenschafien . Maerz 185b. ET LES RHIZOPODES. 27 tantt immdiatement, tantt aprs avoir dvelopp une ou deux cellules fort petites et dversent leur contenu. M. Pringsheim a constat galement que les sporanges des dogonium sont munis d'un petit pertuis, d'une sorte de micropyle comparable au micropyle des ufs d'animaux, et que, par consquent, l'mission du contenu des microgonidies a toujours lieu dans le voisinage de ce micropyle, de manire a pouvoir facilement arriver au contact de la future spore. Le mme rsultat est atteint chez les Bulbocliaete, au moyen de la production d'une fissure dans la membrane du sporange. Voil donc la signification de ces pseudo-animalcules peu prs claircie. Les mi- crogonidies sont probablement des espces de machines destines transporter le suc fcondateur, des spermatophores comparables ceux des Cphalopodes ou des Insectes. On n"a pas reconnu jusqu'ici, il est vrai, de spermatozodes dans leur intrieur, comme dans les spermatophores des animaux, mais on n'en connat pas davantage dans le pollen des phanrogames, et il n'est pas prouv que la substance fcondante doive toujours affecter la forme de filaments mobiles '. Ces faits sont .confirms par les intressantes observations de M. Cohn " sur la reproduction de la Sphroplca amudina. Cette conferve engendre dans ses utricules des spores qui offrent une analogie de forme tonnante avec les spores toiles qu'on trouve dans le Volvox stellatus de M. Ehrenberg. Ces spores restent immobiles pendant tout l'hiver dans l'intrieur des cellules-mres, et, lorsque celles-ci se dcomposent, elles restent libres sur le sol, sans apparence de vie, si ce n'est que leur contenu, d'abord vert, passe peu peu au rouge-brun. Au printemps, le contenu de ces spores se divise et donne naissance des zoogonidies munies de deux cils flagelliformes, qui ressemblent tout fait au Cldamydococcus (Protococcus) pluvialis. Ces zoogonidies se 1. Moiiatsbeiiclil der Berliiier Akadeiiiie der Wissenschallen . Mai I800, p. 535-351. "i. Depuis la rdaction de ces lignes, les observations remarquables de M. Pringsbeini sur le dveloppement des Vauchries, et surtout des OEdogonies et des Saprolgnies se sont multiplies. Nous sommes obligs, ue pouvant entrer iei dans des dtails, de rent^yer aux intressants .Mmoires, publis par ce savant botaniste dans le journal dit par lui sous le nom de Jahrbiicher der wissenschaftUchen Bolanik. Toutes ces observations concourent montrer de la manire la plus vidente que les microgonidies sont des plantules engendres par voie agamognti(iue, mobiles dans leur jeune ge, et destines jouer le rle d'anthridies par rapport aux hypnospores des oogonies. On peut se demander si une partie des organismes dcrits sous le nom de Cliaracium par M. Alex. Braun, ne sont peut-tre pas des microgonidies de diverses algues (Note de 1860). 5g TUDES SUR LES INFUSOIKES fixent bientt et germent. M. Cohn a observ que lorsque les cellules de Sphteroplea s'apprtent la l'ormation des spores, il se forme certaines places de leur mem- brane de petits trous, au nombre de deux six. Tandis que ces cellules donnent ainsi naissance des spores, et jouent par consquent le rle de sporanges, on voit d'autres cellules subir des modifications d'un genre diffrent. Il se forme dans leur int- rieur, non pas des spores, mais des myriades de petits corpuscules en forme de bton, qui s'agitent vivement l'aide de deux cils, dirigs l'un en avant, l'autre en arrire, comme dans les spermatozodes des Fucodes et des Vauchries. Ce sont, au fond, de vritables microgonidies. Les cellules qui les renferment laissent bientt aussi recon- natre une ou plusieurs ouvertures ; les microgonidies en profitent pour sortir, se trouvent libres et se meuvent rapidement dans l'eau. Elles s'approchent des cellules o se forment les spores immobiles, et pntrent dans l'intrieur par les troites ouvertures dont elles sont munies. Elles s'accolent aux jeunes hypnospores, et l, se transforment en un liquide glatineux. Ainsi s'opre la fcondation. Si nous jetons un coup d'il rtrospectif sur tes faits que nous venons de passer en revue, la premire remarque qui se prsente notre esprit, c'est la grande parent qui existe entre le rgne animal et le rgne vgtal, parent qui se montrera encore plus vidente nos yeux lorsque nous examinerons de prs les organismes dont nous nous occuperons dans le paragraphe suivant. Nous avons vu M. Unger se laisser en- traner considrer les spores vgtales comme doues de volont, et M. Kiitzing le suivre sur celte voie glissante. Il nous faut avouer que nous comprenons encore mieux celte hallucination, jusqu' un certain point justifiable, que l'explicalion du mouvement des zoogonidios qu'a imagine M. N?egeli. Le clbre botaniste ne veut voir dans les mouvements des cils de ces dernires, qu'un produit du courant engendr dans le milieu ambiant par les actions diosmotiques et par le mouvement de la cellule elle- mme '. Pour corroborer cette assertion, il ajoute que l'immobilit et la roideur de ia I Cuttuiigen ciii/clligci- Mhi'ii. IN4!>, p. ii. ET LES RHIZOPODES. 29 cellule vgtale sont une loi gnrale et sans exception. A notre avis, les mouve- ments des spores prouvent prcisment l'exception en dpit de la loi. Nous ne croyons pas davantage devoir nous ranger l'avis de M. Wenham ', qui semble ne vouloir faire du mouvement ciliaire chez les vgtaux qu'une vaiit du mouvement mol- culaire. Que quelques-uns prtendent trouver dans les mouvements des zoogonidies quelque chose qui fasse l'impression de l'obissance vuie force aveugle, c'est un sentiment tout subjectif, qui n'aura certainement rien de gnral. Il subsiste toujours un fait inexplicable: ce senties observations de M. Colin sur '.esmicrogonidies de ]a Spharopleo annulina. Lesmicrogonidies de cette algue s'agitent dans un grand bassin d'eau, souvent fort loin de la cellule-femelle dans laquelle elles doivent pntrer. L'entre de celle-ci ne leur est permise qu'au travers d'une ouverture peine plus large que le diamtre de leur propre corps, et cependant, d'aprs les observations de M. Cohn, elles gouvernent en ligne droite sur la petite ouverture et pntient, en gnral, du premier coup dans l'intrieur. Parfois, mais rarement, il leur arrive de manquer le but, et alors elles tentent lui nouvel essai ". D'autres considrations peuvent rendre l'ide de M. Unger encore plus sduisante. C'est, par exemple, la division spontane qu'on observe dans de certaines circons- tances chez les zoogonidies vgtales. Nous n'avons pas seulement en vue ici ces for- mes doubles ou liiples dci'ites par M. Braun ' ot M. Cohn ', formfs qui ressemblent, les premires du moins, un infusoire dans le moment de la division fissipare. C'est l un tat qui s'explique tout naturellement par un arrt dans le dveloppement des zoogonidies. Il s'agit d'un autre fait: M. Alex. Braun , par exemple, rapporte avoir vu plusieurs fois des zoogonidies de Vauc/ieria clavala prouver de la peine sortir par l'ouverture de dhiscence de la cellule. Elrangles par le milieu, en cherchant se 1. Winbiini. On Ihc liiriihilion ol Ihe sap in ihf loaC-rclls of Aniioliaris. Qnarterlv Jounial ol' micioscopical Science. Jnly 1833, p. 583. 2. S.ins (ionle tous ces |iln''nnniiics doivoiit .Tvoii Icnr siuirce dans la conil)inaison do certaines lois physiques ; mais il nons faut reconnatre qne ces lois sont encore niyslrienses aujonrd'liui (Note de 1860). . Verjiingnng, p. 286. 4. Entwicklungssescliiclite der niikiiisko|iis(lipn \li;eii und Pilze, p. 523. h. Verjiinonng, p. 174. 30 TUDES SUR LES INFUSOIRES librer ', elles finissaient par se partager en deux: l'une des moitis continuait sa course vagabonde, l'autre restait prisonnire dans la cellule. La mme chose se pr- senta lui chez le Sligeoclonium suhspinosum. L'une des moitis de la spore finit par se sparer de l'autre, avec laquelle elle n'tait plus unie que par un long filament. Celui-ci finit galement par se briser, et la partie libre de la spore continua sa route comme si rien ne lui tait arriv. M. Cohn '' a observ un phnomne tout sem- blable chez une Vauchrie : l'une des moitis de la zoogonidie s'chappa, l'autre germa dans l'intrieur de la cellule-mre. M. Thurot "' a constat le mme fait galement chez une Vauchrie, et il croit devoir en tirer la conclusion que les zoogonidies sont d- pourvues de membrane *. Ceci nous a rappel un fait curieux : Un Acintinien avait captur une Sti/tonychia Mijtilus Ehr. et tait occup la sucer. L'opration de la succion est toujours assez longue et dure parfois plusieurs heures. La Stylonychia vivait toujours, mais, peu sou- cieuse de se laisser ainsi sucer jusqu'au bout, elle n'imagina rien de mieux, pour chapper ce malheureux sort, que de se diviser en deux, opration qui, chez ces animaux, exige souvent moins d'une heure. L'une des moitis se sauva par ce moyen et chappa ainsi aune mort presque invitable. Nous n'osons dcider si la concidence de la division spontane et de cette position critique tait purement fortuite ou non. Si la seconde alternative est la plus juste, ne serait-on pas presque tent de voir dans la zoogonidie de la Vauchrie un instinct analogue de conservation personnelle? On a voulu chercher aussi distinguer les mouvements des spores vgtales de ceux des animaux par la constance de leur direction. La rotation des zoogonidies des Vauchries est, par exemple, toujours dirige de droite gauche ; chez les zoogonidies d'dogonium, cette direction est inverse ; mais on trouve des exemples tout sembla- bles chez plusieurs de ces tres position douteuse, qui offrent en outre d'autres caractres par lesquels ils semblent se rapprocher au contraire du rgne animal. Ainsi t. C'est l la meilleure preuve que la sortie des spores est bien active, et non purement passive comme M. Braun parait l'admettre ailleurs. 2. Beitr.^ge zur Enlwickliingsgeschichte der Infusorien. Zeitschrift fiir wiss. Zoologie, * ter Bd. 18n5. 5 Reclierches sur les zoospores des algues. Annales des Sciences naturelles, 3" srie, t. 14. p. 244. 4. Nous avouons que nous ne pouvons pas trs-bien nous reprsenter des cils vibraliles implants simplement sur un vaisseau primordial, qui n'aurait que la consistance d'une gele. KT LES RHIZOPODES. 3^ les familles fie Pandorina nagent, d'aprs M. Braun, toujours de gauche droite ; les Chlaniydococcus, de droite gauche, et ainsi de suite. Il est mme certains infusoires cilis qui paraissent toujours soumis une loi analogue. On a galement voulu voir quelque chose de tout vgtal dans la particularit qu'oirent les zoogonidies de n'apparatre qu" certaines heures. Dj Treutepohl doit, au dire de Meyen, avoir constat chez la Voucheria clavata que la tumfaction de l'extrmit de la cellule s'opre de nuit, et que les zoogonidies s'chappent le matin suivant. M. Unger ' appuie galement sur le lait que les ffccoMc/?e/CT?;s des Vauchries ont presque toujours lieu entre huit et neuf heures du matin. M. Thuret ' relve aussi le fait que c'est le matin qu'on trouve le plus grand nombre de spores de conferves en mouvement. M. Fresenius ^ a observ la mme chose. Enfin, M. Braun ' dit que si l'on veut observer les gonidies d'Hydrodictyon, il faut s'y prendre de bonne heure: les macrogonidies forment de nouveaux lseaux peu aprs le lever du soleil, c'est--dire quatre ou cinq heures du matin pendant le gros de l't, et entre six et huit heures sur la fin de la saison chaude. Parfois, dans les jours sombres de l'automne, le ph- nomne se prolonge jusqu' dix heures. Les mictogonidies quittent leurs cellules un peu plus tard, savoir entre sept et neuf heures en t, et entre dix et deux heures en automne. Si ces faits sont intressants en ce qu'ils montrent le rle important que joue la lumire dans l'conomie de la nature, ils ne disent rien dans la question de l'animalit des tres. Ne savons-nous pas combien les animaux aussi soni lis aux influences cli- matriques de toute espce ? En somme, il n'existe pour nous qu'une seule diffrence objective bien constante entre les animaux et les vgtaux infrieurs. C'est la prsence chez les infusoires et les rhi- zopodes ambens d'une ou de plusieurs vsicules contractiles \ Jusqu'ici rien de semblable n'a t observ chez aucune spore vgtale, tandis qu'il semble probable que 1. Unger. Die Pflauze im .Moiiieiil der Thieiwcrduug. Witii. 1812, |i. '11. 2. G. Thuret. Note sur les organes locomoteurs des algues. Ann. des Se. nat. 184, p. !%%. 5. Georg Fresenius. Zur Controverse iiber die Verwandinng der Inl'usorien in Algen. iS47, p. 4. t. Braun. Uelier die Ersclieinung der Verjungung, p. 237-258, 5. Depuis la rdaction de ces lignes, M. le professeur de Uarj a publi un travail remarquable sur rvolution des organismes connus sous les noms de iMyaoiiyci-ln et de .Vyxogaslrrx (Die Mycclozoen, Zeitsehiill f. wiss. Zoologie 32 KTUDES SUR LES INFUSOIRES celte vsicule est prsente chez tous les infusoires sans exception. Nous avons constat sa prsence chez les Heteromita et les Cercomonas ; mais nul, que nous sachions, n'a pu la voir chez des microgonidies ou des phytospermes, malgr l'analogie de forme de ces diffrents organismes. Tant qu'il en sera ainsi, nous aurons le droit de considrer comme appartenant plutt au rgne animal, tout tre muni de cet organe. Une autre diffrence plus capitale encore, mais moins gnrale, est celle relative l'inlussuscep- lion. Partout oi l'on rencontre une ouverture buccale, l'on a faire des animaux. Mais ce n'est pas l un caractre absolu, car, bien que certains auteurs ne veuillent voir dans les Astoma de M. de Siebold que des plantes, il n'en lestera pas moins des organismes, dpourvus soit d'ouverture anale, soit d'ouverture buccale, soit d'ap- pareil digestif dans toute l'tendue du terme, organismes qui devront nanmoins toujours tre rangs parmi les animaux. Telles sont, par exemple, les Opalines, les seuls des Astoma de M. de Siebold auxquels on ait pargn le dmnagement perptuel d'un rgne dans un autre. Tels sont galement les Helminthes cestodes, les Acantoc- phales ', les Grgarines, etc. Ce caractre faisant donc dfaut, la vsicule contractile nous reste seule, et nous nous y tenons. X. 1859). Ces tres jusqu'ici classs parmi les cliainpigiious, prseiileiit des phnomi^nes de reproduclion analogues ceux des algues zoospores. Leurs zooyonidies jouissent en outre de la particularit de possder une rcsicule con- tractile anime de pulsations plus ou moins rlijtliuiiques. Plus tard, ces /.uogonidies passent un tat parlaitement identique aux Ama'ha. Durant celte phase, les Myxomyctes \ivent d'une vritable vie de rliizopode et donnent nais- sance h des corps reproducteurs, sporanges ou sporocystes, qui, par leur conlormation, paraissent entirement semblables au pridium des cbampignons gastroniyctcs. M. de Bary pense voir l des raisons suffisantes pour liminer ces organismes du rgne vgtal et les classer, sous le nom de MycHozoaires, dans le rgne animal. Il est certain que si nulle erreur ne s'est glisse dans les rsultats de ce savant observateur, l'aUnit des Mycto/.oaires avec les Rliizopodes est vidente. Toutefois, il nous semble galement impossible de les loigner des Gaslroniyctes. Et pourtant personne ne voudra considrer nu Lycoperdon ou un Rovista comme un animal, car alors quelle est la plante qui ne risquerait d'tre accuse d'animalit '! C'est l une preuve nouvelle eu laveur de l'opinion dfendue par nous que la distinction entre un rgne dit animal el un rgne dit vgtal est purement artificielle Cela nous semble incontestable au point de vue pratique, cela nous semble mme vident d'une manire absolue. On nous objectera peut-tre qu'il y a une dift'rencc priuci(iiclle philosoplii(|uemenl ncessaire entre l'animal et la plante. L'animal tant sensible, par opposition la piaule qui ne l'est pas, pas muu; le Mimosa ; le mouvement de l'animal tant volontaire, el celui de la plante ne l'tant pas, il semble que l'animal le plus infrieur, ayant dj un lment de libert, se dilTrencie bien de la plante (pii ne l'a pas. Cette distinction est plus spcieuse que relle. Nous voyons la sensibilit dcrotre par degrs dans la srie animale et liuii- par s'teindre coni|)ltement. U en est de mme des lacidts intellectiudies ou dites instinctives, si bien (pie nous arrivons des animaux dont la vie n'est plus qu'une espce de rve: de cette vie peine consciente, nous passons graduellement celle qui est purement automatique, el nous voguons alors en pleine vgtabilil (Note de 1S60). t. Depuis que ces ligues taient crites M. David Wcinland a dcrit un canal alimentaire cliez un Ecliinurbynclius amricain. Toutefois, celte dcouverte n'a t confirme par aucun observateur (IVotf de 1860). KT LES RHIZOPODES. 33 Nous croyons donc devoir rayer les zoogonidies vgtales du rgne animal en g- nral, et de la classe des infusoires en particulier, nous contentant de voir chez elles des plantes qui revtent, pour un court laps de temps, une forme pseudo-animale. C'est l un phnomne analogue celui qu'on observe chez les polypes hydro-mdu- siens, par exemple, ("es derniers sont, dans leur jeune ge, des pseudo-infusoires cilis (planula) ; les zoogonidies d'algues sont des pseudo-infusoires flagells , parfois aussi cilis. Dans les deux cas, la ressemblance avec les infusoires est purement ext- rieure et superficielle. On nous accordera du reste, sans peine, que les infusoires fla- gells, tout en tant des animaux, ne sont pas plus loigns des algues, dans la srie des tres, que les hydro-mduses ne le sont des infusoires cilis. -=*r>- B. neRtniiiliRres, niatomaces, Volvoeines. Protoco4*R*es, Siislnes et autret or^^anlsmeH position tlouteuse. On s'tonnera peut-tie de nous voii amener ici en cause les Desmidiaces et les Diatomaces, pensant que nous aurions d les laisser de ct, comme rentrant incon- testablement dans le rgne vgtal. Cependant, la place naturelle de ces organismes est loin d'tre dcide. M. Ehrenberg ne cesse pas de les considrer comme des ani- maux polygastriques dpourvus d'intestins {Polijgastnca anentera). M. Focke, dont les observations sur ces deux groupes dnotent un si grand degr d'exactitude, laisse dans le doute si les premiers sont des animaux ou des vgtaux, et accorde aux seconds l'animalit et des organes locomoteurs rtractiles en forme de pieds. N'a-t-on mme pas voulu voir, durant ces derniers temps, en Angleterre, que les Navicules se meuvent l'aide de cils, etc. '. La question est donc loin d'tre dcide. Pour ne citer que les i. M. Hogg, Tauteur de cette dcouverte relle ou prtendue, prteud mme que les Diatomes peuvent faire cesser i volont les mouvements de ces cils. (Vojez Hogg: Cilia in Dialomacea. Quarterly Journal of microscopical Science April IS3S, p. 23i>.) Ces cils sont toutefois pour nous encore Irfes-problniatiques, pour ne pas dire davantage. 5 34 TUDES sua LKS INFUSOIRKS Closlerium, ont-ils cess d'tre ballotts entre les deux lgnes? Aprs qu'Otto- Fr. Miieller et Nitzsch en eurent fait des animaux, Lyngbye n'y voulut voir que des algues. Bory de Saint-Vincent les restitua au domaine de la zoologie ; mais bientt M. Turpin revint l'ide de Lyngbye et Agardh suivit son exemple. M. Ehrenberg, dans ses divers travaux sur les infusoires, attribue aux Closterium une bouche et des organes digestifs que nul, il est vrai, n"a prtendu retrouver depuis lors. Et si les observateurs plus rcents, MM. Morren, Kalfs, Smith, Jenner, Nsegeli, Braun, etc., ont paru faire pencher la balance du ct de la vgtabilitc de ces organismes, 31. Focke ' ne parat pas tout fait sr que ce ne soient pas des animaux ". Un des grands botanistes de l'poque actuelle, M. Schleiden \ les exclut mme trs-positive- ment du domaine de la botanique. Aussi, bien que nous penchions plutt accorder ces organismes une nature vgtale, croyons-nous devoir donner ici un bref expos de leur mode de reproduction. D'un autre ct, il est une autre division de la classe des infusoires, telle que l'ad- mettait encore M. Dujardin, qu'on a voulu retrancher, en majeure partie tout au moins, du rgne animal, pour la rejeter dans le rgne vgtal, c'est celle des infu- soires tlagells. M. de Siebold, pai' exemple, dans son Manuel d'anatomie compare, exclut compltement de la srie animale toute la famille des monades, et bien des savants semblent partager aujourd'hui ses vues. Le groupe des Volvocines est gale- ment rejet, presque d'un commun accord, dans le domaine des algues. LesEuglnes, les Dinobryons, sont considrs par beaucoup comme formant un groupe d'tres dou- teux, que chacun se renvoie ou bien s'arrache, suivant les dispositions de caractre. 1. Focke. Pliysiologische Sludien. Erstes Hell. Biouicii, 1817, p. 57 et (il. 2. M. Focke a, connue ron sait, dcouvert chez le CloutcriuM I.uhuUi des cils vibi'atiles (Loc. cit., p. ot), dont l'existence a t depuis lors fort couteste. Toutefois, M. Osboriie (On Econoniy of Closlerium Lunulii. Qnatcriy .lournal of microseopal Science. Oct. IS'ii, p. 53) les a dcrits de nouveau avec une grande exactitude. Il a mme voulu observer un courant, pntrant de l'extrieur dans l'intrieur du Closterium, par une ouverture place chaque extrmit de celui-ci. Nos observations cuiicordent parfaitement avec celles de MM. Focke et Osborne pour ce qui concerne les cils ; mais nous n'avons pu voir les courants, ni nu'me l'ouverture dcrits par ce deruior, bien qu'imc ouverture semblable nous paraisse exister rellement chez d'autres espces, comme par exemple chez le Closterium Uian Ehr. , et probablement aussi chez les Tetmemorus Ralfs. Nous avons observ le mouvement des cils '- bratiles chez plusieurs espces de Closterium. M. Herbert Thomas (Quarterly Journal of microscopical Science. Oct. 18bi, p. 36) souponne un mouvement ciliaire analogue chez le Cosmarium margarilifeium. Toutefois, c'est en vain que nous avons cherch le constater chez cette Desmidiace et chez d'autres espces voisines. 5. Schleiden. Grundziige der wissenschaftiichen Hotanik. Ersler Theil. Leipzig, 1849, p. 316. KT I.IOS lUIlZOPODES. 35 M. de Sicbold admetlait encore, sous le nom (Astoma, certains organismes llagells parmi les intusoires : c'taient les Peridinium et les Astasies. Mais M. Leuckarl ' range, soit les Pridiniens, soit les Astasies (Eugines comprises) dans le rgne vgtal. Nous avons maintenant des matriaux en main, qui semblent montrer que tous ces tres, ou tout a moins une grande partie d'entre eux, doivent rentrer bien rel- lement dans la srie animale. Ceci est important, car cbacun se souvient du clbre Mmoire de M. Unger, que nous avons dj souvent mentionn, Mmoire dans lequel ce savant distingu dfendait l'ide de la mtamorphose des plantes en tres anims. Jl est incontestable que l'animalit des monades une fois dmontre, les partisans de M. Unger prtendront au premier abord pouvoir y trouver un appui immense en faveur de leur thorie. En effet, la distance qui spare une monade de la spore d'un C/iytridium parat n'tre pas grande. Les zoogonidies des algues appartenant aux genres Clado- phora, Ectocarpiis, Chtophora, llothrix, Draparnaldia, etc., semblent offrir une grande analogie avec divers genres de la famille des Monadiniens, et cependant nous avons vu qu'on ne peut gure les considrer que comme de vraies plantes. Nous croyons nanmoins qu'il est possible de lout concilier, de laisser les zoogonidies de Chytridium, de Cladophora, d'Ectocarpus, etc., tre ce qu'elles sont bien rellement, c'est--dire des tres vgtaux dous de mouvement, issus de vgtaux, et devant rester vgtaux ; et, d'un autre ct, de laisser aux Monadines, aux Eugines, aux Dinobryons, aux Volvocines mme, leur caractre d'animalit. Il est en effet une grande diffrence entre ces deux catgories d'tres. Nous savons, il est vrai, que le mouvement n'est point une proprit caractristique des animaux, puisqu'il a t constat chez un fort grand nombre de plantes, et que la distinction entre mouvement volontaire et incons- cient n'est pas possible au point de vue objectif. Mais il est, comme nous avons dj eu l'occasion de l'indiquer, d'autres caractres qui, jusqu'ici, n'ont t observs que chez des animaux, et dont la prsence devra toujours, ce nous semble, dcider de l'animalit des tres qui les possdent. Tels sont, par exemple, l'existence d'un cur et l'ingurgitation spontane et directe de substances dans l'intrieur du corps par une ouverture buccale. Or, nous avons vu dans la partie anatomique de ce travail, que la I. BeigiiLinn iincl Lenckarl. Vergleicliernio Analomic iind l'Iiysiologie. Stuttgart. l8-i2, p. I3i. 3fi CTl'DES SUR LKS INFUSOIRES vsicule contractile des infusoires doit tre considre connme l'analogue d'un cur. Peu importe, d'ailleurs, qu'on prfre avec MM. Schmidt, Gray ', Carter, Leuckart, etc., considrer cet organe comme le centre d'un systme aquif're ou exciteui- ", il n'en reste pas moins vrai que c'est un organe purement animal, dont l'analogue n'existe pas, ou n'est du moins pas connu jusqu'ici dans le rgne vgtal. Or, une Euglne, par exemple, possde, comme nous le verrons, une vsicule contractile, et ce simple fait suffit l'loigner considrablement d'une zoogonidie quelconque. Les monades paraissent galement toutes avoir une ou plusieurs vsicules contractiles, et partout o nous trouverons un semblable organe, nous pencherons admettre l'animalit de l'tre qui le possde. Cela pos, passons l'tude de la propagation dans les diffrents groupes, com- mencer par les Desmidiaces. C'est surtout MM. Morren, Ralfs, Na^geli, Smith et Alex. Braun que nous devons la connaissance du mode de reproduction des Desmidiaces. Les travaux remarquables de MM. Ngeli '' et Alex. Braun " nous ont tout particulirement fourni des donnes intressantes ce sujet. Ces deux savants ont cherch dmontrer chez ces organismes la prsence d'une espce de gnration alternante. M. Nsegeli admet chez les Desmi- diaces des sries successives de gnration par fissiparit. Ces sries sont spares les unes des autres par une gnration de transition, o une copulation soit conjugaison a lieu entre deux individus. En d'autres termes, une suite de gnrations a lieu par simple division spontane; la derniie gnration de celte srie au lieu de se diviser se copule et produit ainsi la premire gnration de la srie suivante. Ces cycles vont se rptant l'infini. Tantt les cellules ou individus appartenant chacune de ces .sries restent unis ensemble (Drsniidiuni, Didi/moprivni, Eijalothcca), tantt ils vgtent 1. Sillinian's Ainciicaii .Idiinial. .Mais 18o5. M. Giaj vfiil avoii- iihsei-vr chez le Paiiuiiiciuin Aiircliii nu canal, partant de la vcsionle coniraclilo et allant s'onviii- dans l"iTsnpliagc. Ndiis ne croyons pas qnc personne puisse re- trouver ce canal. 2. Nous devons dire que l'un de nous, M. Lachniann; [parait pemlicr rceninn'nl pimr l'upininu ipii l'ait du sjsliin circulatoii'e des infusoires nu systme aqnirre on e>,cr(''teur [JS'oIr rir 1S60). 3. Nfpgeli, (ialtungen einzelliger Algen. Zi'nicli, 18i9. 4. AI. Brann. Uoher di(' Ersclieinung der Verjiingung in der Naliir. Leipzig, lol. ET l.KS lUIlZOI'ODES. 37 isols, thacun pour leur propre comple {Micrasterias, Euastrum, Closfermm). M. Brauu, qui admet les ides du grand botaniste suisse, considre les gnrations (issipaies comme des gnrations vgtatives, par opposition celles qui sont destines la copulation. C'est l quelque chose d'analogue ce qu'on voit chez les Zygnmes, o l'on peut admettre une srie de gnrations vgtatives ou multiplication des cel- lules de la mme algue, srie que clt une copulation destine la production des spores. Tantt la conjugaison ou copulation a lieu entre deux individus parallles {Closte- rium, Tehnemnrus, Pcniiini), lantt entre deux individus disposs en croix (Microstf- rias, Euastriini, Cosmarhim, Xaittlndkim, Stanrostnnii). (liiez les Closterium. la con- jugaison donne naissance un uu paifois deux corps, que M. Morren dsignait par le nom de sminulfs ', et auxquels M. Ralfs dorme celui de sporanges -, tandis que M. Brauu croit plus convenable de les nommer spores ou cellules reproductrices. Ces cellules reproductrices se recouvrent, dans certains genres, d'espces de prolongements parfois bifides, parfois multifides, ce qui leur donne de l'analogie avec desXanthidium. Leur contenu devient rouge, et si nous compaions ce fait avec les observations de M. NaBgeli sur la transformation de la chlorophylle en une huile orange, celles de M. Cohn sur les changements de couleur des spores de la Sphropha anmilina, etc., nous n'y venons qu'un acheminement veis un dveloppement ultrieur. Il n'est pas prouv que ces cellules reproductrices soient destines leproduire toujours un seul individu, bien que M. Focke ' ail observ une fois quelque chose de semblable chez un Closterium. En effet, dans ce cas, on aurait faire non point un mode de multipli- cation, mais un mode de rarfaction {Venninderunysart) de l'espce, comme M. Focke le dit pittoresquement, M. Na^geli ' remarque galement qu'un tel mode de propaga- tion mnerait tout droit Tanantissement de l'espce '. Du reste, M. .lenner ' prtend 1. cil. Munoii. Mmoire sur les Clostrics. Annales des Seiences nalnrelles. srie, t. 5, Is3li. 2. Ralfs. Brllisli Desmuliea;. 1849 .. PliysioloRisclie Stiidicn. Ersles Heft. p. ho. 1. Gatlunsjen einzelliger Algon. p, 105. .T. La mme cliose pourrait se dire de la lopiilalion des Diatonui";. Aussi est-il ividentipie si la co|)ulation a pour liul la conservation el la reproduction de l'espc(*, la muUiplication toitilie iMitii lemenl la eliarge des gnrations lissipares (Note subsquente) >. Dans les liritish Desmidicf e M. Halls. IK^D, p. II. 38 TUDES SUR LES INFUSOIRES que les cellules reproductrices des Closterium se distendent et produisent une espce de mucilage dans leur intrieur, mucilage au sein duquel se dveloppent une foule de petits Closterium. Ceux-ci finissent par percer l'enveloppe commune et restent libres au dehors. Il est des cas o la conjugaison de deux Closterium donne naissance deux cellules reproductrices et non pas une seule. C'est ce que M. Morren avait dj vu, mais in- terprt faussement, comme tant de prime abord une copulation de quatre Clostries cnes ingaux. M. Smith ' montra que lorsque deux Closterium Ehrenbergii (CL Lu- nula Ehr.) se conjuguent, ils commencent par s'envelopper d'une substance glatineuse commune. Chacun se divise alors spontanment en deux, et la membrane interne (vaisseau primordial de Mohl) faisant saillie la place o la dhiscence a lieu, donne naissance ce que 5K Morren nommait des Clostries cis ingaux. Les sacs dlicats {vaisseau primordial) qui renferment l'endochrme, sortent alors de chacun des demi- Closterium. Chacun des sacs provenus de la division d'un des individus fonctionne comme un vrai Closterium, et s'unit avec l'un des sacs provenus de la division de l'autre. Les deux masses ainsi formes s'arrondissent en deux corps sphriques : ce sont les cellules reproductrices. M. Braun % qui a vu galement la production de deux cellules reproductrices chez le Closterium lineatum, y a constat des faits semblables. L aussi, il y a une division pralable de la membrane interne de chaque Closterium et de son contenu, de sorte que, lorsque la dhiscence a lieu, il y a de fait quatre individus en prsence. Cette esquisse du dveloppement des Closterium peut servir de type celui de toutes lesDesmidiaces, les Pediastrum excepts. M. Braun ^ a, en eflet, tout dernire- ment montr que ces derniers trouvent leurs affinits relles non pas chez les Desmi- diaces. ni chez les Diatomaces, mais chez les algues proprement dites. Ils ont des zoogonidies (macrogonidies), dcouvertes d'abord par Turpin ' et par Meyen '. 1, Smith. Observalioiis (in llio conjugation ot Closti'iiiun lihrenlterQii . Aniials aiid Magazine ot Natiiral History. 183(5. i. Verjiingung. p. 31^-315. 5. Algaiiini uiiicelliilaiiuin gnera nova et minus eogiiita, aiiclore Al. BianiL. Llpsiie, mdccclv. 4. Mmoires du Musum d'Histoire naturelle, t. 16, IS'37, p. 520. 5. Aeta Acad. C;es. Leopoldin. natura' curiosoruni. Vol, i i. Pars 2. 1829, p. Tii. KT l.i;S liHIZOPODES. 39 M. Braiiii vient, galement de dcrire leurs microgonidies '. Or, on ne rencontre ni les unes ni les autres chez les Desmidiaces, pas plus que chez leurs proches parentes les Zygnmes, ni chez les Diatom.es. M. Braun croit, par consquent, devoir rapprocher les Pediastrum des Hydrodictyon. Ce fait ne semble gure en faveur de l'animalit des Pediaslrum, encore soutenue l'heure qu'il est par M. Ehrenberg. Le rapprochement fait d'un autre ct entre les Zygnmes et les Desmidies, est galement peu favorable aux opinions de ce savant relativement ces dernires. M. Ngeli dit positivement que la seule diffrence entre ces deux groupes consiste en ce que les individus de l'un sont unicellulaires, et ceux de l'autre multicellulaires ". Il est cependant des faits qui semblent permettre de supposer que les Desmidiaces oiTrent d'autres modes de gnration, par lesquels elles se rapprocheraient des Pedias- trum et des autres algues. M. Moiren rapporte, en elfet, avoir observ chez le Clostermm Lunula ce qu'il nomme une reproduclion par propagules ^ Ces Closterium sont produits dans l'intrieur d'un Closterium isol non copule. Lorsqu'ils sont forms, on voit se dessiner un tiait non-circulaire, qui dlimite exactement la base des deux cnes dont le Closterium se compose. Ce Irait est l'indice de la dhiscence qui s'op- rera plus tard. Cette dhiscence a lieu en eflet : les propagules percent la membrane commune (endochrme, vaisseau primordial, etc.) qui les enveloppe et se trouvent libres. Ils s'allongent peu peu, et suivant M. Morren, prennent la forme de vrais Closterium. M. Ralfs * mentionne galement la production d'une foule de petites zoogonidies chez les Desmidiaces, en ajoutant que ce phnomne n'est pas fort rare, et il est probable que les prtendus animalcules que M. Ehrenberg trouva dans un Closterium, et qu'il baptisa du nom de Bocio viridis, n'taient pas autre chose que de telles zoogonidies. Nous-mmes, nous avons observ une fois un Closterium Lunula dont le contenu tait remplac par des corpuscules verts, arrondis, munis chacun d'un seul cil flagelliforme et d'un point rouge. Ces corpuscules s'agitaient vivement dans l'intrieur du Closterium ; toutefois, nous n'avons pu observer leur sortie. I. Algaium uilicelliilariulii, clc . \>. (ili. i. Ou, en d'autres termes, que dans l'uu les individus l'estenleiicliaiiics en riniiillcs, cl qnr dans l'iinlie ils \ivenl isols. 5. Mmoire sur les Clustries. Ann. des .Se. nat. i' srie, 1836. 4. Ralfs. Crilish Desmidieie. 1H49, p. 9. 40 TUDES SUR LES INFUSOIRES D'autre part, M. Morren rapporte avoir vu une cellule reproductrice, produite la suite d'une copulation de ce mme Closterimn Lnnula, s'agiter pendant vingt minutes en tous sens, comme une zoogonidie, puis passer l'tat do repos et prendre la forme d'un Closterium. Il est encore noter que M. Braun ' mentionne des corps analogues des ini\isoires, qu'on voit se former dans les cellules d'algues vertes (Spirogyra, dogonium, etc.) qui sont prs de prir. Ces corps se distinguent des zoogonidies normales par leur forme irigulire, leurs mouvements plus lents et leur contenu bruntre entour d'une gele. M. Braun a vu de telles pseudo-gonidies se former dans les mmes cellules o naissent les zoogonidies normales, et pense qu'on les a souvent confondues avec celles- ci. Ce fait conduit involontairement songer ces corps ronds, immobiles, analogues des cellules reproductrices que Moyen " a observ chez de vieux Closterium non co- pules. M. Cohn ^ dcrit chez une conferve, la Spkroplea annulinn, des pseudo-gonidies analogues celles sur lesquelles M. Braun a attir l'attention. On le trouve dans les cellules qui jouent le rle d'authridies et ont form des phytospermes. Ce sont des parties du contenu des cellules qui n'ont pas t utilises, et qui montrent nanmoins des mouvements propres. Peut-tre, suppose M. Cohn, ces corps sont-ils produits par une fusion de plusieurs spermatozodes, peu prs comme M. Meissner "* admet que les zoospermes non utiliss (et les autres aussi du reste) chez les animaux, se trans- forment en gouttes d'huile '. Des globes mobiles analogues se trouvent galement dans les cellules del Sphaeroplea, qui jouent le rle de sporanges. Enfin, .\. Cohn a ren- contr dans ces ulricules, en outre des productions pathologiques doues de mouvement, de vrais infusoires {TracheJius (richopfiorus '^ Ehr.^ avec lesquels il faut bien .se garder lie les confondre. I. Braun. Verjungung, |i. 500. "2. Meyeu. Pnanzenplijsiologie m, pi. X. fig. 24. 5. Monalsberioht der Konigl Akadeiiiie der Wissonscliaaeii zii Boiliii. Mai l8riD, p. 515. 4. Beobaclitungen ber das Eindringen der Spcrniatozoen in das Ei.-Zeitsclirift fiir wissensch. Zoologie, ti. Band. a. Depuis lors, cette docLiine de la transformation dos zoospernies engraisse a t singulirement branle. Voyez Olaparde: Ueber Eibildung und Befruchtung bei den Nemaloden. Zeitschrift fiir wiss. Zoologie. 9 lid, p. lOt! i suiv. De la formation des ufs cliez les Nmatodes, in-i, Genve, 1839. {Noie de 1860). 6. Nous avons vu ailleurs (lome l'"', p. 5*6) que ee prtendu Traclielius est un infusoire flagell du genre des As- l:iS.\es {ISole de I86(i). Rr LKS HIIIZOPODKS. 41 Les Diatomes se rapprochent trs-sensiblement des Desmidies par leur mode de reproduction. Leur conjui*aison fut dcouverte d'abord par M.Thwaitcs' dans VEimotia turgida Ehr. Cette dcouverte fit sensation, attendu qu'elle semblait dcider la question de l'animalit ou de la vgtabilil de ces organismes. L'analogie do ce mode de repro- duction avec celui des Desmidiaces, va en effet peu prs jusqu' l'identit, et la position des Desmidiaces parmi les algues, semblait moins douteuse que celle des Diatomaces. La conjugaison des Eunotia consiste, d'aprs M. Thwaites, dans l'union de l'endochrme de deux frondes voisines. La masse qui rsulte de cette fusion se recouvre d'une membrane propre, et devient ainsi ce que M. Thwaites, probablement par analogie avec les Desmidiaces, nommele sporange. Mais ce nom ne parat pasjustifi, comme M. Sraun le fait remarquer ", car ces corpuscules passent immdiatement l'tat de cellules vgtatives, de frondes nouvelles en un mot, ce qui n'a pas lieu chez les Desmidiaces, o les cellules reproductrices passent un long temps l'tat de repos. Peu de temps aprs, M. Thwaites ^ constata des faits tout fait semblables chez les Gomphonema et les Cocconema, ainsi que chez les Fragilaria. Il reconnut que les cellules reproductrices deviennent semblables aux frondes-mres, et se multiplient mme par fissiparit longitudinale. Pendant la conjugaison, les frondes conjugues se divisent en gnral en deux moitis, pour laisser chapper l'endochrme qu'elles ren- ferment; mais cependant, dans certains cas, comme nnsle Gomphonema minutissinum et la Fragilaria pectinalis, l'endochrme s'chappe par une fente, situe l'extrmit de la fronde. Ici donc nous retrouvons une alternance de gnrations du mme genre que chez les Desmidiaces. La copulation des cellules a toujours lieu la suite d'une srie de gnrations par fissiparit, et a pour but la production directe ou indirecte de cellules reproductrices, destines tredes espces de gnrations de transition un cycle vgtatif nouveau \ 1. Ou LOiijugaliun in the DiietoiiiacciP by ;.-H.-K. Thwaites, Lecturer on Bolaii)" at the Bristol mdical Scliool. Annals and Mag. of Nat. History Vol. 20. )8i7, p. 9. 2. Verjiingiing, p. lil. 5. On conjngatioii in Diatomacea;. Annals and Mag. of Nat. History. Vol. 20. 18+7, p. 5i3. i. Voyez Braun's Verjiingung, p. 302. 6 42 F.TUIlES sur. LES INFUSOIRES Chez les Mclosira, les choses se passent, d'aprs M. Thwaites ', un peu ditTrem- ment que chez les autres Diatomaces. On voit l'endochrme de chaque cellule subir pour son propre compte des modifications particulires, se concentrer vers le centre de la cellule, et donner lieu ce que M. Thwaites nomme un sporange (cellule repro- ductrice), lequel produit une fronde nouvelle, (".'est, au fond, le mme rsultat qu'a la copulation des autres Diatomaces, seulement ce rsultat est ralis ici sans copulation. De mme que nous avons vu chez les Desmidiaces, chez les Closterium tout au moins, quelques indices de la formation de corpuscules dous de mouvement (zoogo- nidies), de mme M. Nge'li " a vu paifois des corps mobiles natre dans l'intrieur de quelques Diatomaces. On voit alors la substance colorante s'amonceler sur les pa- rois suivant certains centres, donnant ainsi probablement naissance des vsicules. Celles-ci se dtachent parfois de la paroi et s'agitent comme des zoogonidies dans l'in- trieur du tt siliceux (ainsi dans le Melosira varians Agdh.). M. Focke \ de son ct, a vu se former dans diverses Diatomes non copules {SiirireUa bifrons, Navicula viridis, Navicula fitlva) des globes envelopps d'une membrane transparente, qui semblent devoir jouer le rle de spores. M. Focke avait du reste observ le mme phnomne chez les Closterium ' . Si nous avons considr d'abord les Desmidiaces et les Diatomes, c'tait afin de laisser dans le voisinage le plus prochain possible des infusoires un groupe d'organismes qui semble passer insensiblement aux Asloma (Astasies, Englnes,) de M. de Siebold. Le premier des organismes qui se prsente nous est le clbre Protococcus pluvialis , connu galement sous les noms gnv'iques ' Hmatococcus, Chiamydococcus , etc., synonymie que nous laisserons de ct , parce qu'elle nous entranerait trop loin. C'est surtout lie Flotow ' que nous devons l'lude de ce curieux organisme. M. Cohn '' a rpt ses observations et les a en grande partie confirmes et tendues. 1. Kiiillier Observations on Ihc Llia(onia(ea^ bj Thwaitos. Annals ami Magaz. ol Nal. Histoi). 18)8, [>. l(i-2-l75. 2. Galtungen einzelliger Algen. p. 10. 5. Plijsiologische Sludion. "2 Ilelt. Bienien, I8b4. l. Phjsiologisclie Stndion. 1 Hel't. Bremen, ISil, p. 51. o Acta Acadeniiai C;es. Leopold naluip Cuiiosoiuni. T. iO. Pars i. 1*41. ti. N'aihirge ziir Nalurgesctiichle der Protocoatis pluvialis. 1850 (Nova acla Acad. nal. curios.). KT LES BHIZOPODES. 43 D'aprs ces documents, le Protococcus pluvialis est une plante soumise la gnration alternante, c'est--dire que l'ide d'espce ne se trouve ralise chez elle que par l'en- semble d'une suite de gnrations. Les individus de chacune de ces gnrations peuvent donner naissance une descendance nouvelle. Les cellules qui appartiennent une mme gnration sont toujours semblables entre elles, mais elles peuvent tre tantt semblables leur organisme-mre, tantt non. La reproduction se manifeste d'abord par une division du contenu des cellules, division en deux, ou suivant une puissance de deux. A partir de ce moment peuvent se prsenter divers cas : 1 Chaque individu peut s'envelopper, dans la cellule-mre mme, d'une tunique de cellulose et devenir par l une spore immobile. C'est ce qui n'a lieu que lorsque la cellule- mre tait elle-mme une spore immobile. 2" Chaque individu peut devenir libre sous forme de cellule primordiale et nager ainsi dans les eaux. Ce n'est que plus tard qu'il se forme autour de cette cellule une enveloppe de cellulose, loisqu'elle a quitt la vie errante pour passer l'tat de repos. 3 Les individus peuvent passer directement la phase de zoogonidies ou spores mobiles en s'enveloppant d'une membrane roide, mais trs-dlicate, et ces individus l ont le pouvoir de se reproduire par division en donnant naissance des individus d'ordinaire semblables eux-mmes. En outre, ces cellules sont susceptibles de s- crter une seconde membrane de cellulose beaucoup plus paisse, tandis que la premire est rsorbe, et de passer ainsi l'tat de repos. D'aprs M. Cohn, ce sont les influences extrieures qui dcident si les cellules pri- mordiales rsultes de la scission du contenu de la cellule-mre quittent immdiatement cette dernire pour mener une vie errante, ou bien si elles s'enferment immdiatement dans une capsule de cellulose et restent l'tat de repos dans l'intrieur mme de la cellule -mre. L'application de ce principe ne se borne pas au Protococcus pluvialis, M. Cohn l'tend toutes les algues zoospores. Il croit que toute cellule primordiale rsultant du vaisseau primordial ' possde la facult ou du moins la possibilit de devenir libre en I. S'il est (leriiiis du iiKiins d'eiiiplojer ce terme. M. Pringsheim dnie en ellet an vaisseau piimordial de M.Hugo 44 TUDES suit LES INFUSOIRES tant que cellule primordiale avant d'avoii' scrt de membrane rsistante ; qu'elle peut se munir de cils vibratils et nager librement dans l'eau. Ce ne seraient donc que des actions trangies, peu favorables la phase errante, qui dtermineraient une cellule primordiale scrter immdiatement une membrane de cellulose sans avoir pass pai- aucune phase mobile. Par contre, M. Cohn' pense que sans une scission pralable du contenu de la cellule en plusieurs, aucune forme immobile ne peut passer l'tat mobile ', En regard de ces intressantes observations de M. Cohn, nous croyons peine devoir mentionner celles de .M. Ktzing, faites en 1840 sur ces mmes organismes. Cet algologue distingu s'est malheureusement laiss trop facilement entraner dans une direction qui se ressent encore de l'cole des philosophes de la nature du com- mencement du sicle. Dans un ouvrage qui a t couronn par la Socit hollandaise, des sciences de Haarlem ", M. Ktzing dfend la thse que les plantes cellulaires inf- rieures sont des parties lmentaires des plantes organisation plus leve dans l'tat de libert. Il n'entend point parler ainsi un point de vue typique ou idal, mais il prend son assertion la lettre et prtend pur consquent que les plantes organisation leve ne sont bien rellement que des agglomrations de plantes infrieures. Partant de ce point de vue, il attribue aux Protococcus la pioprit de donner naissance aux vgtaux les plus diffrents. Dans un autre mmoire ' il dclare qu'on a autant de droit dconsidrer ces organismes comme des animaux que comme des vgtaux. M admet donc un point de contact intime entre les deux rgnes organiques, et le passage immdiat de l'un l'autre, au moyen de phases de dveloppement de certains tres. En principe, M. Kiitzing ne reconnat aucune diffrence absolue entre l'animal et la plante. Les animaux infrieurs passant immdiatement aux vgtaux infrieurs , il fait de Molli la qualit de vaisseau. II croil que l'aiipaieiice de niembiaue que piseule celui-ci, est duc au x ractifs qu'on emploie, et qui l'ont contracter la substance. A l'aide de ractifs suffisamment faibles, on n'obtient, suivant lui, qu'une masse nuicilagineuse qui n'a rien de membraneux (Voy. Pringslieini. Grmullinien einer Thorie der Pltauzenzelle. Berlin, l8rS4). 1. Il est clair que ces considrations ont une couleur encore trs-thorique. t. Kiitzing. Die Umwandiung niederer Algenformen iu hiihere etc., dans Naturkuundige Verhandlingen van de Hollandsche Maatschapij der Wetenschappen te Haarlem. 1841. 3. Kiitzing. Ueber die Verwandiung der Inl'iisorien in niedere Algenformen. iNordhausen, 1844. , KT LES RHIZOI'ODES. 45 vivre les Diatomes d'une vie aussi animale que vgtale ; il permet aux algues de se transformer en infusoires et vice-vers '. Les Protococcus ont eu du reste le sort d'tre confondus avec des organismes de tous genres. On a prtendu, par exemple, qu'il tait impossible de distinguer le Protococcus vulgaris {Lepra viridis des auteurs) des gonidics libres de certains lichens, de la Par- melia parietina, par exemple. Mais M. Alex. Brauii " a montr que les diftrences sont assez grandes : dans les unes, les gonidies des lichens, la multiplication s'effectue au moyen d'une division interne et simultane du contenu [de la cellule en un nombre de parties qui varie de 4 8 ; dans les autres, les Protococcus^ au contraire, la multi- plication a toujours lieu au moyen de la rptition successive d'une division binaire, comme MM. de Flolow et Cohn l'ont dmontr. De plus, les gonidies des lichens ont, d'aprs 31. Braun, un nuclus qui fait dfaut au Protococcus. Reste savoir si le dveloppement remarquable des Protococcus. tel que de Flotow et M. Cohn nous ont appris le connatre, est celui d'une plante ou celui d'un animal. Certaines formes de Protococcus pi iivialis sont, d'aprs M. Cohn, impossibles dis- tinguer d'une Chlamydomonas Puhisculus \ M. Dujardin ' qui, sans raison valable, donne la Chlamydomonas Pulvisculus Elu-, le nom de Diselmis viridis, et qui la con- sidre comme un animal . lui attribue un mode de dveloppement assez semblable celui que M. Cohn a constat chez les Protococcus. D'un autre ct, certaines formes, certains tats du Protococcus plumalis ressemblent s'y mprendre la Pandorina Morum dont M. Ehrenberg fait un animal, class par lui dans la famille des Volvo- cines. M. Ktzing fait par contre d'un organisme, qui semble tre fort voisin de cette Pandorina, ou qui est peut-tre mme identique avec elle, une Palmellace sous le nom de Boiryocystis Morum. M. de Siebold range de mme la Chlamydomonas Pulviscidus parmi les algues. Aussi ft-il dmontr que ces tres ne sont qu'une seule et mme espce, il n'y aurait rien de prouv quant l'animalit ni la vgtalitdes Protococcus. Si M. de Siebold fait des Chlamydomonas des plantes, cela tient uniquement ce 1 Voyez une llutation de Ktzing dans harl Nipgeli : .\tue Algensyslenie, page yfl el suiv. 2. Algariiiu UDicellularium gnera nuva et minus cognita. i855. 5. Beitrge zur Naturgescliiclile des Protococcus. Nov. act. Aead nat. cur. lK"ili, p. 7.j|. 1. Histoire naturelle des Inliisoires, p. 340 4B TUDES SUn LES INFUSOIRES qu'elles ont une enveloppe raide et non contractile. Mais la contiactilit de la cellule (nous ne parlons pas bien entendu de pulsations rythmiques) est-elle bien un caractre essentiel du rgne animal et inversement l'absence de contractilit un caractre du rgne vgtal ? Le protoplasma des plantes, la substance azote des cellules vgtales, le vaisseau primordial de M. Hugo von JohI, en un mot, parat lui aussi susceptible de contractilit. Le Protococcus pluvialis qn\ a tant d'affinit avec les Chlamydomonas membrane laide, offre du reste aussi, sous une certaine forme de son dveloppement, une grande ressemblance avec d'autres tres dous d'une grande contractilit , savoir les Euglnes. La mme chose peut se dire d'un autre intressant organisme qu'on peut rapporter sans aucun doute au genre Cnjptoglena de M. Ei'henberg, et que nous avons eu souvent l'occasion d'observer. C'est une cellule remplie de chloro- phylle, munie d'un seul flagellum et enveloppe d'une coque rsistante (cellulose?) en forme de flacon (v. pi. XII, fig. 23). Il vient un moment o la Cryptoglne se dtache de cette coque qu'elle remplissait auparavant exactement : elle perd son flagellum, et se met tourner l'intrieur, comme pour chercher en sortir (PI. XII, fig. 48). C'est ce qui a lieu au bout d'un certain temps, l'enveloppe venant se fendre et tombant par morceaux (fig. '19-20). La Cryptoglne, nue ds-lors (fig. 21), se meut comme une Euglne qui a perdu son flagellum en rampant au moyen de lentes contractions de son corps '. Il est fort probable que toutes les Cryptomonadines de M. Ehrenberg sont sus- ceptibles de se prsenter sous ces deux formes '. Une partie des Euglnes, celles dont I. M. Port}' (Zur Kcniilniss der kleinsten Lehensfornien. Bein ISo2, p. St-H;^) ra|iporlc quelque oliosc il'analo^ue lie la Chonemoiias liispida ou Choneinonas ScliranUii, qui esl ijcul-tro le mme oigauisuie que la Ciyiitoglcna volvocina Elir., bien que M. Perty indique deux flagellum chez les Clioneuionas, et que nous n'en ayons jamais vu qu'un seul chez notre Cryptoglne. Une seule Tois, nous avons observ une division du contenu d'une Cryptoglne dans rintrieur mme de l'enveloppe (PI. XII, lig. 1i). Les nombreux globules ipii en rsultrent ne montrrent pas trace de mouvement. 2 Dj M. Weisse a observe quelque chose de semblab'e chez la Trachdoinniuis nigricans. U arrive souvent d'aprs lui, que chez cet organisme la cuirassi se brise : la partie postrieure tombe et l'animal nage en portant encore un morceau de la cuirasse ou enveloppe rsistante (cellulose?) comme une calotte sur la partie antrieure, o se trouve le soit disant il de M. Ehrenberg. On voit alors ce fragment, d'une manire Irs-vidente, le trou par lequel sort le cil Bagellilorme, l'aide duquel la Tiaclnlomomis se meut. Une fois, M. Weisse trouva un individu qui venait de se dbarrasser de la partie antrieure de cette enveloppe rsistante, tandis que le flagellum passait encore au travers. Celui-ci s'agitait pour chercher se dbarrasser de la dpouille incommode. La Trachelomonas dpourvue de son enveloppe tait alors parfaitement semblable la MicrogUmi monudina Ehr., et M. Weisse con- sidre par consquent la Trachelomonas comme tant la nymphe (Paijpct de la Microglena. (Voyez Weisse : Notiz in KT LES IIIIIZOPODES. 17 M. Dujardin a form le genre Phacus, sont en gnral si peu contractiles, qu'une com- paraison entre elles et le Protococcus pluvia/is n'aurait rien d'tonnant. Du reste, ce dernier parat pouvoir se prsenter parfois sous la forme d'un corps trs-contractile, muni d'un flagellum et d'un point rouge sa partie antrieure, ce qui permet fort bien de le rapprocher des Eugines forme changeante. M. Cohn a d'ailleurs tudi aussi le dveloppement d'une Euglne , VEnglena vi- ridis ' et l'a trouv trs analogue celui des Protococcus. Meyen ainsi que M. K<)lliker, et M. Perty, en avaient dj constat quelques phases isoles. Les Eugines ne sont pas toujours mobiles. Elles prsentent dans de certaines circonstances un tat de repos comme le Protococcus pluvialis. Elles se roulent en boules et s'enkystent dans une capsule incolore, rsistante. Il est alors impossible de les distinguer d'un Protococcus l'tat do repos. Sous celte forme les Eugines paraissent avoir eu le sort de devenir des algues entre les mains de M. Ktzing, qui leur a assign une place dans le genre Mi- crucystis. Dans ce kyste s'opre une multiplication fissipare, suivant la srie 2, 4, 8, 16, 32, etc., parfaitement comme chez les Protococcus. Les nouveaux individus sont semblables leur parent lorsqu'ils sont en petit nombre, ils s'en cartent lorsque le nombre qui indique le rsultat de la division binaire est port une puissance leve-: Ce sont alors de trs-petits corps pyriformes avec un nuclus. On voit donc que cette multiplication a lieu d'aprs le mme type que celle des Protococcus '. Bezug aiil' Metuiiioi|)lioseii dur sogeiiaiiilcii iiol.vgasti'isclicii liiriisuiieii. Dans les tiiillotiiis de la classe |ilijsico-niaUi- matique de l'Ac.idinie de .Saint-Pterslioiirg. IHl, n" 4. 1 Cohn. Beitr.lgo ziir Eiilwickliingsgescliiclile der Infiisorieii Zejtsclirift liir wissciisehaflllclie Zoologie, el le Mmoire sur le Protococeiis. i. Les Eugines paraissent du reste [Kissder (ucnre d'autres modes de m produclion. C'est ainsi que nous avons \u un exemple de division transversale clic/, une Anihli/ophn viridis non enkyste. Celte espce est si voisine df VEiiglfita viridis que M. Fo( ke (Pliysiologische Studien. Erstes Hcit, p. 11) ne veut \oiv dans VAiiiblyojiliis viridis, VEuf/lena suiiquinca, VE. hyalina, VE. Vtses, \'E. viridis et VE. spirogyra qu'une seule et mme espce M. Perty (Zur Kenntniss der kleinsten Labensformen . Bern, 18.S2, p. 7R) rapporte galement avoir vu un exemple de division spontane chez une Euglena viridis non enkyste. Chez VEuglcna Plcuronecles nous avons vu le contenu de la membrane s'ordonner autour de certains centres de manire foinier des globes, tandis (PI. XII, lig. 13) ipie rEuglne se mouvait encore. Cela rappelle ce qu'on voit chez les Chlorogouinm. Parfois aussi( lig. \}, le mouvement de l'individu parent avait cess auparavant. M. Perty dit avoir constat, comme M. Cohn, que les Eugines sont susceptibles, dans leur tat d'enkystement, de se diviser en un nombre norme de petites parties ( blasties ), com- parables b la masse des microgonidies de certaines algues. Si chacun des individus ainsi forms peut se dvelopper en une Euglne, ce (|ui est probable, cela expliquerait leur multiplication parfois si incroyablement rapide Nous attirons aussi l'attention sur ces corpuscules singuliers qui remplissent souvent les Eugines, et que M. Ehrenberg 48 TUDES SUR LES INFUSOIRES A la suite de ces considrations et de diverses autres, M. Cohn en vient admettre que la substance contractile des animaux et le proloplasma des plantes sont des produits essentiellement analogues. Il en [dduit que cette substance est, vrai dire, chez les plantes, enveloppe d'ordinaire dans une membrane rsistante de cellulose, qui manque chez les animaux, mais que cependant certaines plantes, des algues, par exemple, peuvent passer par des phases o le protoplasua vit d'une manire indpendante, sans tre protg par aucune membrane rsistante , et enfin , qu'il est certains animaux, les Euglnes par exemple, chez lesquels la substance contractile peut s'entourer d'une membrane rsistante paisse et non contractile. Les zoogonidies des algues se com- porteraient dans ce cas, quant au type, comme des animaux unicellulaires (?), et les Euglnes enkystes, l'tat de repos, comme des plantes de la plus simple orga- nisation. A ce point de vue, les phnomnes vitaux prsents par les Protococciis pluvialis s'expliqueraient au moyen d'un alternance de gnration. Une forme vgtale donnerait naissance une autre forme, qui, par son organisation et son genre de vie se com- porterait d'une manire analogue celle dont se comporte certain autre groupe, savoir le groupe des infusoires flagells rputs astomeset anentres. Cette phase dans laquelle le Protococcus prsente certains caractres d'animalit passe bientt une autre vi- demment vgtale. On poin-rait alors considrer le dveloppement des Euglnes comme analogue quoique inerte. Ce serait un animal qui pendant un certain temps mnerait une vie en apparence vgtale. Cette manire de voir, fort intressante du reste, pourrait se ramener au fond trs-facilement aux cycles de MM. Naegeli et Braun, bien que ces cycles n'offrissent peut-tre pas la mme rgularit que chez les Diatomes et les Desmidies. Des organismes trs-voisins des Protococcus sont les G lococcus, dont M. Braun nous a fait connatre le dveloppement '. Ces cellules oviformes vertes et rostre in- considrait tantt coiiinif des corps crjstalliiis, tantt counne des organes gnratems, tandis i|ue d'autres, comme M. Focke, ne veulent y voir (jue des grains de paraniylum. Leur forme de bton est surtout trs-dveloppe chez VEuglena Acus (PI. XII, lig. lo). On les trouve parfois on nombre fort considrable. Peut-tre > aurait-il quelque chose de connnun entre ces corps et la reproduction. 1. Alex. Braun. Verjiingung. p 169. ET LES RlUZOPODES. 49 colore se nnikiplienl par une division binaire simple ou deux fois rpte. Les cellules ainsi produites forment des familles enveloppes d'une espce de gele. On peut admettre ici comme chez les Diatomes et les Desmidiaces, etc., des sries de gn- rations successives, spares les unes des autres parune gnration de transition. Chez les Desmidiaces et les Diatomaces la gnration de transition qui spare deux cycles de gnrations par fissiparit, c'est la gnration o l'on observe une copulation. Chez les Gloeococcus, cette dernire trouverait son remplaant dans la gnration binaire double (division en quatre) qui se prsente toujours au bout d'un certain nombre de gnrations par division binaire simple (division en deux). Toutes les gnrations appartenant au cycle de division binaire simple sont, leur vie durant, munies de deux cils flagelliformes. La gnration de transition, au contraire, n'en offre pas. Les der- nires gnrations de chaque cycle quittent la famille, et chaque individu s'en va pour son propre compte, nageant librement dans les eaux, chercher une place o il 'passe l'tat de repos et forme ainsi la cellule de transition un autre cycle '. Aux Protococcaces se trouve intimement uni le groupe des Volvocines proprement dites, et nous avons passer maintenant aux p'hnomnes reproductifs qui le carac- trisent. C'est peut-tre le groupe le plus intressant de tous les organismes place incertaine qui font le sujet de ce chapitre. Considrs toujours comme des animaux jusqu' ces dernires annes, c'est M. de Siebold " qui a t le premier les rclamer au profit du rgne vgtal, et aujourd'hui nombre d'algologues distingus, entre autres MM. ("ohn ^ et Braun * se sont rangs son avis. La question est cependant, comme nous le verrons par la suite, fort loin d'tre dcide. Les Volvox proprement dits, et, parmi ceux-ci le Volvox glohator sont les premiers tres de cette famille dont on ait-dcouvert un des modes de dveloppement. Dj les 1. Ici viennent se ranger toutes les Palmellaces dont les analogies avec les Protococcaces sont immenses. Mais lenr nature tant d'un commun accord reconnue pour vgtale, nons les laisserons de ct, afin de ne pas nous laisser entraner trop loin. 2. Th. de Siebold. De finibus inter regnuni animale et vegetabile. Erlangen, 18iJ, p. 1-2, et L'eber einzellige Pflanzen nnd Tbiere. Zeitschr. f. vviss. Zoologie. 1 sler Bd. l8/i9, p. -270. .5. Untersuchungen ber die Entwickbingsgeschichte der Algen nnd Pilze, 1853. 4. Zeitscbrilt fiir wissenscbaftlicbe Zoologie, 4 ter Bd. p. 77 et suiv. 50 TUDES SUR LES (NFUSOIRES anciens observateurs avaient considr comme des embryons les grosses boules vertes qu'ils voyaient dans l'intrieur du Volvox. M. Ehrenberg qui eut l'honneur de cons- tater le premier que ces organismes sont des colonies d'individus, montra que chacun de ces soi-disant embryons, est une jeune famille produite par la division spontane et rapidement rpte d'un de ces individus. Ce procd de multiplication est, comme M. Stein ' l'a montr, le rsultat d'une division binaire multiple, comme c'est aussi le cas chez d'autres Volvocines, de sorte que le nombre des individus d'une famille doit toujours rpondre une puissance de 2 . Chaque nouvel individu se munit de deux cils flagelliformes, et la famille engendre sort de la famille-mre par une dchirure. Mais ce n'est point l le seul mode de reproduction des Volvox. M. Busk ' nous a mis sur la voie i|ui devait nous en faire connalie un autre. M. Stein % de son ct, sans avoir aucune connaissance des travaux de M. Busk, fut conduit des rsultats peu prs parfaitement semblables. Le second mode de reproduction rappelle un peu ce qui se passe chez beaucoup d'autres organismes infrieurs. Parfois certains individus d'une famille deviennent excessivement gros, aussi gros que de jeunes familles, sans que cependant on aperoive chez eux la moindre trace de division. Bientt ces sphres s'entourent d'une substance glatineuse, prsentant des pointes coniques diversement ' dcoupes, ce qui fait qu'une coupe d'une de ces sphres prsente un aspect toile, parfaitement comme les spores que M. Cohn nous a fait connatre chez la Sp/iropleo anmdina. M. Ehrenberg avait fait du Volvox globator, dans cet tat, une espce par- ticulire, le Volvox stellatus, caractrise par l'apparence stelliforme des jeunes colonies '. Mais ces jeunes colonies sont de fait des kystes, suivant l'expression de M. Stein. Un partisan de la vgtabilil des Volvox, dirait des spores ou des sporanges. M. Busk les nomme des spores d'hiver, et M. Stein pense dans le fait comme lui, que leur lle est de rsister la saison froide, comme du reste aussi aux poques de chaleur excessive, o les tangs sont sec. Nous nous contenterons de les nommer des I. Die Infusionsthierclieii auf ihre Enlwlckhmg untersucht. Leipsig, !854, p. 44. i. Busk. Sorae observations on the structure and developoment of Volvoa; globator and its relations to oi'ier unicelUilar plants. Quarterly .lournal of microseopical Science, 1833, p. l-3!i. . Loc. cit. p. 4'2-48. i. M Fucke considiiait dj comme probable que le Volmx stellatus n'est pas spcifiquement diffrent du V. globutor iPhysiologische Studieu. Erstes Heft. 1847). ET LES ItlIIZOPODES. 5-1 corps reproducteurs. Leur contenu, primitivement vert, passe peu peu au rouge brun. La famille-parente meurt et se dcompose de sorte que les corps reproducteurs gisent libres dans l'eau. Ni M. Busk, ni M. Stein ne les ont poursuivis plus loin. Il est supposer cependant qu'ils reproduisent plus tard des germes mobiles. Nous avons videmment l faire un cycle priodique semblable ceux que MM. Ngeli et Braun nous ont fait connatre chez les Desmidiaces, les Diatomaces, les Gloeococcus, etc. Nous avons une suite de gnrations par fissiparit, o les familles sont mobiles, puis vient une gnration de transition immobile, laquelle re- produit sans doute la premire gnration mobile du cycle suivant '. D'aprs M. Busk * on doit encore faire rentrer dans le cycle d'volution du Volvoo: Ijlobator, la Spkrosira Volvox, Ehr., bien que les individus (zoospores, pour parler avec M. Busk) qui la composent, n'aient qu'un flagellum au lieu de deux. Si ceci se confirmait, le Volvox deviendrait un Prote presque insaisissable comme le Protococcus pluvia/is. En etet, les individus qui composent une Sphrosira se multiplient par une division binaire rpte, donnant lieu 'des grappes, ou colonies de monades, qui se 1 Depuis la rdaction de ces lignes, noire connaissance de la rcpiodnclion dos Volvox a t considrablement modifie et augmente par les recherches de M. Cohn, confirmes en grande partie par M. Carter. D'aprs M. Cobn (Comptes-rendus de l'Acad. des Se, l" dc. 1S56. Annales des Se. nat. ).S37), les Volvox possdent denx modes de roiirodnction : le premier est nne simple multiplication par scissiparit. Il n'y a dans chaque famille qu'un nombre restreint d'ulricules qui soient chargs de ce mode de reproduction. Le second mode de gnration exige nn concours sexuel ; il ne se prsente que chez certains individus, dont les utricules composants sont plus nombreux que d'ordinaire. Ces individus ou familles sont monoques, portant des utricules mles et des utricules femelles : la plupart des utricules sont cependant neutres. Les utricules femelles deviennent plus gros que les autres, et s'al- longent vers le centre du Volvox, sans qu'il y ait partage de leur endochrme. Les utricules mles se divisent en une multitude de petits corpuscules linaires, munis de deux longs cils en arrire de leur partie moyenne et d'un long rostre en forme de cou de cygne. M. Cohn considre ces corpuscules comme des spermatozodes. Ils se rpandent dans la cavit du Volvox, s'amassent autour des utricules femelles et s'incorporent peu peu eux. A la suite de cette fcondation, les utricules femelles se munissent d'un tgument saillies coniques et pointues, et leur chlorophylle fait place de l'amidon ainsi qu' une huile de couleur rouge ou orange. Dans cet tat, le Volvox globalor est identique d'abord avec le V. slellalus, puis avec le V. aureus de M. Ehrenberg. A ce sujet, l'opinion de M. Cohn concorderait avec celle de M. Busk, que nous mentionnerons plus loin. M. Cohn s'accorde aussi avec M. Busk pour faire rentrer la Sphrnsira Volvox dans l'\x)lution du V. globalor. M. Carter (nimls and Mag. of nat. Hinlory .lanvier, 1859) n'est point d'accord avec eux sur ce point. Il pense que ces auteurs ont confondu deux espces de Volvox, et, en cela, ses opinions pourraient tre rapproches de celles de M. Stein, qui lui sont restes inconnues. D'ailleurs, M. Carter dcrit la fcondation des Volvox peu prs comme M. Cohn. Un mode de reproduction trs- semblable celui des Volvox a t dcouvert et dcrit par M. Carter, chez les Eudorina et les Cryptoglena (Annals and Mag. of nul. Ilislory. October 1X38). La similitudu est mme telle que nous pouvons nous dispenser de tous dtails cet gard (.'Vojp de I8C0). i. Busk. Loc. cit. p. 39-40. 52 TUUES SUR LES INFUSOIRES dtachent de rorganisnie-parent et nagent de concert dans les eaux sous une forme qui rappelle les Uvella ou les Syncrypta de M. Ehrenberg. Le Volvox aureus Ehr. est, d'aprs M. Stein, une autre espce de Volvox (T. minor Stein) observ dans le moment o les corps reproducteurs ont pris une teinte rouge dore. D'aprs M. Busk ce ne serait qu'une forme de Volvox glohator ' . M. Cohn " nous a cependant fait connatre chez les Stephanosphsera, genre excessi- vement voisin des Volvox, un mode de reproduction qui semble indiquer que ceux-ci pourraient bien se reproduire encore d'une autre manire \ Ici galement on trouve la division binaire, ce procd de multiplication si frquent chez les animaux infrieurs. Chaque Stephanosphaera se compose normalement de huit individus, associs en famille dans une enveloppe glatineuse commune. Une triple division binaire s'effectue chez chaque individu, de manire ce que l'enveloppe commune se trouve renfermer huit groupes de chacun huit individus. Chacun de ces groupes sort par une dchirure de l'enveloppe commune et forme une nouvelle famille. Parfois aussi les individus quittent isolment la famille et mnent chacun pour son compte une vie errante. On ne peut gure alors les distinguer des Chlamydomonas. Nous verrons plus bas quelle est la destine probable de ces individus. Dans d'autres cas, la division binaire poursuit sa marche de sorte que le nombre des individus appartenant chaque groupe ne se restreint pas 8, mais se multiplie 1. Koiis savons peine si nous devons menlionner ici une note de M. le docteur Gros, sur le dvelo|ipcnient du Volvox globalor (iulletin de la Socit des naturalistes de .Moscou. l.Si5, 1, p. 80). M. Gros donne de cet organisme une deseri|ition du reste assez confuse. Il doiuje aux individus qui composent une famiUe adulte le nom de polypiers de premier ordre. Les jeunes familles contenues dans l'intrieur du Volvox sont pour lui des polypiers de second ordre, et les individus de ces jeunes familles des vsicules vcsicules de troisime ordre. M. Gros a puis dans un clang un verre plein de Volvox. Ce verre le suit partout et gle mme en voyage; aprs quoi M. Gros se met l'ol)- server avec soin, depuis le mois de fvrier jusqu'au mois d'octobre, o il trouve que les vsicules mres sont toutes dtruites, et que les vsicules de troisime ordre ont seules survcu. Une partie de celles-ci sont l'tal de repos, entoures de gele. Malheureusement, M. Gros ne sait pas distinguer ces vsicules d'ufs de" rotateurs qui se trou- vent par hasard dans son verre. Il voit ces rotateurs se dvelopper toui naturellement dans leurs uls, et M. Gros se met en vojage, allant proclamer par le monde qu'il a vu un Itnlaloire pitilodhi issu d'un Volvox. Il en conclut une alternance de gnration chez les Rotateurs, car, dit-il, ce serait un rotatoire issu de la couve d'un polygas- trique ( I ) C'est du reste le mme M. Gros qui nous apprend ailleurs (Bulletin de la Socit des Naturalistes de Moscou, i>^ih, p. 387) que les Spores vgtales deviennent des bacillaries, et que les cellules vgtales a couvent aussi d'autres infusoires. >> 2. Ueber eine neue Gattung ans der Famille der Volvocinen. Zeitscli. f. wiss. Zoologie, i 1er Dd. p. 77. 3 Cette prvision s'est trouve ralise dans l'intervalle, par la dcouverte faite |iar )I. Cohn lui-mme, des sper- matozodes des Volvox, ainsi que nous l'avons expos dans la note de la page prcdente (.Yo(f de 1800). ET LES liHlZOPOllES. 53 en IG, S"!, 64, 128, et ainsi de suite. L'enveloppe commune se trouve finalement remplie de myriades de petits tres munis chacun de quatre cils flageUiformes. Ces petits tres fusiformes quittent l'enveloppe commune et nagent librement dans l'eau. Personne ne mconnatra l'analogie de ces corpuscules avec les microgonidies des algues. Ces observations de M. Cohn se trouvent compltes par celles de M. Alex. Braun ' sur les Chiamydomonas elles-mmes. L'analogie de ces petits tres avec les Volvox avait dj cl reconnue par M. Ehrenberg, ce qui n'a pas empch M. Dujardin de les loigner de ces derniers, et. sans aucune raison valable, de les anabaptiser du nom de Diselmis. Les Chiamydomonas apparaissent d'ordinaire en masses normes au printemps, puis disparaissent subitement, sans qu'il soit possible d'en trouver un seul individu pendant l't. M. Biaun a clairci ce mystre par l'tude du dveloppement de la Chiamydomonas oblusa Br. Dans l'tat que l'on regarde d'ordinaire comme leur tat normal, M. Braun considre les Chiamydomonas comme des zoogonidies. Elles se tjjultiplient sous cette forme par une division binaire simple ou deux fois rpte. Ce- pendant il arrive de temps autre que la division binaire se rpte un plus grand nombre de fois. Elle donne alors lieu 46 ou 32 microgonidies dont la forme est dif- frente de celle des macrogonidies. La mme chose a lieu chez une autre espce, la Chiamydomonas tingens Br. Au printemps on voit les gnrations de macrogonidies se succder trs rapidement, et les microgonidies apparatre aussi a et l. Mais au bout de quelques semaines on ne trouve plus un seul individu en mouvement. Les cellules prcdemment allonges, ont pris une forme parfaitement sphrique, et ont pfiss l'tat de repos. Leur contenu, primitivement vert, se colore peu peu en rouge brun et l'on voit l'intrieur pai'sem de gouttes d'huile. Dans cette espce d'tat de sommeil, les Chiamydomonas persistent tout l't, et ce n'est qu'en dcembre ou janvier qu'on voit apparatre de nouveau des individus mobiles. Leur couleur repasse alors peu peu du rouge au vert, et les phnomnes de division recommencent. L'apparition des microgonidies chez les Chiamydomonas et les Stephanosphres I. Al. liiaiiii. L'ehor Dit- Kisrlioiimng iloi' Verjiingunt; in fier Natur. p. iO ol siiiv. 54 TUDES SUR LES INFUSOIRES rend leur existence, chez les autres Volvocines, fort probable ', et lorsqu'on songe l'importance acquise rcemment ces singuliers tres, parla dcouverte de M Prings- heim ", qui a reconnu que leur destination relle est djouer le rle d'anthridies, ou mme directement de spermatozodes, on en concluera que nous ne sommes peut tre pas loin du moment o l'on li'ouvera des sexes cliez les Volvox, comme on en a d- couvert rcemment chez les Vauchries, les Fucoides et beaucoup d'autres algues. Les individus des Stephanosphsera que nous avons rapport se dtacher isolment d'une famille, seraient alors des macrogonidies, et leur but serait probablement, en se dta- chant de la famille, de passer bientt l'tat de repos. Nous voyons du reste quelque chose de semblable se passer chez les Gonium, autre genre de Volvocines, dont une espce, le Gonium 'pectorale, a t tudie par M. Cohn sous le point de vue de son dveloppement ^ Le Gonium pectorale se compose, comme on sait, de 16 individus runis en famille sous une forme tabulaire, dans une enveloppe glatineuse. La reproduction s'opre au moyen d'une division binaire quatre fois rpte, d'oi il suit, qu'aprs une semblable division, la famille primitive sp trouve compose d'un nombre d'individus gal au carr de 16 et rpartis en 16 groupes. Chacun de ces groupes forme une nouveUe famille. Il se prsente naturelle- ment parfois des irrgularits. C'est ainsi qu'il n'est pas rare de rencontrer des familles de huit individus. Comme la famille n'est point distribue en chiquier, mais suivant certaines lois dont M. Cohn a fait l'tude particulire, ces familles anormales semblent au premier abord manquer de symtrie. Mais ce sont dans le fait de vritables hmi- dries. De mme que chez les Stephanosphra , il arrive parfois aussi chez les Gonium que les individus, appartenant une famille, la quittent isolment, probable- ment pour passer bientt l'tat de repos. Il faudra encore des observations suivies pour savoir si l'ide des cycles, spars par une gnration de transition (Naegeli et Braun), trouve ici son application. Mais nous en doutons peine. 1. On peut voir par la note de la paye iil (pic cette ]irvisioii s'est ralise. L'existeuee de sexes chez les Volvo- cines en gnral, est aujourd'hui parfaitement dmontre [Sole de ISliU). 2. Monatsbericht der Berliner Akadeniie Uer Wissenschaften. Mrz 1855. n. Untersuchungen iibcr die Entwieklunijsgeschichte des mikroskopischen Algeli iind Pilze. p. isu et sulv. ET LES nniZOPODES. 55 Aux yeux de M. Colin" les familles de Gonium formeraient le pendant des Pedias- trum, mais en sens inverse. Chez les Pediastrum, ce sont les individus isols qui sont dous de mobilit, tandis que les familles vivent l'tat de repos. Chez les Gonium ce soij^, au contraire, les familles qui mnent une vie errante, tandis que les individus se dtachent isolment pour passer l'tat de repos. Les microgonidies n'ont pas t observes jusqu'ici, mais l'analogie des Stephanosphra et des Chiamydomonas permet de supposer qu'on viendra les dcouvrir. Les Pandorina, les Botryocystis, etc., offriront sans nul doute des phnomnes analogues. D'aprs tout ce qui prcde, on s'attend probablement ce que nous considrions les Volvocines comme des vgtaux. Toutes leurs analogies semblent tre de ce ct l. Le mode de division est tout vgtal ; la prsence de macrogonidies et de microgo- gonidies comme chez un Pediastrum ou un Hydrodictyon ne parle gure en faveur de l'animalit, sans compter que les corps reproducteurs (probablement destins repro- duire des macrogonidies) du Volvox globator ressemblent s'y mprendre aux spores deSphjeroplea, et subissent comme celles-ci, pendant leur tat de repos, un passage de la couleur verte la couleur brune. Voir des animaux dans de tels organismes, c'est, semble-t-il, vouloir violer toutes les analogies. Et cependant nous flottons dans le doute, et mme, si nous sommes obligs de nous prononcei' d'une manire positive, nous croirons devoir faire pencher la balance plutt du ct de l'animalit. Ce ne sont pas les mouvements qui nous guident dans cette manire de voir, bien qu'on pt se laisser sduire adopter cette opinion, uni- quement par la description que Turpin fait de la manire dont on voit les Gonium se balancer avec grce, pirouetter, se tourner en avant, en arrire, se ployer majestueu- sement ; comment ils forment une chane qui se promne en dcrivant toutes sortes de figures, si bien qu'on croirait, dans une goutte d'eau anime par ces meraudes tin- celantes, assister un bal magnifique, masqu et par. . . Une petite ferie ! Ce ne sont pas non plus les points rouges frquents chez beaucoup d'entre eux, mais c'est la pr- sence d'un organe important, la vsicule contractile. 2. Loc. lit., \i. 19-2. 56 TUDES SUR LES INFUSOIRES Le premier qui signala une vsicule contractile chez les Volvocines, fut M. Ehren- berg, qui attribue aux VoIvon une vsicule claire, situe entre deux testicules. Dans le Gojuum pectorale ' il mentionne galement un organe semblable qui, suivant lui, se distingue par sa grande lucidit du testicule plus mat, log comme lui dans la masse du corps. Dans la Chlamydomonas Pulvisculus il signale galement une vsicule con- tractile, mais toutefois avec un point de doute ". Nanmoins, on eut peu d'gard ces donnes de M. Ehrenberg. Tacitement on parut croire que ce savant n'avait parl de ces vsicules (vsicules sminales ses yeux) que par amour pour la thorie, de la mme manire qu'il tait poursuivi par le fantme des estomacs et des intestins de ses polygastriques. Aussi nul ne songeait plus souponner l'existence de ces organes, lorsque M. Cohnen refit la dcouverte en Tanne 1853, soit chez le 'Goaium pectorale, soit chez la Chlamydomonas Pulvisculus. Le Gonium pectorale possde deux, parfois trois de ces vsicules, qui sont situes dans le voisinage du point d'insertion du flagellum. Un lepos parfait de la famille est indispensable pour qu'on puisse constater les pulsations rhythmiques,car il est ncessaire pour cela de ne pas perdre de vue les petites vsicules. On voit alors d'aprs la descrip- tion de M. Cohn % deux vsicules (M. Cohn dit vacuoles) peu loignes l'une de l'autre dans chaque individu. Il n'existe pas de communication visible entre elles. Elles sont toutes deux de grosseur gale et parfaitement claires. Bientt l'une d'elles a s'obscurcit et devient moins distincte, comme si son contenu n'tait plus si diffrent qu'auparavant de la substance verte qui remplit la cellule. Tout d'un coup cette vsi- cule a se contracte et disparat si compltement, qu'on ne reconnat pas mme la place o elle se trouvait primitivement. La vsicule b reste au contraire large et claire. Au bout de quelques instants on voit apparatre un point transparent la place oi le vsi- cule tait nagures. Ce point va croissant peu peu en dimensions, et la vsicule est bientt l dans toute son intgrit primitive. A cet instant la vsicule li se con- tracte. 1. Inf'usionslhiere. 1858, p. SI. 2. Ibid. p. tu. .'. Colin"sMikroskopisclio Algen uikI i'ilzo. [H'.ij, p. Iii4. ET LES UIIIZOPODES. 57 On voit par l que l'observation de M. Ehrenberg tait paifitemenl exacte, car, quoiqu'il ne consigne qu'une seule vsicule contractile chez les Gonium, on reconnat par l'examen de sa planche ' qu'il les a vues toutes deux ; seulement il a considr l'une comme testicule, l'autre comme vsicule spermatique. Chez les Chlamydomonas ^ les deux vsicules contractiles sont disposes parfaite- ment comme chez les Gonium, et le phnomne est au fond parfaitement le mme. Nous avons rpt les observations de M. Cohn sur le Gonium pectorale et la Ckla- nii/dnmonas Pulviscuhis, et nous les avons trouves parfaitement exactes. Il y a plus : Nous avons reconnu que les Volvox sont dans le mme cas que les Go- nium et les Chlamydomonas. Ce n'est pas que nous prtendions que l'observation de M. Ehrenberg ft parfaitement juste leur gard, car la description de la vsicule con- tractile, comme tant une vessie claire, situe entre deux testicules ne peut gure s'appliquer la disposition relle telle qu'elle existe dans la nature. On sait que les in- dividus d'une famille de Volvox glohator sont runis les uns aux autres par des espces de cordons^ signals par M. Ehrenberg, et dont M. Dujardin ' a tort de rvoquer l'existence en doute. La vsicule contractile est toujours situe au point o l'un de ces cordons part d'un individu,' et cela dans une position telle qu'on la croirait, en gnral, non pas dans le corps mme de l'individu, mais ct de lui .sur ce cordon, ce qui s'explique tout simplement , puisque ces cordons ne sont qu'une expansion de la I. Infusionslhieie. IXS, [il. III, (ii;. 15 i. Mikrosko|iisclie Algeii iind Pilzc. p. 2(ii. S. M. Cohn (Mikroskopisclie Algen iincl Pilzo. p. 176) a nionlrt' que ces cordons sont, chez les Gonium, produits par lies prolongements en pointe de chaque individu. La membrane des cellules dveloppe en effet des espces de prolongements plus ou moins coniques qui lui donnent une apparence toile, et chacun de ceux-ci vient s'appliquer houl bout contre un prolongement semblable, man d'une cellule voisine. Le contenu de la cellule, le contenu vert du moins, ne pntre pas dans ces cnes membraneux. Chez les Volvox, il en est un peu diffremment : ici, les individus sont placs an centre des cellules d'enveloppe tpii scmt polydriques et parfois trs-difliciles recon- natre. M. Williamsoii (Fnrther elncidatioiis on the structure of Volvox globalor, by prof. Williamson. Quarterly Journal of microscopal Science. 1855, p. 15, a t le premier les reconnatre, et sa description concorde parfaite- mcut avec nos propres observations. De chaque individu partent, dans l'tat normal, des filaments (Connecting threads de >L Williamson) qui vont en rayonnant jusqu' la paroi de la cellule. Ils atteignent celle-ci un point qui corres- pond parfaitement ceini qu'atteint un filament dans la cellide voisine, d'o rsulte l'apparence de fils continus, allant d'un individu l'autre. D'aprs M. Williamson, ces filaments sont, du reste, des prolongements d'une membrane fort dlicate (prulophiiimatic tnembramj, qui se trouve toujours entre le protoplasma de chaque individu et la membrane de sa cellule. (;'cst l'origine d'un de ces prolongements remplis de protoplasma que se trouve la vsicule contractile. 4. Dujardin. Histoire naturelle des Infusoires. Paris, 1841, p. ."ir>. 8 58 ' KTUDES SUfi LES INFUSOIRES substance des individus mmes. Nous n'avons constat que la prsence d'une seule de ces vsicules. Nous nous tions dj convaincus de ces faits, lorsque nous nous apermes que M. Rusic', en Angleterre, avait dj vu et figur la vsicule contractile chez le Volvox globator. Consultant alors sa figure et sa description, nous vmes que la place indique par cet excellent observateur concide parfaitement avec celle que nous avons trouve. La prsence d'une ou de plusieurs vsicules contractiles parat donc tre un phnomne rpandu chez les Volvocines. M. Cohn, il est vrai, a cherch inutilement une vsicule contractile chez les Ste- phanosph;era et les Chiamydococcus (Protococcus), mais ce n'est pas dire qu'elle n'existe pas et, dans tous les cas, cela ne dtruit pas le l'iiit de son existence chez d'autres Volvocines. Aprs avoir vu M. Cohn dcouvrir la vsicule contractile ciiez les Gonium et les Chlamydomonas, on s'attend ce qu'il descende dans la lice poui- dfendre l'animalii des Volvocines. Mais tout au contraire, parce que, suivant son opinion, si l'on fait des Go- nium et des Chlamydomonas des animaux, il faut ncessaii-ement dclarer les Stephanos- phra et les Chiamydococcus (Protococcus), membres intgrants de la grande pha- lange animale. Si l'on consent cela, pense-t-il, les genres Pediastrum et Hydrodictyon devront suivre la mme route, et alors il n'y aura plus de raison pour refuser le mme titre d'animal aux spores de Cladophora et de Tetraspora, ni a toute la cohorte des zoogonidies vgtales. Cette objection est spcieuse. Il est certain que les Stephanosphres devront suivre partout les Volvox, dt-on mme ne jamais dcouvrir de vsicule contractile chez elles. Il est certain que les Volvocines offrent dans leur mode de dveloppement (Stephanos- phaera, Chlamydomonas '\ une grande affinit avec les Hydrodictyon et, les Pediastrum , mais, d'un autre ct, elles en sont cependant assez loignes pour former un groupe part bien distinct. M. Cohn reconnat que la vsicule contractile d'une Volvocine ne se distingue en rien de celle d'un Rhizopode amben ou d'un Infusoire. Mais il admet que cet organe (qui est probablement, nos yeux, la premire apparition d'un cur dans 1. Busk. Sdine ohservatimis on tlie sliuctuic and developeiueiit of Volvo^c (/lobnlor and ils lolalious to (itlier nnicelUilar plants, ynaiterly Journal of niici'oscopical Science. I8b"i, p. /il-Ho. 2. Aujonrd'liui Ton peut ajouter aussi Volvox, gr9ce M. Cohn (Noie de )860). ET LKS RHlOl'ODliS. 59 la srie des tres) n'psl pas un caractre d'animalit. Nous reconnaissons, il est vrai, qu'il est possible qu'un jour on arrive constater la prsence d'une vsicule contractile dans un organisme indubitablement vgtal ; car, pourquoi n'en serait-il pas de cet organe comme de toutes les autres barrires qu'on a cherch tablir entre le rgne vgtal et le rgne animal? Elles sont peu prs toutes tombes les unes aprs les autres. Nous savons que lorsque MM. Valentin etPuikinje firent en 4831 la dcouverte -de l'pithlium vibratile, ils y virent le caractre distinctif le plus sur entre les animaux el les plantes. Les tudes de M. Unger, sur les zoogonidies des Vauchries, devaient bientt renverser cet difice tout factice-. Le Second mode de motilit qu'on rencontre chez les infusoires, savoir la natation au moyen de cils flagelliformes, s'est galement retrouve d'une manire inattendue chez les plantes. 31ais, dans tous les cas, c'est un fait constant que l'uxistence d'une vsicule contractile de la nature de celles des Rhizo- podes amizbens et des infusoires fait dfaut dans tout organisme appartenant avec cer- titude au rgne vgtal '. C'est l le seul caractre objectif qui reste notre disposition pour distinguer les deux rgnes dans les organismes mfrieurs. On ne sait tout prendre quelle est la diffrence relle et fondamentale entre les organismes qui sont situs sur les derniers rayons de l'chelle des deux rgnes organiss, et si l'on admet lopinion de la majorit, savoir, par exemple, qu'une Euglne soit un animal, tandis qu'une gonidie de Cladophora ou mme une Volvocine, serait un vgtal, il n'en restera pas moins vrai que la diflerence entre un tel animal ( supposer qu'il soit rel- lement astome) et un tel vgtal, sera moins grande que celle qui distance cet animal, l'Euglne. du groupe animal le plus voisin, celui des infusoires cilis '. 1 . Depuis que ces lignes oui t crites, M. de Uarj a dcrit une vsicule contractile dans les zoogonidies des Myxogastres ou Myxomyctes, organismes que chacun considrait jusqu'ici comme des vgtaux bien caractriss. Mais en mme temps M. de Bary, pour cette raison el pour beaucoup d'autres, comme uous l'avons vu plus liaul, pense devoir a ffecter ces organismes le nom de Myclozoaires et les faire passer dans le rgne animal. Du reste, cette dcou- verte, en montrant toujours plus combien la distinction tranclie entre un rgne animal et un rgne vgtal est peu fonde sur les fails, diminue bien l'importance de la recherche d'un critre objectif de distinction entre ces deux rgnes (.Vofe de 1860). 2. Du reste, lorsque nous rapprochons les Volvocines et organismes voisins du rgne animal, nous avons pour nous l'opinion d'un des botanistes les plus illustres de l'poque actuelle, M. Gustave Thuret: Les Diselmis (Chla- mydumonas), dit-il, (inniitm, Pandorimi, Volvox, Pmlococcus plnvialis, prsentent des caractres d'animalit trop prononcs pour qu'il soil possiljle de les runir au rgne vgtal. Il pense qu'il conviendrait de les placer avec tous les infusoires {/lageUs sans doute) colors eu vei-t en un mme groupe, qu'on pourrait dsigner sous le nom de 60 TUDES SUR LES INFUSOIRES Mais, puisque nous amenons les Euglnes sur le tapis, et que M. Leuckart ' les tient pour des plantes, nous dirons quelques mots de la place o se trouve leur vsicule contractile. Il paratra curieux, sans doute, que nuln'ait vu jusqu'ici cet organe. Mais c'est une consquence toute naturelle de sa position. Les Euglnes ont, comme l'on sait, la forme d'un sac ou utricule dont les parois sont colores par de la chlorophylle. Elles sont munies d'un long flagellum la partie antrieure. Dans le voisinage de l'in- sertion de ce tiagellum se trouve un point rouge considr par M. Ehrenberg et d'autres auteurs comme un il. Auprs de celui-ci est une place d'un blanc mat, que M. Ehrenberg suppose appartenir au centre nerveux et qu'il dsigne par suite sous le nom de (janglion (Markknoten), nom que nous conservons provisoirement, sans vouloir cependant prtendre soutenir l'opinion du savant professeur Berlinois . Dans les espces d'Euglncs chez lesquelles nous avons reconnu l'existence de-la vsicule con- tractile, sa\o[vV Euglena viridis (PI. XII, (g. 14, c. v.), VEuglena Acus (fig. 45, c. v.), i'E. PleuronectPs (fig. li, c. v.), cette vsicule se trouve place prcisment sur le dit ganglion ". La vsicule par elle-mme offre peu prs la mme coloration que l'organe sous-jacenl, et il est par suite diOicile de l'apercevoir. Mais, lorsqu'on parvient la fixer, on ne tarde pas s'apercevoir qu'elle est doue d'un mouvement de systole et de diastole qui se rpte des intervalles dtermins. Il est inutile de chercher rpter cette observation sur une Euglne en mouvement. C'est un sujet dlicat qui exige- avant tout que l'objet observ soit dans un repos paifait. Si nous n'avons pu constater l'exis- tence de cette vsicule chez d'autres Euglnes, telles que VEuglena Pyrum et VE. Spi- rogyra , cela tient uniquement l'opacit des individus que nous avons observs. Mais nous ne doutons pas qu'on ne finisse par la trouver galement chez toutes les autres Euglnes (les Phacus de MM. Nitzsch et Dujardin compris';, les Chlorogonium, etc. Chlorozodes (V. G. Tburet. Reclierclies siii' les zoospores dos Algues. Annales des Se. nul., I. U, p. -ii'J). Ce serait toutefois, ec nous semble, accorder nne importance trop grande la prsence de la chloropliylle, puisfpi'il est avr (]uc certains infusoires peuvent tre tantt incolores, tantt colors en vert par un dpt de cliloropliylle dans leur parencliynic. 1. Bergmann und Leuckart. Vergleicliende Anatomie nud Physiologie. 2. Depuis la Tdaction de ces lignes, la vsicule contractile des Euglnes a t dcrite par M . Carter, et nous voyons avec plaisir qne ses observations concordent sur ce point ontiirenienl avec les ntres. (V. ivniils nvd Mug. ofnal. Uisliiiy (IVole de ISBO). ET LES RIIl/Ol'ODES. {y\ Nous savons que les botanistes ont plusiems raisons taire valoir pour faire rentrer les Euglnes dans leur domaine. Dj le fait de la prsence d'une Irs-forte proportion de chlorophylle dans le parenchyme de ces organismes, semble parler en faveur d'une nature vgtale. Toutefois il sullit de nommer le Paramechim Bursaria Focke, et bien d'autres infusoires cilis pour montrer que la chlorophylle n'est plus une substance exclusivement vgtale. M. Angstrom ' a dernirement montr que la chromule vgtale, extraite par l'alcool des plantes phanrogames, donne trois raies lumineuses dans le spectre, tandis que l'extrait d'jE'/r,. ET LES RHlZOrODES. 65 les espces du genre Uvella. [l faut dire cependant que soit VUve/la. Uva, laquelle M. Colin veut assimiler VAnt/iophysa Mtielleri, soit cette dernire elle-mme, n'ont qu'un seul tlagellum. Cette circonstance les diffrencie notablement des autres Uvella qui en ont deux. M. Colin, lui-mme, parut une fois tent de se laisser sduire par l'ide de M. Ktzing et de faire de l'Antliophyse une vritable plante. Il tudiait un petit parasite vgtal vivant sur des spores de Pilularia en pleine germination. Ce parasite se com- posait de petits filaments termins chacun par un petit bouton semblable une tte d'pingle. Ce bouton se transforma peu peu, par accumulation de protoplasma dans son intrieur, et par division rpte, en un grand nombre de gonidies. Le tout res- semblait alors une famille d'Uvella immobile sur un pdoncule (ou un Stereonema Ktz.). Bientt toutes ces gonidies commencrent s'agiter, et, au bout de peu de temps se dtachant de leur pdoncule, elles se mirent nager librement dans l'eau. M. Cohn nourrit quelques temps l'ide qu'il avait faire l une espce d'Anthophyse; mais se basant sur ce qu'il n'avait jamais vu vgter le pdoncule de V Anlhophysa Muelleri pour son propre compte, et sur ce que les gonidies monadiniformes de son parasite se dtachaient isolment de leur point d'attache, et non point sous forme de grappe, il se dcida considrer V Anthophijsa Muelleri comme un animal, et le parasite en question comme un vgtal voisin des Achlya et des Chytridium, auquel il donna le nom de Peronium aciculare '. Si cette distinction est rellement fonde, c'est ce que nous ne nous permettrons pas de dcider. Parmi les autres infusoires polygastriques de M. Ehrenberg chez lesquels on a voulu voir des plantes, restant, pour ainsi dire, leur vie durant, l'tat de spores, nous men- tionnerons encore les Dinobryons, non pas que nous ayons rien observ sur leur reproduction, mais uniquement pour montrer qu'eux aussi doivent bien rentrer dans le rgne animal. Le Dinobnjon Sertularia possde en effet une vsicule contractile re- lativement assez facile voir (V. PI. XII, fig. 16, c. v.) et offrant des pulsations rhyth- miques. De plus on observe chez cet organisme, en outre del natation, des mouvements tout particuliers du corps. On voit parfois un individu se contracter de manire ce 1. Mikrosko|iiscbe Algen und Pilze, p. 59. 66 TUDES SUR LES INFUSOIRES que la tache rouge (puint oculaire de MM. Ehrenberg et Focke) dcrive un arc de cercle et vienne prendre une place infrieure celle qu'elle occupait d'abord, sans que cependant il soit possible de voir grand changemiint dans la forme du corps. Nous ne pouvons alTirmer d'une manire certaine que les familles de Dinobnjon Scrlularia soient bien engendres par le procd de gniation que dcrit M. Ehrenberg. Ajoutons que M. Focke mentionne dj chez cet organisme la prsence d'une vsicule contractile ', dont il a cependant nglig de fixer la position relle. Enfin nous pouvons ajouter que plusieurs des monades de M. Ehrenberg offrent en outre de la vsicule contractile (au nombre d'une ou de plusieurs) un autre caractre d'animalit encore plus incontestable. Plusieurs, en effet, prennent directement de la nouirilure par une ouverture buccale ". Nos conclusions seront bives, car elles se sont fait sentir tout naturellement chaque pas. Dans la plus grande pai lie de ces organismes position douteuse, qui floltent sans place certaine, comme le rgne psychodiaire de M. Bory de St. -Vincent, on semble pouvoir admettre certains cycles rguliers de gnration. Chaque cycle se compose d'une srie de gnrations, issues les unes des autres par division spontane. La der- nire gnration d'un cycle donne naissance (dans beaucoup de cas, la suite d'une copulation) des corps reproducteurs qui restent en gnral un certain temps l'tat de repos et forment la premire gnration du cycle suivant. Telle est l'esquisse gnrale , indpendamment de toutes les variations que nous avons signales plus haut. Y a-t-il l une gnration alternante dans le sens de M. Sfeenslrtip'! C'esl--dire y a-t-il l une alternance d'une ou plusieurs gnrations asexuelles successives avec une ou plusieurs gnrations sexuelles? c'est ce qu'il ne nous est pas permis de dcider encore. Cependant, d'un ct le fait de la prsince des microgonidies chez les Chla- mydomonas et les Stphanosphres (peut-tre aussi chez les Euglnes?) et de leur existence probable chez les Diatomaces [Melosira, suivant M. Ngeli) et les Desrai- 1. Pliysiologisclie Stiidien, 2. Hcft. Bremen 1831, p. i^. 2. Nous reuvoyoDS pour le ilveloppcmeiit de ce poiiit la premire partie de ce travail. ET LES RHIZOPODES. 67 diaces (d'aprs les observations de M. do Morrcn et de nous-mmes sur lesCloste- rium), et, d'un autre ct, le rle d'organes fcondants que jouent les microgonidies chez les algues, permettent de prsumer qu'on en viendra trouver un jour des sexes chez ces organismes. Peut-tre alors les cycles gnrateurs tablis par MU. Naegeli et Braun rpondront-ils une alternance de gnrations dans le sens de M. Steenstrup. Nous rencontrons dans tous les cas beaucoup d'exemples oi nous sommes incertains sur la vraie nature des organismes auxquels nous avons faire, et nous nous joignons M. Naegeli' pour regretter qu'on n'ait point jusqu'ici d'oLservations sur le dve- loppement de beaucoup d'espces et mme de beaucoup de genres d'algues unicel- lulaires connus, et autres organismes voisins, et que par suite, non seulement leur place dans le systme, mais encore leur qualit d'algues unicellulaires reste douteuse. D'un autre ct nous pouvons dire avec M. Cohn ' que si les infusoires cilis s'loi- gnent extrmement du rgne vgtal, les infusoires flagells sont construits [i\ beau "oup d'gards tout au moins) sur un type analogue aux zoogonidies de certaines algues et de certains champignons (surtout lorsqu'on comprend paimi ces deiniers les genres Achlya, Chytridium, etc.) et qu'ils semblent se multiplier suivant les mmes lois Nous disons un type analogue et en cela nous diffrons de M. Cohn qui dit le mme type. Mais nous ne voulons pas insister sur ce point qui nous entranerait dans une discussion oiseuse. Nous pensons avec M. Cohn qu'il n'y a pas de diffrence absolue entre un rgne animal et un rgne vgtal, sans cependant nous laisser entraner pour cela dans tout le ddale de transformations que patronne M. Ktzing. 11 en est, notre avis, du rgne animal en gnral, comme de plusieurs de ses clas- ses, de celle des poissons, par exemple, en particulier. Rien ne semble au premier abord plus clair que l'ide de poisson. Il parat trs-facile de dllnir ce type au moyen des branchies, du cur, du cerveau. Cependant on connat d'un ct des poissons avec les rudiments d'une paroi longitudinale dans le cur et avec des poumons (les Lepidosiren), et d'un autre ct un poisson sans cur, proprement dit, sans diffrenciation objective du cerveau et de la moelle pinire, et mme sans vertbres (Branchiostoma). De l 1. fJalliingon einzelli^er Algen, p. 12. a. Mikro!-koi)iscln; Algen iind Pilze, p. :206. 68 TUDES SUR LES INFUSOIRES une difiicult immense dans la fixation des limites. Cela vient de ce que les groupes tranchs n'existent pas rellement dans la nature, mais qu'ils sont une cration de la tendance systmatique de notre esprit. Mais quoique, nous niions l'existence d'une diffrence absolue entre les deux rgnes organiss, nous croyons devoir considrer, comme plus voisin du type animal, tout organisme qui possde une vsicule contractile, parce qu'aucun organe de ce genre n'a tapeiu jusqu'ici chez un tre appartenant bien dcidment la srie vgtale. Dans l'tat actuel de la science, nous devons donc considrer les vraies monades, les Volvo- cines, les Astasies (Euglnes comprises), les Dinobryons comme des animaux; par contre nous devons laisser les Diatomaces et les Desmidiaces parmi les v- gtaux. Nous ne savons si l'avenir nous donnera raison. Lorsque M. Unger dcouvrit en 4843 les cils vitraliles des zoogonidies de Vauchries, il en conclut que ces zoogonidies taient des animaux. M. Mohl ' ne vit dans cette dcouverte qu'une preuve que les cils vibratiles peuvent exister aussi bien chez les plantes que chez les animaux. Aujourd'hui, l'on s'tist familiaris avec ce phnomne , les passions du moment se sont calmes, et, le monde pouvant juger' la question de sang froid, semble donner laison M. Mohl. La dcouverte des vsicules contractiles chez les Volvox, les Gonium, les Chlamy- domonas, les Euglnes, les Dinobryons, etc., nous fait pencher considrer ces orga- nismes comme plus voisins des animaux que des vgtaux. M. Cohn veut n'y voir qu'une preuve que les vsicules contractiles peuvent exister aussi chez les plantes. L'avenir dcidera peut-tre s'il doit donner raison M. Cohn, comme M. Hugo von Mohl. I. Dans une critique (|iii fut alors insprt^e dans la fiolanischr Zeilmig. '^^^;^:^fi-=s:r ET LES RHIZOPOnKS. 69 DES DIVERS ETATS DES PERIDINIENS ET DE I^KURfS) KVSTKS '. - <:-J(!>o- Les Piidiniens sont des tres de nature un peu douteuse. M. Leuckart les a relgus parmi les plantes, mais sa manire de voir ne parat pas avoir trouv grand cho jusqu'ici. Dans le fait on ne connat encore rien dans la construction organogra- pliique de ces tres qui fasse pencher la balance d'une manire positive, ni en faveur de leur animalit, ni en faveur de leur vglalit. Leurs organes locomoteurs, savoir leur ceintui-e ciliaire et leur flagcllum, trouvent des analogies aussi bien dans le l'gne vgtal que dans le rgne animal. Nul n"a su jusqu' l'heure qu'il est l'econnatredans leur intrieur la prsence d'une vsicule contractile. Toutefois nous avons fait sur divers Pridiniens de la cte Noi'wge {Ceratium Fusus, Ceralium Tripos et Ceratium Furca), quelques observations qui semblent rendre pro- bable l'existence d'une ouverture buccale chez ces animaux , ce qui tra^icher^ait la question en faveur de l'animalit '. t. Ce cliapilie a t eii\oy en supplment l'Acadmie des sciences de Paris au printemps de l'anne 1837. Nous l'inleicalons ici. 'Nute de 18C0). '2. Depuis lors nous avons eu l'occasion de dvelopi cr ailleurs ce point important. Nous renvoyons donc pour de plus amples dtails la i" partie de ces ludes. Tome hr, p. 392, (Note de 18150). 70 TUDES SUR LES INKUSOIRES Il n'y a eu jusqu'ici qu'un petit nombre de Piidiniens dcrits. Les eaux de la mer pa- raissent cependant en renfermer un grand nombre. Du reste, soit les espces, soit les genres, n'ont t fixs que d'une manire insuflisante. M. Ehrenberg, parexemple, a dis- tingu le genre Glenodinium du genre Peridinium par l'existence d'un il chez le premier et son absence chez le second. Mais cetil prtendu n'est qu'une goutted'huilc colore, dont la position, la forme et la grosseur varient d'un individu l'autre, comme on peut s'en assurer en comparant entre elles les figures 3, 4, 6, 9, 13, 14, 16 et 18 de notre planche XIII. Parfois un seul et mme individu prsente plusieurs de ces taches (fig. 5 et 17). La mme espce peut, tantt tre munie de l'il prtendu (fig. 3). tantt en tre dpourvue (fig. 1 et 2) '. Une circonstance qui rend la dtermination des Piidinicns fort dilTicile, c'est l'a- bondance des formes nues, c'est--dire prives de cuirasse. 11 est fort probable, en effet, qu'il ne faut par voir dans ces Pridiniens nus des espces particulires. Ce ne sont sans doute que des tats particuliers de Pridiniens cuirasss. Ces formes nues se rencontient, soit dans les eaux douces (fig. 5), soit dans la mer (fig. 21). Elles sont, du reste, munies comme les autres de ci's vibralihs et d'un flagellum. En outie, on trouve une foule de Priduiiens ltat de repos. Ils ont perdu leur flagellum cl leur- ceinliu'e ciliaire, et ne sont plus susceptibles d'aucun mouvement. Ces Pridiniens l'tat de repos peuvent se prsenter sous trois formes : les uns sont encore revtus de leur cuirasse habitiielle, d'autres sont nus; d'autres enfin sont en- ferms dans un kyste particulier. Paifois le Pridinien l'tat de repos ne se distingue du Pridinicn mobile que par l'absence des cils et du flagellum; la forme de l'animal est lesle la mme; le sillon transversal est l comme nagures. Nous avons reprsent dans la figure 6 de la planche Xlli, un Peridinium sous ce;to forme. Nous ne savons malheureusement le rapporter avec certitude aucune des espces dcrites. Il a t trouv dans un tang du parc (Thier- garten) de Berlin. Les figures 7, 8 et 9 reprsentent le Peridinium cincluin noh. {Gle- nodinium cinctum Ehr.) ; les figures 7 et 8 n'ont pas le soi-disant il et devr;iient, mme <. Nuis avons vu .lillpiirs, (iii'il osl par suite fort probable que rcspce drcritepar M. Elirenberp; sons le nom de Peridinium cinctum iiVsl pas aulre tbose qu'un Glenodinium tabulatum sans lacbe rouge. (Note de 18G(i.) ET LES ItIlIZOPODES. 71 d'aprs M. Elircnberg, rentrer dans le genre Peridinium) l'lat de repos et conser- vant encore sa forme habituelle. Dans la figure 8 on voit tomber les deux moitis de la cuirasse, entre lesquelles le Pcridinien reste nu et immobile. Dans d'autres cas, le Pridinien se contracte en boule dans l'intrieur de la cuirasse cl ne laisse plus rien reconnatre du sillon circulaire. C'est ce qu'on voit frquemment chez le Peridinium tabululinn (Glcnodiuium ((th. Ehr.) (fig. 2 et 3) et chez beaucoup d'autres espces. La figure 24 de la planche XIII reprsente cet tat chliischen Verbreitung. Ahhaudinngen der Bnrlincr Akademie dcr Wissenschaflen, p. 79. 1830. i. Mouvement brownien? 78 TUDES SUR LES INFUSOIRES l'existence d'ufs chez les infusoires, et il n'a pas mme vu sortir ces jeunes individus d'ufs quelconques. Il parat, il est vrai, avoir renonc plus tard l'existence de la souche commune qui lui semblait d'abord unir la base des pdicules de ses Vorticelles. Mais alors quel point de repre avons-nous pour nous convaincre que ces jeunes animaux fussent bien sortis des ufs, puisque cette souche commune devait tre une mtamor- phose de l'ovaire de l'animal mre, ei que, la souche n'existant plus, il n'existe plus rien de commun entre les pdicules et l'ovaire qui devait les avoir produits? Ces prtendues jeunes Vorticelles sont probablement des animaux d'un tout autre genre. Nous avons rencontr souvent des infusoires pdicells (mesurant 4/300 de ligne de diamtre) dont les pdicules n'taient pas contractiles, et qui se trouvaient tantt isols, tantt fixs entre des Vorticelles. Mais ils ne possdaient pas les cirrhes buccaux de ces dernires. Un long appendice, assez semblable un flagellum, se trouvait leur partie antrieure et restait le plus souvent immobile. Le corps, plus ou moins triangu- laire, renfermait trois vsicules contractiles, fait qui suffit dj dmontrer que ces animaux ne sont pas des Vorticelles. D'autres animaux analogues se trouvent parfois sur les racines de Lemna. Ils ont en gnral de plus deux cils pais, termins en bouton l'extrmit, et paraissent s'carter tout autant des Vorticelles que les premiers. Tout cela n'empche pas M. Ehrenberg de parler chaque instant des ufs d'in- fusoires comme d'une chose dmontre. Les rsultats de mes observations, dit-il par exemple quelque part', rappellent vivement l'ancien aphorisme physiologique Omne vivmn ex ovo. Aprs une observation suivie pendant douze annes, je n'ai jamais vu une seule fois la production subite d'un infusoire par un mucilage ou une cellule vgtale. Par contre, j'ai vu un nombre de fois innombrable la ponte des ufs et l'closion des plus gros de ceux-ci. 51. Ehrenberg confond sans doute ici ses Infusoires polygas- triques et ses Rotateurs sous le mme nom gnral ' infusoires, et pense que parce qu'il a prouv l'existence d'ufs chez les derniers, il en rsulte que les premiers doi- vent tre ovipares. Mais ce n'est l qu'un jeu de mots. M. Ehrenberg a trouv d'abord un contradicteur acharn dans M. Dujardin, qui se sentait un rle facile dans son attaque, drs qu'il s'agissait, soit des estomacs, soit des I Abliiiiidliiiiyeii lier Akadeniie, p. 50 1850. ET LES RHIZOPODES. 79 organes sexuels des infusoires. La croyance aux thories de M. Ehrenberg, ses ovaires, ses vsicules spermatiques, dj branle par lui, fut compltement ren- verse par d'autres, comme MM. de Siebold, Klliker, Cohn, Stein, et aujourd'hui M. Ehrenberg reste sur la scne peu prs seul reprsentant de ses ides. Nous croyons donc inutile de les combattre plus au long, car nous ne ferions que reproduire les arguments des savants que nous venons de nommei-. La thorie de la reproduction, telle que M. Ehrenberg l'a esquisse, appartient compltement au pass. Ce n'est qu'un chapitre intressant de l'histoire. En procdant par ordre chronologique, nous arrivons maintenant M. Nicolet, qui a tudi le dveloppement d'un Rhizopode, une Actinophrys '. Suivant cet obser- vateur, les Actinophrys se reproduisent, soit par scissiparit, soit par ufs. Les ufs sont au nombre de 50 ou 60, et paraissent tre pondus par une dcomposition subite de l'animal. L'Actinophrys, au moment de l'closion, se prsente sous une forme bien diiliente de celle de l'animal-mre. C'est VHalteria grandinella Duj. ". Elle reste sous cette forme jusqu' ce qu'elle ait atteint un certain volume ; alors ses cils locomoteurs s'affaissent et s'accollent la surface infrieure de son corps. Ses rayons se projettent dans tous les sens en ligne droite, et r.4ctinophrys est forme. Tel serait le premier exemple du dveloppement d'un Rhizopode, et la chose mri- terait d'tre examine de prs. Toutefois la suite de la description ouvre une porte la mfiance dans l'esprit de l'observateur. L'Actinophrys qui engendre des Haltries nat, selon M. Nicolet, de germes dposs ou prexistants (?) dans le Hotator {Rotifer?} inflatus, et se dveloppant la mort de celui-ci. Le cadavre se remplit de granules et prend un aspect mamelonn. Chaque mamelon se transforme plus tard en une pine. Si l'on ouvre alors le corps du rotateur, on reconnat que chaque mamelon s'est dve- lopp en un tube aveugle irrgulier, affectant diverses formes. Rientt l'extrmit de ces pines s'ouvre pour donner passage la matire qu'elles renferment. Celle-ci forme sur chacune de ces pines un corps globuleux, dou de mouvement, et par consquent I. Comptes-rendus de l'Acadmie des Si-ieiices de Paris, p. lli. )84. i. Celle malheureuse llaUcria Graudinilla, dont on a donn jiis(|u'ici de si mauvaises ligures qu'il n'est gures possihie de la reconnatre, semble ne pouvoir russir lgitimer son indpendance spcifique. Nous verrons que M. Stein a voulu la l'aire natre d'une Podophrya. 80 TUDES SUR LES INFUSOIRES de vie, auquel il pousse des cils locomoteurs' C'est encore une Halteria qui s'en va en sautant et qui, ayant dj tout son accroissement, se transforme presque immdia- tement en Actinophrys. Quelquefois, par une cause inconnue M. Nicolet, la transfor- mation de l'Halteria en Actinophrys s'opre avant mme que l'animal se soit dtach du cadavre, et si l'pine est simple et qu'elle ne porte qu'un seul animal, celui-ci prend le nom ' Actinophrys fcdiciUala MU. '. Quand l'pine est ramifie et que plusieurs Actinophrys y restent attaches, l'ensemble devient le genre Dendrosorna Ehr. Nous remarquerons en passant que le dveloppement d'une Actinophrys qui sort d'un uf dure, d'aprs M. Nicolet, plusieurs jours. On pourrait presque regretter que cet auteur ne nous ait pas indiqu par quel moyen il a cherch se mettre l'abri des erreurs durant ce laps de temps. Nous croyons que ces observations n'ont pas besoin d'tre commentes. Comme M. Nicolet, M. Pouchet^ a adopt l'ide de la sexualit des infusoires. Reconnaissant pourtant l'impossibilit de voir dans une vsicule rgulirement contrac- tile une vsicule spermatique, il en a fait avec raison le centre du systme circulatoire. Il a cru constater, durant ses tudes sur les animalcules des infusions, que quelques- uns de ceux-ci sortent de l'uf en offrant dj la forme qu'ils auront plus tard, ainsi les Kerona (Oxytrichiens) et les Vorticelles; que d'autres au contraire, comme les Kol- podes et les Dileptes doivent, durant leur dveloppement, subir des mtamorphoses tellement considrables, qu'on a fait souvent rentrer la forme jeune et la forme adulte dans deux genres diffrents. C'est ainsi que le Glaucoma scintillans ne serait qu'une phase ftale ou tat imparfait du Kolpoda Cucullus Mll. Les ufs des Vorticelles ont, d'aprs M. Pouchet, un diamtre de0""",04 (sic). Cet observateur prtend avoir constat une rotation du vitellus comme chez un mollusque. Il reconnat l'volution du ftus la formation de la vsicule contractile, l'appareil I . Il est peine douteux pour nous que cette partie de l'histoire du dveloppement des Actinophrys soil base sur robservalion de la germination d'un Chjlridium dans rintrieur d'un Rotateur. Les prtendues Haltries, seraient alors les zoogonidics dn Chytridium. (Note de 1800). 2. L' Actinophrys pediciilala Miill. est une Podophrya {P. fixa Ehr.), qui n'a rien de commun avec les Acti- nophrys. 3 Comptes-rendus de l'Acadmie des Sciences, 1849. Note sur le dveloppement et l'organisation des infu- soires. ET LES RHIZOPODES. 84 cardiaque ce punrlum saliens de tout embryon. Lorsque l'embryon a atteint son dve- loppement complet, son mouvement de rotation fait place des contractions du corps entier du jeune animal, lequel cherche briser la coquille de l'uf. Il est facile de se rendre compte de ce qu'a vu M. Pouchet. Il ne s'est pas inquit de ce que ces ufs taient aussi gros que les Vorlicelles elles-mmes. Ce sont tout simplement des kystes que M. Pouchet a pris un peu la lgre pour des ufs. Du reste on ne peut s'empcher de nourrir quelque mfiance l'gard des observations de M. Pouchet, lorsqu'on le voit dcrire chez les Vorticelles un appareil respiratoire par- ticulier, dont les fonctions avaient jusqu'alors chapp tous les observateurs. Cet ap- pareil n'est en effet pas autre chose que le vestibule, la bouche et l'sophage de la Vor- ticelle. On voit des cils s'agiter dans son intrieur, et c'est l, pense M. Pouchet, ce qui a conduit quelques observateurs hasarder l'ide de la formation de vacuoles dans le corps de ces animaux. Nous ne savons trop laquelle des deux opinions est la plus hasarde, r En outre de la reproduction par division spontane et par gemmation, il existe, tout au moins chez certains infusoires, une production d'embryons internes, plus ou moins semblables l'animal parent. Un certain nombre d'exemples de ce mode de reproduction ont t dcrits jusqu' ce jour, dont plusieurs toutefois ont pass inaperus. Le premier qui ait dcouvert ce fait important, est M. de Siebold, dont les observations ont port sur l'un des infusoires cilis parasites de l'intestin de la grenouille. Ces obser- vations remontent l'anne 1835, o elles furent insres en passant au milieu d'un tra- vail helminthologique. Elles se trouvaient l en compagnie des intressantes dcouvertes que M de Siebold venait de faire au sujet de la reproduction du Monostomum mutabib. Mais tandis que ces dernires faisaient leur chemin par le monde et agitaient les hautes sphres de la science, les autres passaient inaperues comme un fait sans importance et dormaient oublies de chacun, mme de M. de Siebold, ce qu'il parat. Vu leur importance, soit intrinsque, soit historique, nous citerons les paroles mmes de M. de Siebold ' : 1. Tb. V. Sieliold : Helininlhologiscbe Beitrge. Wicgmann's Arcbiv fiir Nalurgeschichle, I. Bd. 1855, p. 75 C'esl M LivberkiiliD qui le premier aliira notre attention sur ce passage. 11 g2 TUDES SUR LES INFUSOIRES Je ne puis, dit-il, passer sous silence le fait que j'ai dj fort souvent, en parti- culier au printemps, trouv dans le canal alimentaire des grenouilles une grande quan- tit d'animaux microscopiques que je ne puis pas considrer autrement que comme des animaux polygastriques. Un tel infusoire, dou d'une teinte gris-clair, se trouve dans le cloaque de la Rana temporaria en quantit inoue. Un autre, qui appartient une autre espce ', et dont la couleur est blanche, se trouve dans le mme organe. On ren- contre galement des animalcules semblables dans l'intestin. Tous sont couverts de cils qui vibrent avec vivacit. Dans le corp de l'une des espces, je vis de la manire la plus certaine plusieurs taches transparentes (des estomacs vides ^), et dans l'extrmit caudale une cavit diaphane (utrus) dans laquelle un grand nombre djeunes individus s'agitaient trs-vivement. Je vis plusieurs de ces derniers quitter cette rsidence pour nager avec agilit dans l'eau comme leurs mres ^. M. de Siebold laissa l cette intressante observation. Il n'a pas approfondi la ma- nire dont ces embryons s'taient forms, et parat mme avoir compltement^perdu de vue cette dcouverte qu'il ne mentionne pas dans son trait d'Anatomie compare. L'honneur lui en reste cependant tout entier, dt-il rester avr qu'il a admis autre- fois l'utrus de M. Ehrenberg. Ce n'est du reste l qu'une question de termes peu importante. Si la cavit dans laquelle les embryons se dveloppent n'est pas un utrus proprement dit, elle en joue, jusqu' un certain point, le rle. Une seconde observation de ce genre, mais trs-imparfaite, est due MM .Eckhard * et Oscar Schmidt ^ Nous aurons l'occasion d'en reparler propos des Stentor. 1. On sait en effet qu'on trouve dans le cloiique et rinleslin des grenouilles des infusoires appartenant des gen- res fort divers 2. Les parenllises et leur eonlenu appartiennent M. de Sieliold lui-mme. 3. Il est intressant, au point de vue de l'histoire de la zoologie, de constater que M. Siebold tait, cette po- que, si bien imbu des ides de M. Ehrenberg, qu'il se [lose la question si ces inlusoires ne pourraient pas tre de jeunes Trmatodos semblables la grande nourrice du Wonoslnmum mulahilr, et qu' cette question il rpond que la structure, bien plus parfaite de ces animaux (les infusoires), qui sont munis d'organes digestifs et gnrateurs, permettront tout observateur attentif de les distinguer de jeunes helminthes. On se serait peu dout alors que M. de Siebold serait un de ceux qui contribueraient le plus renverser les thories de M. Ehrenberg, et qu'il liiiirail par considrer les infusoires comme de simples cellules. i. Eckhard : Die Orgauisationsverhaltnisse der polygastrischen Infusorien Erichson's Archiv f Natur- gescht. 1847. S. 0. Schmidt : Einige neue Beobachtungen ber die Infusorien. Schleiden und Froriep's neue Notizen aus. dem Gcbiete der Natur- und Heilkunde 1849. ET LES RHIZOPODES. 83 Puis vint M. F'ocke', qui dcouvril les embryons du Paramecium Bursaria Focke {Loxodes Bursaria Ehr.), observation qui fut rpte pbis tard par M. Cohn ' et par M. Stein\ C'est ce dernier que nous devons les dcouvertes les plus intressantes et les plus nombreuses sur le domaine du dveloppement des infusoires. Il nous a fait surtout connatre les embryons d'une foule d'Acintiniens. Nous passons rapidement sur ces dcouvertes, parce que nous aurons l'occasion d'y revenir, avec beaucoup de dtails, lorsque nous traiterons du dveloppement de ces diffrents groupes en par- ticulier. Quelques mots seulement en passant sur la reproduction du Chilodon Cucullulus, afin de ne pas tre oblig de revenir ailleurs sur ce sujet. M. Stein * a observ l'enkys- tement de cet infusoire. Le but de cet enkystement est, suivant lui, la production d'em- bryons. On voit bientt dans l'intrieur du Chilodon enkyst un corps recouvert de cils stiformes, surface videmment strie. Ce corps s'agite autour de son axe, et il n'est pas possible d'y voir autre chose qu'un embryon. M. Stein n'a pas observ directement son expulsion au dehors de la cavit du parent. II l'a toujours fait sortir artificiellement par pression, et il lui a reconnu la forme d'un infusoire qu'il croit tre le Cydidium Glaucoma Ehi-. ou Encheltjs nodiilosa Duj. Lorsque cet embryon a atteint le dveloppe- ment voulu, il perce les parois du corps de la mre et les parois assez peu rsistantes du kystes pour passer l'tat de libert. Puis l'ouverture se referme, soit dans le kyste, soit dans le parenchyme du parent. M. Stein pense qu'un second embryon se forme alors, et ainsi de suite, jusqu' l'extinction totale de la substance du Chilodon prolifique. Parfois le Chilodon sort de son kyste par l'ouverture qui a servi au passage de l'embryon, ou mme il le quitte avant, la sortie de l'embryon pour reprendre sa vie errante. La manire dont M. Stein dcrit les mouvements de l'embryon de mme que sa forme, concide parfaitement avec le Cydidium Glaucona, qui ne serait point alors une forme indpendante, mais simplement une phase embryonnaire du Chilodon Cucul- lulus '. 1. Amtlicher Berichl (1er ISaturforscherversammluiig zu Bremen, p. \ih. 2. Zeilsclirifl f. wiss. Zoologie. III. Bd. p. Til . 5. Die Infusionstliiercheii auf ilire Eiitwickluiif; unlersuclil. Leipzig, 1854, p. 238. 4. Die liifiisionstbierclien, elc. Heterogoiiie des Chilodon CucuUulus, p. I2C-I58. .'>. Il y a toutefois objecter celle mauiro de voir qu'on trouve trs-souvent des eaui rcnfermaDt des myriades g4 TUDES SUR LES INFUSOIRES M. Cohn ' enfin a observ dans un animal qu'il considre comme VUroshjla grandis Ehr. " la formation de globules particuliers assez nombreux. Ayant cras un animal de cette espce, il vil la plus grande partie de ces globules rester immobiles, mais d'autres se munirent de cils, et l'un d'eux s'carta la nage. Il conviendra peut-tre, en terminant ce chapitre, de dire quelques mots de la thorie de M. Perly sur la reproduction des infusoires. Ce savant croit avoir reconnu chez les infusoires cilis une certaine classe de vsicules ou de corpuscules qui servent la reproduction. Ce seraient l des germes comparables aux spores des vgtaux in- frieurs. M. Pertyleur donne le nom de blaslies. Il reconnat ces blasties ce qu'elles se prsentent comme des corps indpendants loisqu'on crase l'animal ou que celui-ci se dcompose '. Il avoue n'avoir jamais vu trace de mouvement dans aucun de ces corps. Chacun reconnatra que c'est l une manire de voir des plus hasardes, et tout aussi peu justifie que l'admission des ovaires et des testicules de la thorie de M. Ehren- berg. En effet, toute substance doue d'nn certain degr de consistance, et susceptible de se prsenter sous la forme d'un corps contours nets au moment de la dissolution de l'infusoire, pourrait passer pour une blastie. Lorsque nous entrerons dans une des- cription plus exacte de la formation des embryons internes, il pourra sembler au premier abord que M. Perly ait entrevu la vrit; mais il l'a plutt pressentie qu'entrevue. Il comprenait, comme beaucoup d'autres, que les infusoires devaient possder un mode de reproduction autre que la division spontane : c'est ce qui l'a conduit sa thorie. A notre avis, on ne peut reconnatre un embryon, une blastie, pour parler le langage de M. Perty, qu' des manifestations vitales, comme la prsence d'un vsicule contractile, ou de l'ondulation de cils vibratiles. Tout jugement qui ne repose pas sur de pareilles bases est pour le moins prmatur. de Cyclidium GUmcoma, el pas un seul Chilodon. De plus, M. Stein n'a point reconnu de bouche chez son prtendu Cycliduim. Or, les soies buccales tant prcisment les caractres dislinclifs dn genre Cjclidiuni, nous croyons qu'il est fort permis de douter que les embryons en question soient rellement identiques avec le Cyclidium Glaucomo (Note de 1860). t. Zeitschrilt l'iir wiss. Zoologie. III"'' Bd. 2 II est bien difficile de dterminer quel tait l'animal que M. Ehremberg dsignait sous ce nom. Peut-tre tait- ce notre Oxylricha Vroslyla. Dans tous les cas, le dessin de M. Cohn est beaucoup trop imparfait pour ([u'il soit permis de dcider si l'animal observ par lui tait une Oxytrique, un Kondylostome ou autre chose. (Note de I8G0). 5. Zur Keimtniss der kleiusten Lebensformen. Rern, I8,S2, p. 67. BT LES RHIZOPODES. 85 Aussi M. Perty a-t-il t entran par sa thorie dans une longue suite d'erreurs. Les granules du Paramecium Bursaria Focke ( Pai', vprsutum Perty) sont par exemple ses yeux des blasties '. Or, nous verrons propos du mode de reproduction de cet animal, que ses vritables hlaslies sont produites par une segmentation du nuclus et non par les granules porteurs de la chlorophylle ". Telle est notre connaissance tout ce qu'on a fait connatre d'important jusqu'ici sur le dveloppement des infusoires cilis et des Rhizopodes. C'est une base bien peu large, et nul ne peut s'attendre ce que, avec un pareil point de dpart, on en vienne lever tout d'un coup le voile tout entier. Nous serons heureux si l'on nous concde qu' ces diffrents traits nous en avons ajout quelques autres qui donnent l'esquisse quel- que chose de plus ferme et de plus dcid. 1. Zur Kciuitniss, etc., p. G8. 2 Sous le litre Observations sur les mlamorphases et l'organisation de la Trickoda Lynceus, Jules Haime fit paratre, en 18^3, dans les Annales des .Sciences Naturelles des recherches sur les mtamorphoses de VAspidisca Lynceus. Dans son jeune ge, cet animal serait, selon cet auteur, identique l'Oxylricha gibba, et ce n'est qu'aprs avoir pass par une phase de Loxodes, que cette Oxytrique deviendrait un Aspidisque. Il y a videmment l une srie de confusions dont le rsultat a t le rapprochement d'or^^anismes qui n'ont ahsolumcnt rien faire les uns avec les autres. (Noie de 1860). 86 TUDES SUR LES INFUSOIRES THEORIE DE M. STEIN SUR LA REPRODUCTION PAR PHASE ACIIVETIFOKIHE. -c<-^gB>*r. . Rf atation de cette thorle ' Nous sommes redevables M. Stein d'une foule d'observations sur la reproduction des infusoires. Publies d'abord dans plusieurs recueils scientifiques % ces observations ont t runies et dveloppes dans un ouvrage spcial \ Dans ce volume sont amalga- 1. M. Stein ayant depuis la rdaction de cet oiivraie considrai) lement modifi sa tliorie de la reproduction par phases acintifornies.-nous aurions pu la rigueur supprimer une partie de ce chapitre. Si nous le publions en entier, ce n'est point pour l'amour de ferrailler en vrais don Quichotte contre des moulins vents. C'est surtout dans le but de convaincre quelques observateurs qui, comme M. Carier et M. d'I'dekem, paraissent pencher pour la thorie, aujour- d'hui ancienne, de >l. Stein, au moment o la loi de ce dernier commence cependant s'branler d'ailleurs. Les objec- tions que nous avons publies ailleurs ont dj fait chanceler M Stein ; mais ce savant conserve encore un reste d'attachement bien naturel pour la thorie qu'il a lance dans le monde. Nous considrons donc comme un devoir de produire aujourd'hui nos arguments dans toute leur force. M- Stein est un homme trop dpourvu de tous prjugs personnels, il a trop cur la marche de la science vers le but qu'elle poursuit, pour ne pas abandonner immdiatement une opi- nion que nous dmontrerions, sans rplique, tre errone. Dj il concde aujourd'hui que jamais une Vorticelline ne se transforme en Acinte, ce qui est au fond le renoncement complet sa thorie premire. To'ilefois il hsite encore croire que les .\cintiniens soient des tres indpendants du cycle de dveloppement d'autres infusoires. Nous reviendrons ailleurs sur ce point, que nous n'accordons point M. Stein. Dans tout les cas, le prsent chapitre, dont l'intrt est, dsormais avant tout, historique, ne pouvait lre supprim ici, puisque c"est certainement lui que nous devons en grande partie la distinction que IWcadmie de l>aris a bien voulu nous confrer. (!\'ote de iSOj. 2. Zeitschritt fur wissenschaftliche Zoologie et .\rclnv fiir Natnrgeschichte. 3. Die Infusionsthierchen auf ihre Enlwicklungsgcschichte untersucht, von D'' Fr. Stein. Leipzig, 1834. CT LKS RHIZOPODES. 87 mes une foule de donnes de valeurs fort diverses ; les unes peuvent tre considres bon droit comme des conqutes dont la science doit s'enorgueillir; les autres, propres sduire le lecteur par leur caractre apparent d'exactitude, menacent de fausser sin- gulirement nos connaissances dan? le domaine des infueoires. M. Stein a le grand mrite d'avoir t le premier dcouvrir que les Acinliniens donnent naissance dans leur intrieur des germes ou embryons, qui, lorsqu'ils ont atteint une certaine gros- seur, quittent l'organisme-parent et nagent dans les eaux sous une forme qui n'est point semblable celle de ce dernier. Tandis que les Acintiniens adultes sont des animaux immobiles, sans organes locomoteurs, les uns pdicells, les autres sessiles, mais tous fixs sur des corps trangers, les embryons qu'ils mettent au jour possdent au con- traire des organes locomoteurs. Enfin, les Acintiniens sont arms de prolongements stiformes, munis d'un bouton l'extrmit, prolongements que nous avons vus ailleurs tre des suoirs, tandis que leurs embryons offrent une surface unie, non hrisse de suoirs, mais recouverte en tout ou en partie de cils locomoteurs trs-fins. On peut rpartir ces embryons, dcouverts par M. Stein, en deux groupes, les uns cilis sur toute leur surface, les autres n'offrant de cils que sur une face dtermine de leur corps. Cette dcouverte, dj fort intressante en elle-mme, prit une importance bien autrement grande, lorsque M. Stein annona que ces embryons taient destins devenir non point des Acintiniens comme les organismes qui leur avaient donn le jour, mais des Vorticellines. M. Pineau' avait dj mis l'ide d'une parent entre les Vorticellines et les Acin- tiniens. Cependant un hasard singulier seul a fait que M. Pineau amis les Acintes en cause, car ses observations mritent peine d'tre prises au srieux , et ne sont par Cunsquent point comparables celles de M. Stein. M. Pineau est un partisan de la gnration spontane. Il met pourrir des lambeaux de chair dans de l'eau; il voit les fibres musculaires entrer en dcomposition et preridre une apparence granuleuse. Chacun des granules, d'abord immobile, s'anime peu peu, et bientt le globule sph- rique, ex-partie intgrante d'un faisceau musculaire, nage dans le liquide sous la forme 1. Annales des .*ciences Naturelles, 3' srie, T. Hl, I8i5. 8^8 TUDES SUR LES INFUSOIRES de la Monas Lens ! Cela semble tout naturel M. Pineau. Burdach, le grand Burdach, n'a-t-il pas vu, lui aussi, cette matire granuleuse qui prcde toujours l'apparition des infusoires, tant animaux que vgtaux? Ailleurs, c'est avec de la colle de poisson que M. Pineau veut faire surgir des vies du nant. Les globules d<*,viennent cette fois non pomt des Monades, mais des Enchelys. Encourag par ce succs, M. Pineau se tourne vers les infusions de plantes, et mainte- nant les globules sphriques, ces premiers indices d'organisation, ne tardent pas dvelopper des bras, puis un pdicule : c'est VAclinophrys pedicillata de M. Dujardin (un Acnilinien, la Podophrya fixa Ehr. et point une Actinophrys), qui se forme sous ses yeux. Les bras de l'Actinophrys (Podophrya), d'abord raides et immobiles, com- mencent montrer des mouvements; les mouvements vont gagnant rapidement en clrit; une bouche se creuse dans la partie suprieure de l'animal; le pdicule, d'abord inerte, se pourvoit bientt d'un muscle et se contracte avec nergie; la Podo- phrya est transfigure en Voiticelle ! ' Comme on le voit, les observations de M. Pineau n'ont rien faire avec celles de M. Stein. M, Pineau ne se souvient pins qu'il a dcrit ailleurs la transformation des Podophrya en Vorlicelles, ou tout au moins cela ne l'embarrasse pas. Ces observations s'expliquent du reste fort simplement. Il ; vait dans le mme liquide des kystes de Vorlicelles et des kystes d'Oxytriques. Il a pris ces derniers pour les premiers, devenus plus gros, et les Oxylriques, (lU'il 7i'a pas mme ru en sortir, lui ont sembl par suite provenir des Vorlicelles. Le fait que M Pineau conclut de la prsence simultane de kystes et de corps oviformes cilis dans un mme liquide, que ces derniers sont sortis des premier:;, ne tmoigne certes pas d'une critique bien raisonne. ET LES RHIZOPODES. 89 de propagation de la Vorticella microstoma Ehr. Nous pouvons en effet le legarder comme prototype du mode de reproduction des Vorticellines dans la thorie de M. Stein. La Vorticelle, aprs avoir vcu un certain temps comme telle sur son pdoncule contractile, se contracte en une boule, dans l'intrieur de laquelle on peut distinguer encore la vsicule contractile, le vestibule, l'sophage et le nuclus. Le corps ainsi contract scrte sur toute sa surface une substance qui s'endurcit de manire for- mer une capsule, un vritable kyste, dans lequel la Vorticelle se trouve enferme. L'ani- mal s'est pralablement dtach de son pdoncule , et le kyste gt sur le sol au fond de l'eau, sous la forme d'un globe isol. Parfois la Vorticelle s'enkyste sur le pdicule lui-mme. L'sophage et la bouche disparaissent compltement par suite d'une rsorption complte, et l'on n'aperoit plus dans l'intrieur du kyste qu'une masse ho- mogne enveloppant le nuclus allong et la vsicule contractile. Cette dernire parat avoir perdu la facult de se contracter. Cette masse homogne subit peu peu des modifications intimes; elle se transforme en gros grains obscurs, dont l'opacit dissi- mule bientt le nuclus aux yeux de l'observateur. Les kystes peuvent rester ainsi, gisant au fond l'eau, durant des jours, des semaines, et peut-tre mme plus long- temps. Le contenu de cette vsicide-mre (c'est ainsi que M. Stein nomme la vsicule enkyste ds qu'elle ne laisse plus distinguer d'organes dans son intrieurj parat en proie un travail intestin, une sorte de fermentation. Peu peu le kyste reprend une certaine transparence; on voit la vsicule contractile excuter des pulsations rhythmi- ques. Un nuclus ovale ou rniforme laisse apercevoir vaguement ses contours au tra- vers des granules petits et gros qui l'enveloppent de toutes parts*. De la masse du corps de l'animal partent de lins prolongements, en forme de fils, qui percent les parois du kyste et viennent faire saillie au dehors. Ces filaments dlis sont munis d'un petit bouton l'extrmit. En un mot, le kyste de la Vorticelle est devenu une Actinophrys, comme dit M. Stein; mais c'est de fait un vritable Acintinien, aPodophrya ftxaEhr. ^ i. M. .Stein figure des kystes orns de plis circulaires, qu'il considre comme des kystes de Vorticella micros- toma, pathologiquement altn's el sur le point de passer l'tat de Podoplirya. Or, M. Cienkowsky a dmontr que ce sont l des kystes de Podopkrya fixa (V. Bulletins de l'Acadmie de St-Ptersbourg, T. XIII, p. 397). 11 n'est pas tonnant que M. Stein les ait vu devenir des Podoplirya! 2. Nous avons dj insist ailleurs sur la confusiou que M. Stein introduit dans la science en assimilant les uns aux autres des tres aussi htrognes que les Actinophrys et les Podophrya. 12 90 TUDES SUR LES INFUSOIRES Cet Acintinien se trouve sous deux formes, tantt il est pdicell, et dans ce cas c'esih Podophry a fixa Ehr. {Actimphrijs pedicillata Duj.), tantt il est sessile ou priv de pdicule, et c'est alors que M. Stein le dsigne tort sous le nom d'Actinophrys Sol. M. Stein explique la formation de ces deux varits de la manire suivante : Parfois le kyste est parfaitement isol; son contenu est alors, dans son expansion, libre d'exercer contre les parois une pression gale dans tous les sens, puisque nul obstacle ne s'y oppose; il peut donc tendre ses prolongements (ses suoirs) dans toutes les directions. Dans ce cas, le kyste se transforme en une prtendue Actinophrys; parfois au contraire un obstacle s'oppose au dveloppement gal dans toutes les directions, obstacle qui peut rsulter par exemple de ce que le kyste est accol quelque objet dur. Dans ce cas, la Vorticelle enkyste se transforme en Podophrya pdicule plus ou moins long. Nous avouons franchement n'avoir pu comprendre celte explication. Telle est la premire phase dans le cycle de dveloppement de notre Vorticelle. Elle est devenue une Podophrya. Bientt on remarque dans l'intrieur de son corps une petite vsicule contractile et mme des cils en mouvement. C'est un jeune embryon qui, lorsqu'il a atteint un certain degr de dveloppement, quitte sa mre pour mener au dehors une vie errante. Cet embryon, aprs avoir circul un certain temps en libert, passant presque aussi rapidement que l'clair dans le champ du microscope, ce qui par parenthse rend sa poursuite trs-difficile pour l'observateur, cet embryon, disons- nous, cherche au milieu des lentilles d'eau une place qui lui paraisse convenable, afin de s'y fixer et d'y vivre d'une manire plus tranquille. Cette place une fois trouve, il s'attache la plante, scrte un pdicule, se pourvoit d'une bouche, d'un sophage, d'un nuclus contourn et, en un mot, devient une Vorticelle semblable ce qu'tait son parent, la Podophrya, dans ses jeunes ans. La Podophrya, de son ct, ne perd pas son temps. La dchirure par laquelle tait sorti l'embryon se referme, se cicatrise, et un second embryon se forme. Il sort son tour de l'asyle que lui offrait le corps de son parent et se livre dans les eaux, comme son frre an, des exercices rapides, aprs quoi il se transforme galement en Vorticelle sdentaire. Un troisime embryon lui a dj succd dans le corps de la Podophrya, et ainsi de suite jusqu' l'puisement complet de celle-ci. Cette histoire de la Vorticella microstmna peut passer pour celle de toutes les Vor- ET LES RHIZOPODES. 91 ticellines dans la thorie de M. Stein, car, sauf de lgres diffrences, c'est toujours ce mme type de dveloppement qui revient. M. Stein dcrit dans son ouvrage les Aci- ntes ' de la Cothurnia maritina Ehr., de VEpistylis branchiophila Perty, de VE. crassi- collis St., de 1'^^. p/icatilis Ehr., de l'Opercularia artimlata Ehr., de l'O. berberina St., de rO. Lichtensteinit St., de VOphrydium versatile Ehr., de la Spirochona gemmipara St., de la Vagitiicola crystallina Ehr., de la Vorticella microsloma Ehr., de la V.ncbuli- fera Ehr., du Zoothamnium affine St. et du Zoothamnium parasita St. Voil donc un pas important de fait dans la science ; tout un nouveau type de repro- duction, la gnration par Acintes, comme on peut le nommer. M. Stein a constat ce mode de reproduction chez un trop grand nombre de Vorticellines pour qu'on se refuse en admettre la gnralit dans cette famille. Nous venons donc sans ide prconue, admirant ce grand rsultat conquis la science, et tout disposs rpter, le micros- cope en main, des observations aussi intressantes. Et cependant, aprs une tude consciencieuse^ nous sommes obligs de nous dclarer contre la thorie de M. Stein. Nous n'avons pu voir la mtamorphose d'aucune Vorticelline en Acinte, ni rcipro- quement d'aucun embryon d'Acinte en Vorticelline, pas plus que M. Stein ; car, nous devons le dire, M. Stein lui-mme n'a jamais vu semblable mtamorphose. Il n'est pas tonnant qu'il n'y soit pas parvenu, puisque, selon nous, cette mtamorphose n'existe pas dans la nature. Les embryons d'Acintes deviennent des Acintes, et les Vorticel- lines, ainsi que aurons l'occasion de le montrer plus loin propos de VEpistylis plica- tilis, offrent un mode de dveloppement tout diffrent de celui qui leur est attribu par M. Stein. Peut-tre s'tonnera-t-on lorsqu'on nous entendra dire que M. Stein n'a jamais observ la transformation d'une Vorticelline en Acinte ; mais nous prendrons cur de prouver ce que nous avanons. M. Stein est un observateur de talent : son ouvrage en fait foi ; ses planches sont les meilleures qui aient paru jusqu'ici sur les infusoires, et le fait mme que nous voulons prendre un soin tout particulier le rfuter, montre que nous savons estimer le prix de ses recherches. C'est qu'en effet tout ce qui est I . Nous employons ici, conformment l'habitude gnrale, le terme Acinte pour signifier un animal de la famille des Acintiniens, sans avoir en vue le genre Acineta proprement dit. 92 TUDES SUR LES INFUSOIRES observation dans son ouvrage porte le cachet de l'exactitude. On y reconnat l'observa- teur persvrant et attentif qui pntre jusque dans les dtails, dtails qui peuvent paratre d'autres des minuties, mais qui sont d'une importance norme aux yeux d'un micrographe. Ses observations sur la structure des Vorticellines laissaient, il est vrai, encore quelque chose dsirer; mais quelle distance dj entre ses descriptions et ses figures d'une part, et d'autre part, celles de MM. Ehrenberg et Dujardin, qui souvent n'avaient gure mieux fait que leur devancier du sicle dernier, le grand 0. F. Muelfer. Nous devons galement M. Stein des connaissances approfondies sur le groupe des Aci- ntiniens. Avant lui, cet ordre ne se composait que d'un nombre d'espces trs-limit, nombre qui s'est accru rapidement sous son il diligent. C'est lui qui nous a fait le premier connatre la formation des embryons chez les Acintiniens et la manire dont ces embryons se comportent immdiatement aprs leur sortie du sein de leur parent. Mais si nous devons des loges M. Stein pour les connaissances dont nous lui sommes "redevables, relativement ces deux sries d'tres, les Vorticellines d'une part, et les Acintiniens de l'autre, nous ne pouvons taxer d'ide heureuse les rapports qu'il a cherch tablir entre ces deux groupes. Selon M. Stein, les Acintes seraient donc tout prendre moins des animaux parfaits que des nourrices dans le sens de M. Steenstrup. Ce seraient des espces de poches leves l'tat de vie indpendante , de sacs anims, dans lesquels se dvelopperaient les jeunes Vorticelles. Elles seraient en un mot comparables aux vers Jaunes de Bojanus, ou mieux encore aux Rdies d'autres trmatodes. Une diffrence est toutefois noter. Un trmatode femelle dpose des ufs, et de ces ufs sortent des nourrices. Dans l'intrieur de celles-ci se forment, par un procd de gem- mation interne, de jeunes cercaires, qui se transforment plus tard en distomes, par exemple. Il y a alors deux gnrations bien distinctes : 4 les nourrices ; 2" les cercaires, qui se transforment en trmatodes parfaits. Quelquefois il y en a mme davantage. Il y a l l'alternance voulue par M. Steenstrup : une gnration sexuelle, puis une ou plu- sieurs gnrations asexuelles, puis une gnration sexuelle et ainsi de suite jusqu' l'infini. Si les observations de M. Stein taient justes, il n'en serait pas moins vrai que l'existence d'une gnration alternante chez les infusoires ne serait point du tout dmontre. D'aprs ce savant, en effet une Vorticelline n'engendre point un ou plusieurs ET LES RHIZOPODES. 93 Aciiiles, mais se transforme elle-mme, et dans son entier, en Acintinien. Ce n'est point une gnration, mais bien une mtamorphose. Voil pourquoi M. Stein a chang le nom d'Acinte contre celui A'tat acintiforme (Acinetemustand) des Vorticellines. Supposant toujours que la thorie de M. Stein soit exacte, c'est un rsultat auquel il fallait s'attendre a priori. En effet, toute alternance de gnration, jusqu'ici exacte- ment connue chez les animaux, est forme, comme nous le disions, par la combinaison d'une gnration asexuelle et d'une gnration sexuelle. Or, nous ne connaissons pas jusqu'ici avec vidence de sexualit chez les infusoires, et par consquent pas de com- binaison entre une reproduction par fcondation et une reproduction par gemmes chez ces animaux, ou, en d'autres termes, les lments ncessaires pour constater ici une gnration alternante font encore dfaut l'heure qu'il est. Ce qui est observation dans l'ouvrage de M. Stein, disions-nous, se distingue par son exactitude; mais il en est autrement de ce qui n'est pas observation, et sous ce dernier chef vient se ranger la mtamorphose des embryons des Acintiniens en Vorti- cellines. Il est vraiment regrettable que ce savant ait fait de cette mtamorphose le point capital, la question de cabinet, pour ainsi dire, de son livre; car, nous le rp- tons, elle n'existe pas : c'est une pure erreur. M. Stein n'a Jamais vu cette mtamor- phose ; c'est la suite d'un raisonnement tout thorique qu'il a conclu que cette mta- morphose tait probable. Par suite d'un fcheux oubli, M. Stein n'a pas eu prsent l'esprit la distance norme qui spare une probabilit apparente de la ralit. Il s'est trouv par l entran dans une longue suite d'erreurs. Une fois sur la fausse route, il a continu cheminer, sans s'apercevoir qu'il avait pris l'origine une failsse direction. Nous avons affirm que M. Stein n'avait jamais observ directement la transforma- tion d'une Vorticelline en Acintinien, non plus que celle d'un embryon d'Acinte en Vorticelline. Il nous reste prouver la vrit de notre assertion. Pour cela, nous cde- rons la plume M. Stein, et nous le laisserons juger lui-mme la question. Nous allons donc passer en revue les diverses Vorticellines dont M. Stein croit avoir observ l'tat acinliforme et citer chaque fois, aussi exactement que la traduction le permettra, les paroles qu'il emploie lorsqu'il vient parler de la mtamorphose : CommeronspdivVEpistylis plicatilis. Aprs avoir racont comment il avait trouv 94 TUDES SUR LES INFUSOIRER frquemment des Acintes (Podophnja quadripartita) au milieu de colonies d'Epistif/is plicatilis, M. Stein continue ' : Devais-je ne voir qu'un simple jeu du hasard dans la runion de ces deux formes d'infusoires, qui olTraient du reste tant d'affinits rcipro- ques? Non, d'autant plus que M. Ehrenberg lui-mme avait rencontr fort souvent des corps acintiformes sur des colonies 'Oprradaria articulata, et cela mme si frquemment, qu'il inclinait considrer ces corps comme une seconde forme essen- tielle des Operculaires. M. Ehrenberg'' s'exprime ce sujet comme suit : .... Mais il est fort surprenant qu'entre les individus ordinaires, et particulirement l'aisselle des ramifications, on en rencontre d'autres isols, beaucoup plus gros, et d'autres y enfin de dimensions encore plus considrables, en forme d'oeuf. Ces derniers sont quatre ou cinq fois aussi gros que les autres, et sont munis de poils qui prsentent un renflement l'extrmit. Ils n'ont qu'une petite ouverture sans cils vibratiles. Ces derniers individus pourraient bien tre des parents, ce qui n'est pas le cas pour les )) autres. Plus loin % il dit : (( Il me semble mme que les poils munis de boutons, que prsentent ces individus jusqu'ici inconnus, sont susceptibles d'tre compltement rtracts par l'animal. Aussi se pourrait-il que nous eussions ici faire une Acinte parasite. Cette manire de voir devait gagner encore en vraisemblance, lorsque M. Ehrenberg trouva un jour ces corps pyriformes munis de poils seuls et en grande abondance sur un coloptre aquatique. Le fait que M . Ehrenberg pensait nanmoins que ces corps acintiformes pourraient bien n'tre qu'un tat particulier de l'Operculaire en vue de la reproduction, ressort de la circonstance qu'il remarque en passant n'avoir pas observ leur transformation en colonie d'Operculaires. M. Ehrenberg avait t par consquent conduit par ses observations la mme pense laquelle les miennes m'ont conduit. Malheureusement il parat n'avoir pas donn suite plus tard cette ide. En effet, il dclara dans une sance de la Socit des Amis naturalistes de Berlin (Gesellschaft der naturforschenden Freunde), en 1850, que les corps pyriformes et velus qu'il avait observs sur les Operculaires taient des Acineta parasites qui n'avaient aucune relation physiologique avec les Operculaires. 1. Loc. cit., p. 14. 2. InfusionstUiere, p. 287. 3. iDfusionstbiere, p. 288. ET LES RHIZOPODES. 95 Telle fut la premire observation de M. Stein sur les mtamorphoses des Vorticel- lines : on le voit, une pure hypothse. M. Ehrenberg fut plus prudent en se refusant voir dans ces coips pyriformes autre chose que des parasites. Il est regrettable que M. Stein n'ait pas imit cette dfiance salutaire ; cela lui aurait pargn bien des m- prises. C'tait du reste de sa part conclure un peu la lgre, car les grandes affinits qu'il mentionne entre les Epistylis et les Acintes consistent simplement dans la forme de poire allonge que toutes deux peuvent plus ou moins affecter et dans le fait que la Podophrya quadripartita habite avec les Epistylis. Les diffrences sont par contre nom- breuses et importantes : lenuclus des uns (les Epistylis) a la forme d'une bande con- tourne ; celui des autres est un noyau elliptique ou arrondi ; les uns ont un pdicule large, les autres un pdicule mince ' ; les unes possdent une bouche et un sophage, les autres de nombreux suoirs; les unes ont des organes vibratiles, les autres n'en ont pas, etc. Ailleurs, M. Stein" revient VEpistylis plicalilis et son soi-disant tat acin- tiforme. Il y est dit : Le corps des gros Acintes mesurait l/''24 de ligne en long et 1/20 de ligne dans sa plus grande largeur. Celui des plus petits individus mesurait 4/50 de ligne, soit en long, soit en large. La longueur des pdoncules variait entre 1/48 et 4/70 de ligne. Les plus gros individus de VEpistylis plicalilis que j'ai eu l'occasion d'observer mesuraient 4/44 de ligne en longueur. Pour ce qui concerne la taille, les Acintes poivaient par consquent fort bien tre une phase postrieure du dveloppement d'Epistylis, qui se seraient dtaches de la colonie-mre et seraient venues se fixer sur les ramifications d'une autre colonie. Sur la coquille de la Paludine on ne pouvait russir trouver nulle part un seul Acinte, tandis qu'on en trouvait en abondance sur les arbres d'Epistylis ou tout au moins dans leur voisinage immdiat. (l nous faut convenir que M. Stein se laisse entraner un peu loin par les analogies. Une similitude de taille n'est certes pas un argument de grand poids. Puis nous ne trouvons rien d'tonnant ce que l'Acinte en question ne se trouve que sur les Epistylis. N'est-ce pas un fait reconnu que nombre de parasites pizoaires et autres se trouvent 1. Voyez PI. VI, li'^. 7 ime Epistylis poilanl une Podophrya iluiit le pdoiuulc est bic'ii plus mime que le sien. 1. Loc. cit., p. 96. 96 TUDES SUR LES INFUSOIRES exclusivement sur un certain animal, mme lorsqu'on ne peut comprendre l'avantage qu'ils en retirent. Les Claviger et nombre d'autres Pslaphides, par exemple, rsident exclusivement dans des nids de fourmis, sans que personne ait song jusqu'ici trouver un rapport gntique entre eux et les Hymnoptres dont ils habitent les demeures. Nous verrons d'ailleurs que les Acintes font trs-souvent des Epistylis leur pture, ce qui dnoterait des habitudes de cannibales peu communes chez les infusoires. De plus, les Podophryes ne sont point les seuls animaux qui vivent exclusivement sur les Epistylis. On rencontre galement en grande abondance sur les colonies 'Episttjlis plicatilis un rhizopode vivant dans une coque forme urcolaire (V. PI. VI, fig. 2, A.), rhizopode que nous avons dcrit ailleurs sous le nom d'Urnula Epistylidis'. Jusqu'ici nous n'avons rencontr cet animal nulle part ailleurs que sur ces Vorticellines. Il donne naissance des embryons dous d'organes locomoteurs, que M. Stein aurait aussi bien le droit de considrer comme une phase du dveloppement des Epistylis que les em- bryons de la P. rjuadripartita. On trouve galement vivant en parasite sur les pdon- cules d'Epistylis une autre espce d'Acintinien (V. PI. IV, fig. 44 et 45) fort diffrente de la premire, et dcrite ailleurs par nous sous le nom de Trichophrya Epistilidis '. Nous ne voyons pas pourquoi elle aussi ne pourrait pas faire valoir ses droits sur Y Epistylis pli- catilis. On rencontre enfin, souvent en grande abondance, de petites Amba qui se promnent lentement sur les pdicules ' Epistylis plicatilis (V. PI. VI, fig, 2, B.) entre les Podophrya quadripartita, les Trichophrya Epistylidis et les Urnula Epistylidis. Ces Amba sont munies tantt d'une, tantt de deux vsicules contractiles. Nous ne voulons pas pr- tendre que ce parasite soit spcial cette Epistylis ; mais nous mentionnons son exis- tence pour montrer que les cas de parasitisme ne sont pas rares chez les infusoires, et que, du fait que deux espces vivent l'une sur l'autre, il ne faut pas conclure un rapport gntique entre elles. Nous avons observ d'autres parasites encore sur les Epistylis, et tous pourraient donner lieu, aussi juste titre que la Podophrya quadripartita, des conjectures analo- gues celles que M. Stein a faites sur cette dernire. Nous avouons nous-mmes que l. Voy. le Tome I" de ces tudes, p. 457. %. Ibid., p. 38G. ET LES RIIIZOPODES. 97 nous avons cru, pendant un certain tem ps, avoir faire dans l' Urnulu Epistylidis un tat particulier des Epistylis. C'est qu'en effet, lorsque ces animaux s'apprtent la reproduc- tion, ils s'enkystent dans leur coque, dont l'ouverture reste bante vers le haut (V. PI. X, fig. 5]. Cette coque urcolaire offre une grande analogie de forme avec une Epistylis, et nous croyions, pendant un certain temps, n'avoir faire l qu'avec la cuticule d'une Epistylis pristome ouvert, admettant que le parenchyme du corps de l'animal s'tait spar des tguments pour s'arrondir et s'enfermer dans un kyste, en profitant de l'ancienne enveloppe comme d'un abri contre les attaques extrieures] Mais bientt nous emes l'occasion de voir d'autres Urnula Epistylidis tendre leurs bras au loin, puis se reproduire de diverses manires, et nous dmes renoncer notre hypothse. La seconde Vorticelline chez laquelle M. Stein crut observer une transformation en Acinte tait une Cothurnie, la Cot/mrnia (Vaginicola) cnjstallina Ehr. Nous tenons attirer tout spcialement l'attention sur la description que ce savant donne du phno- mne; car plus tard il la cite comme le compte-rendu d'une observation directe, la seule qui, par consquent, se trouverait rapporte sur ce sujet dans son livre. On verra qu'il s'agit ici de rien moins que d'une observation. Laissons donc de nouveau parler M. Stein': Trois jours aprs avoir fait une provision de Vaginicoles, dit-il, je trouvai un grand nombre d'individus mtamorphoss d'une manire surprenante en une Acinte, que je reconnus bientt tre celle que M. Ehrenberg a dcrite dans son ouvrage sur les infusoires sous le nom d'Acineta mystacina, et qu'il a observe quelquefois sur des con- ferves aux environs de Berlin. Que les Acintes n'taient pas, comme on pourrait tre tent de le croire, de nouveaux arrivs dans la colonie infusorielle, c'est ce qui ressort avec plus de certitude encore de l'observation suivante : J'avais de suite, dans les pre- miers jours, afin de pouvoir les produire dans un cours, mis part un certain nombre de filaments de conferves, qui taient peupls de Vaginicoles avec une richesse toute particulire, et je les avais jets dans un verre rempli d'eau de fontaine parfaitement pure. Je dus diffrer la production de mes animalcules pendant quelques jours, et lors- 1. Loc. lil., i. 38 et 39. 43 98 TUDES SUR LES INFUSOIRKS que je voulus les montrer, je ne fus pas peu tonn de ne trouver au lieu de Vaginicoles presque rien que des Acineta. La transformation des Vaginicoles en Acintes tait dj dmontre par ce qui prcde (!). Dans l'Acinte on pouvait leconnatre, de manire ne pouvoir s'y m- prendre (?), l'enveloppe transparente comme du cristal de la Vaginicolacrijstallma, ainsi que son corps lui-mme. Ce dernier tait encore librement suspendu dans l'enveloppe. Il avait cess d'tre attach au fond de celle-ci et s'tait avanc vers la partie antrieure, o il s'tait contract en globe et s'tait transform en une vsicule ferme. Les bords de l'ouverture du fourreau, ou enveloppe, s'taient inclins, sur tout leur pourtour, vers l'axe central, et formaient ainsi au-dessus du corps contract un abri en forme de toit, muni de lucarnes qui se prsentaient comme des fentes allonges. Ce toit conservait sa forme, grce une substance glatineuse qui l'unissait au corps contract de la Vagi- nicole et qui tait scrte en grande abondance surtout par la partie antrieure de ce dernier. Les extrmits en pointe de cette sorte de couvercle tectiforme faisaient souvent saillie au-dessus de la couche glatineuse. J'obtenais l'image la plus claire de cette transformation du fourreau ouvert de la Vaginicole, en fourreau ferm de l'Aci- neta, lorsque le filament de conferve tait tourn de manire ce que l'Acineta s'levt verticalement entre le filament de conferve et l'il de l'observateur. Le fourreau de l'Acineta prsentait alors im contour polygonal, d'ordinaire six pans, rsultant des six champs triangulaires, inclins sur le corps qui tait enferm dans l'intrieur du four- reau, et alternant avec un nombre gal de fentes La drivation ' de nos Acintes des Vaginicoles ressortait galement des rapports de grosseur. Les conferves ne portaient en effet que des Vaginicoles dont le fourreau atteignait une longueur' oscillant entre 1 /60 et 4/24 de ligne ; dans le plus grand nombre, cette longueur tait de i/40 i/30 de ligne sur 1/70 de large. La hauteur des fourreaux d'Acintes variait de i/60 1/32 de ligne, et leur largeur n'tait jamais que lgrement infrieure la hauteur. On le voit, cette prtendue observation est fort loin de mriter ce nom. M. Stein n'a runi V Ad netamystacina hCot/mmia crijstallina que par suite d'un raisonnement i . Li)<: . l'it , [) 40 . ET LES RIIIZOPODES. 99 base foit peu solide. Nous laisserons de ct les dernires donnes relatives la gros- seur, donnes qui, comme on le comprend fort bien, ne prouvent rien, et pourraient mme donner lieu des objections srieuses, puisque dans leur partie large les four- reaux d'Acineta sont relativement et constamment plus larges que ceux des Cothurnies. D'ailleurs M. Stein raconte lui-mme ailleurs' avoir trouv des cineta mystacina in- niment plus grosses que les premires ; mais nous considrerons le point capital, l'ap- parition d'une foule d'Acintes dans un liquide cens n'en pas contenir prcdemment,, apparition concidant avec une diminution du nombre des Cothurnies qui peuplaient originairement le liquide. Or, est-il permis de conclure de l une affinit quelconque entre les deux formes? M. Stein, comme tout ceux qui s'occupent d'infusoires, a fait trs-certainement l'exprience journalire qu'au bout de peu de jours un liquide donn se trouve peupl d'infusoires tout diffrents de ceux qu'il contenait d'abord. Les causes de ces modifications dans la population infusorienne des eaux renfermes dans de petits rservoirs, modifications dans lesquelles on peut tre tent au premier abord, mais seulement au premier abord, de voir une espce de priodicit, ces causes, disons-nous, sont toutes physiques ou chimiques; elles dpendent de la temprature, trs-souvent du degr de concentration de l'eau, modifi constamment par l'vaporation, de la pr- sence ou de l'absence de matires en dcomposition, etc., etc. L'oubli de ce fait ne s'explique que par l'attachement exagr de M. Stein son ide favorite, la dcouverte de mtamorphoses chez les infusoires. Si l'on se laissait aller ce mode de raisonne- ment, on en viendrait bientt ne voir chez les infusoires que des passages perptuels d'une forme l'autre, sans loi, sans rgle aucune que le bon plaisir de l'observateur. Comme il finit presque toujours par s'tablir au bout d'un certain temps dans un vase de petite dimension un certain degr de putrfaction, circonstance qui parat tout particu- lirement favorable au dveloppement de VEuplotes Charon et du Paramecium Aurlia, il est fort habituel de trouver qu'au boutd'un laps de temps, plus ou moins long, la plus grande partie de la population d'un petit rservoir consiste en Euplotes, en Paramecium et autres animaux vivant dans de semblables circonstances. Un esprit un peu trop port aux spcula- tions aventureuses pourrait par suite chercher dans ces formes-l les prototypes des I . Loc. cit., p. 6i. iOO TUDES SUR LES INFUSOIRES infusoires, les formes dans lesquelles viendrait se rsoudre le monde microscopique. L'analogie entre la C.ot/iurnia {Vaginicola Ehr.) crystallina et YAcinela niystacina est-cllo bi(Mi rellement aussi grande que M. Stein le prtend ? Non certes, bien loin de l; r^. myslacina (V. PI. I, fig. il et \% olVre, suivant lui, une grande ressemblance avec une Cothurnie contracte. Mais on n'a qu' considrer la figure que nous donnons d'une Cothurnie l'tat libre, contracte et nageant dans les eaux l'aide d'une cou- ronne ciliaire postrieure, pour estimer ce rapprochement sa juste valeur (V. PI. I, fig. 14). Chacun reconnatra que sous cette forme, qui se rapproche de celle d'une boule, la Cothurniepeut se comparer tout animal plus ou moins globuleux, mais pas plus VAcmeta mi/stacina , qu' maint et maint autre infusoire. Il sullll de comparer les figures que nous donnons de cette Acincte (PI. I, fig. 1 et ''2) avec une Cotlmrnia cnistallina, sous sa forme habituelle ^Pl. I, fig. 4), pour s'assurer que le seul rapport consiste en ce que toutes deux sont munies d'une coque ou fourreau, fourreau dont la forme s'carte toutefois singulirement chez l'une de ce qu'elle est chez l'autre. Il est bon nombre d'autres Acintiniens qui vivent dans une coque : toutes les espces du genre Acineta, par exemple, et cette coque est fort loin, dans ces espces, d'olVrir la moindre analogie avec des coques de Cothurnies, de Vaginicoles, ni d'aucune Vorti- celline ou autre infusoire connu. Chez la Coihurnia cryslallina le fourreau est largement bant vers le haut; chez V Acineta mystacina, il est ferm par un espce de toit pyra- midal, dont les diffrentes pices laissent entre elles des fentes permettant aux suoirs (puisque telle est la nature des prtendus poils ou soies des Acintiniens) de faire saillie au dehors. La Cothurnie a vm nuclus trs-allong en forme de bande contourne (fig. i); l'Acinte a un nuclus peu prs rond (fig. 2). En somme, il nous semble peu prs totalement impossible pour un observateur impartial de ramener la gane ou fourreau d'une Cothurnia cryxtallhia la coque de VAcincfa mystacina. Comme on le voit par la planche I, fig. 4, la premire est une espce de cylindre peu prs partout d'gale largeur, tandis que la seconde (fig. 1 et 2), qui varie du reste l'infini, est toujours trs-rtrcie sa base. Ce rtrcissement va mme d'ordinaire jusqu' trans- former la partie infrieure de la coque en un vritable pdicule creux. Comment expli- quer ce rtrcissement? Comment admettre que la Cothurnie puisse modifier de cette manire une coque dj forme? ET LES RIIIZOPODES. iOI M. Stein a bien reconnu lui-nnme cette difficult, et il avoue ' que c'est l une objection qui pourrait bien s'opposer rellement ses dductions. Il cherche en cons- quence la renverser en supposant qu'au moment o la Colhurnie va se mtamor- phoser en Acinte elle se dtache de la partie postrieure de sa gane, se porte vers la pfirtie antrieure et presse violemment, l'aide de son corps contract, contre cette partie, tout en tendant se porter en avant. Cette pression devrait tre si nergique, quQ les parois de la gane, cdant l'action dans la partie postrieure, se rapproche- raient de l'axe en produisant ainsi une forme pdicelle. On le voit, M. Stein une fois sur la voie des hypothses ne s'arrte plus; il est entran sur la pente. Les hypo- thses sont bien permises, jusqu' un certain point, lorsqu'on a une base fixe comme point de dpart, mais lorsque ce point de dpart est dj lui-mme une hypothse, et qu'on cherche le justifier par de nouvelles hypothses qu'on en dduit, il n'y a pas chance de rester dans le vrai. En somme, VAcineta mystacina reste pour nous un Acintinien, c'est--dire un animal muni d'un grand nombre de suoirs, l'aide desquels il prend sa nourriture, suoirs qui conduisent directement dans la cavit gnrale du corps', tandis que la Cothurnia crystaUina est un animal tout diffrent, une Vorticelline munie d'un vestibule et d'une seule bouche, d'o part un sophage qui conduit la nourriture dans la cavit du corps. M. Stein, qui refuse aux Acintes la facult de prendre directement des aliments', admet, lui, qu'une Cothurnieou tout autre Vorticelline qui se transforme en Acintinien perd ses organes digestifs. A l'entendre, le vestibule et l'sophage seraient rsorbs et il n'en resterait plus trace. Aprs avoir lu ce qui prcde, on est rellement stupfait lorsqu'on arrive la page * o M. Stein parle de VAcineta linrjuifera (Acinete mit dem zungenformigen Fortsatz), qu'il cherche reliera VOpercularia berberino St., et qu'on l'entend s'exprimer comme suit : Il n'est pas ncessaire, dit-it, d'avoir recours des mtamorphoses plus consid- 1. Loc. cit , |). 68. 2. La diminution des Cotlinrnies dans le vase o M. Stein les renfennait s'explique fort simplement; elles ont Wi sans doute extermines en grande partie par les Acintes, animaux vraiment trs-voraces . 5. M. Stein a, depuis que ees lignes lurent rcrites, reconnu la vritable nature des suf/oirs des Acintes. (Nolede IHC(I). 4 Loc, cil., p. 108. 102 TUDES SUR LES INFUSOIRES rables que celles que nous venons de suppposer (M. Stein vient de dcrire hypothti- quement les mtamorphoses que devrait subir l'embryon de l'Acineta, s'il devenait une Acinte semblable l'animal-parent) , si nous considrons notre Acineta comme une phase du dveloppement de VOpercidaria berberina. Or, comne nous avons dj fait connatre plusieurs faits qui montrent la relation intime existant entre des Vorticellines et certaines formes d'Acintes , et comme nous avons vu mme une forme acintaire rsulter directement de la mtamorphose d'une Vaginicola crijstaUina{?) ', nous accor- derons la prfrence l'ide que l'Acinte appendice en languette appartient au cycle de dveloppement de VOpercidaria berberina. On le voit, M. Stein outrepasse ses prmisses en prtendant avoir vu une mtamor- phose ^'ec^e d'une Cothurnie en Acineta, puisqu'il avoue lui-mme que ce n'est qu'au bout de plusieurs jours qu'il a trouv un grand nombre d'Acintes dans l'eau qui renfer- mait originairement ses Cothurnies,. N'est-il pas imprudent lorsque, s'appuyant sur ces considrations, sur une certaine ressemblance de forme (qu'il sera du reste proba- blement seul reconnatre), sur la prsence d'un fourreau ou gane servant d'habi- tation l'animal dans l'un et l'autre cas, etc., il conclut une parent probable entre les Acintes et les Cothurnies? Il faut bien se dire que lorsque M. Stein parle d'une mtamorphose d'une Vorticelline en Acinte qu'il ait rellement vue, il s'agit toujours de ses observations sur la Cothurnia crystallina, et rien que de celles-l. Nous les avons scrupuleusement rapportes. C'est chacun de juger si les conclusions de l'illustre micrographe sont bien fondes. Ds ce moment, M. Stein ne recule plus dans la hardiesse de ses combinaisons. Un rien, la prsence simultane d'une Vorticelline et d'un Acintinien sur la coquille d'un mme mollusque ou bien sur les pattes ou sur les lytres d'un mme insecte sulit pour lui faire admettre un rapport gntique entre deux tres appartenant des groupes tout diffrents. C'est ainsi que nous le voyons, propos de VEpistylis (Opercularia) articu- lata, s'exprimer de la manire suivante " 1 . Uncl da wir sogar eine Acinetenforni direct aus der Metai\iorphose der Vaginicola cryslallina hervorgelien sahen. .. Loc. cit., |i. 108. 2. Loc. cit., |). 109. ET LES limzni'ODES. 403 J'ai toujours trouv dans sa compagnie la forme d'Acinte que j'avais rencontre avec elle la premii e fois, ce qui suifit dj faire conclure qu'il existe un rapport intime entre ces deux espces d'infusoires. (!) Ailleurs ' il conclut tout aussi rapidement l'existence d'une parent entre la Podo- phrija Cydopnm et le Zoothamnium Parasita St. {Carchesium pj/ffinum Ehr.) parce que tous deux habitent sur les Cyclopes. L'tre acintaire qui habite sur les Cyclopes, dit-il, otTie tellement de rapport avec l'Acinte pdoncule court des lentilles d'eau (la Podophrya que M. Stein considre comme une phase du dveloppement de la Vordcella nebulifera), soit pour ce qui tient la forme de son corps, soit pour ce qui concerne les embryons cilis, qu'on doit sup- poser que son pdoncule, lequel reste toujours fort court, ne rpond point au pdoncule d'un Epistylis. Il faut au contraire admettre qu'il est form de la mme manire que celui des Podophrya (c'est--dire de la Podophrya fixa) et des Acintes de la lentille d'eau (Podophrya Lemnarum), car celui-ci parait galement solide dans sa partie inf- rieure. Dans ce t^^.VAcinte dus Cyclopes ne pourrait appartenir qu'au Zoothamnium qu'on trouve constamment dans sa socit, et cjne M. Ehrenherg nomme Carchesium py g - mum. {Zoothamnium Parasita St.). Or, comme ce dernier infusoire prsente les mmes variations de taille que les Acintes en question, je ne crois pas me tromper en rjp- portant ces derniers ce Zoothamnium, plutt qu' VEpistylis diyitalis , avec laquelle j'avais cru d'abord lui trouver une parent. La conclusion est au moins hasarde. La seule raison un peu valable que M. Stein mette ici en avant pour relier la Podophrya du (^yclope avec son Zoothamnium Parasita, c'est qu'on les trouve frquemment ensemble sur le mme crustac. Mais ce ne sont pas l les seuls parasites des Cyclopes. On trouve sur eux nombre d'autres infusoires, mme des Vorticellines, comme VEpistylis diyitalis et peut-tre aussi VEpistylis anas- talica. On pourrait donc tout aussi bon droit soutenir que la Podophrya du Cyclope est une phase du dveloppement de l'une ou de l'autre de ces Epistylis. En effet, les arguments que M. Stein tire de la constitution du pdicule pour prouver que sa Podo- phrya n'appartient pas une Epistylis n'ont pas une grande valeur; lui-mme considre i. Loc. oit., |i. Ui;. 404 TUDES SUR LES INFUSOIRES comme phase possible de VEpistijlis branchiophila Perty une Podophrya dont le pdi- cule est tout aussi court que celui de la Podophrya du Cyclope. On aurait donc droit s'attendre de la part de M. Stein une grande dfiance quand la justesse de son rap- prochement ; et cependant c'est en se basant sur cette prtendue aflnit de la Podo- phrya du Cyclope et du Zoothamnium Parasita^ qu'il dduit sans plus ample prambule la parent d'une autre Podophrya avec une seconde espce de Zoothamnium ' : Soit Tharand, soit Nimegk, dit-il, je rencontrai frquemment, en socit du Zoothamnium affine St., sur les pattes de la crevette des tangs {Gammarus Pulex) une Acinte qui se trouvait d'ordinaire cache sous les articulations, particulirement entre les articles les plus tnus des extrmits. Il n'est pas rare d'observer six huit de ces Acintes, situes les unes ct des autres, sur une mme articulation; elles pos- sdent un pdicule fort court, souvent peine apprciable, mol et extensible et un corps qui, soit dans ses contours, soit dans la position de ses tentacules, est parfaitement semblable l'Acinte du Cyclope que nous avons figure. (Voy. Stein, Pl. III, fig. 38 et notre Pl. II, fig. 5 et 6). Or, comme nous pouvions rapporter cette dernire (ici M. Stein renvoie le lecteur au passage que nous venons de citer propos de la Podo- phrya du Cyclope et du Zoothamnium Parasita) au Zoothamnium qui vit sur les Cyclopes, nous devrons considrer galement r Acinte qu'on rencontre sur les pattes du Gammarus Pulex comme une phase du dveloppement du Zoothamnium affne ^ Les hypothses se suivent rapidement. De ce qu'il a suppos que la Podophrya du Cyclope pouvait bien tre un tat du dveloppement du Zoothamnium qui vit sur ce mme Cyclope, M. Stein dduit que la Podophrya de la crevette doit appartenir au Zoothamnium qui vit sur cette mme crevette. Mais ici encore nous devons nous demander si l'on ne rencontre pas sur les Gammarus d'autres infusoires auxquels on pourrait s'amuser aussi rapporter cette mme Podophrya. Trs-certainement, quand ce ne serait que ces Lagenophrys (L. Ampulla St.), ces lgants animalcules de la famille des Yorticelles, dont nous devons la connaissance M. Stein lui-mme, qui nous a bien fait connatre chez eux un mode de gemmiparit des plus intressants, mais !. Loc. cit., p. 219. 2. Loc. cit., p 219. ET LES RHIZOPODES. 105 qui n'a point su leur trouver d'tat acintiforme, ou bien la Spirochona, cette autre forme si lgante que M. Stein a t galement le premier signaler. Il est vrai qu'il a su lui trouver une phase acintiforme aussi lgante que la Spirochona elle-mme, savoir le Dendrocometes. Puisque nous nommons les Spirochona {S. yemmipara St.) et les Dendrocometes (D. Paradoxus St.), et que M. Stein fait grand bruit de la circonstance qu'il ne les a jamais trouvs l'un sans l'autre sur les Gammarus, nous remarquerons en passant que pendant deux ans, soit Wiirzburg, soit Gottingen, l'un de nous a en vain cherch la Spirochona gemmipara, bien qu'il trouvt bon nombre de Dendrocometes. Depuis lors nous les avons trouvs tous deux ensemble Berlin, localit o M. Stein les avait galement observs. Pourrait-on en dduire que les Spirochona de Berlin ont pris l'ha- bitude de se transformer temporairement en Dendrocometes, tandis que celles de Wiirzburg et de Gottingen passent toute leur vie l'tat de Dendrocometes ? Du reste nous n'avons pas de raison pour chercher tous les infusoires auxquels on pourrait rapporter la Podophrya du Gammarus Pulex aussi bon droit qu'au Zootham- nium affine, puisque en nous demandant, la main sur la conscience, si nous voyons la moindre raison pour rapporter un Acintinien un autre infusoire qu' lui-mme, nous devons rpondre par la ngative. Nous ne connaissons aucune observation, ni de nous, ni de M. Stein, qui nous autorise un rapprochement quelconque entre une Vor- ticelline et une Acinte. Nous ne pensons pas devoir pousser plus loin nos citations, car nous croyons avoir suffisamment montr par celles qui prcdent que l'ingnieuse combinaison imagine par M. Stein pour expliquer la propagation jusqu'ici inconnue des Vorticelhnes, nous croyons, disons-nous, avoir suffisamment montr que cette combinaison manque de tout fondement solide. Nous laissons aux faits le soin d'achever cette rfutation. Nous dcrirons plus loin ce qu'il advient des embryons des Acintiniens et nous exposerons le vritable mode de reproduction des Epistylis. Ce sera, pensons-nous, la meilleure rponse faire M. Stein. Bien des personnes se sont dj laiss sduire par la manire attrayante dont M. Stein a reprsent ce dveloppement, un peu trop thorique, et par l'exactitude qui caractrise les observations proprement dites de ce savant niicrographe ; toutefois nous 14 106 TUDES SUR LES INFUSOIRES sommes convaincus que tout observateur impartial qui se donnera la peine de rpter ces recherches, le microscope en main, arrivera au mme rsultat que nous'. Quand l'imagination prend les devants, la raison ne se hte pas comme elle et la laisse souvent aller seule, a dit quelque part, Jean-Jacques Rousseau, le philosophe de Genve". i. M. Cientowsky, qui a cliercli rpter les observations de M. Stein sur une Podophrya (probablement la P. Cyclnpum), a observ comme nons le retour des embryons l'tat de Podophrya et non leur transformation en Vorticellines. V. Bulletins de la classe physico-mathmatique de l'Acadmie de St-Ptersbourg, 1854. 2. Plus de quatre annes se sont coules depuis la rdaction de ces lignes, et nos objections la thorie de M. Stein n'ont fait que se corroborer ; mais pendant ces quatre annes aussi, nous avons pu nous convaincre tous les jours davantage que notre critique n'attaque que la thorie et pas les observations de M. Stein. Celles-ci dnotent toujours le savant scrupuleux. Loin donc de notre pense toute attaque contre le mrite du niicrographe, car quel est l'homme qui ne s'prendrait d'amour pour une thorie qui semble expliquer dans tous les dtails des phnomnes jusqu'alors envelopps d'un voile mystrieux? Dans l'intervalle, du reste, M. Stein (V. Tagbiatt der 32. Versamniluug deutscher Naturforscher und Aerzte in Wien im .lahre 1856, n" 5, et der Organismus der Infusionsthiere .Leipzig 1859.) a reconnu toute l'importance des objections leves pai' M. CieiikowsUi et par nous contre la thorie de la repro- duction par phases Acintiniennes. Il a reconnu, avec une franchise digne d'loges, qu'il est devenu peu probable, la suite de ces objections motives, que les Vorticellines se transforment jamais elles-mmes eu Acintiniens. Toute- fois il hsite encore considrer les Acintiniens comme des tres indpendants du cycle d'volution d'autres infu- soires. Ses doutes sont surtout bass sur le fait que les embryons des Paramecium et des Oxytrichiens sont munis de [)etits suoirs semblables ceux des Acintes, suoirs l'aide desquels ils peuvent se lixer des corps trangers pour les sucer. Nous avouons ue pouvoir partager les doutes de M Stein, sans contester cependant l'exactitude des observations sur lesquelles ils reposent. Nous avons nous-mme constat , comme les observateurs qui nous ont prcds (MM. Focke, Cohn, Stein), l'existence des petits filaments, termins par un bouton, qui s'lvent sur la surface des embryons du Paramniuni Bursaria, et bien que nous n'ayons pas vu ces embryons faire usage de ces filaments comme de suoirs, nous sommes volontiers disposs croire qu'ils fonctionnent comme tels. Les embryons de Stylouychia et d'Urostyla, que M. Stein a dcrits en 1856 et 1859, ceux de la Nassula elegans, que M. Cohn a fait connatre en 18S7 (Zeitschrift f. wiss. Zool. IX, p. Ii3), ont tous les caractres de notre Sphrophrya pusilla (V. tudes, Tome Ii", p. 085, et Tome II, PI. I, fig. M et 12), tellement que nous ne sommes pas loigns de croire que cette Sphro- phrya tait l'embryon d'une Oxy trique (PI. I, lig. H), abondante dans la mme eau. Il est vrai que nous avons vu plusieurs fois ces Spha;rophrya s'accrocher des Oxytriques passant prs d'elles et se laisser emporter par elles pour les sucer; mais il n'y a rien d'impossible ce que les enfants sucent la mre. Toutefois tout cela ne prouve point que les Acintiniens ne soient point ues tres indpendants; il en rsulte seulement qu'ils sont un type infrieur de la classe des infusoires, et (pie certains types suprieurs prsentent, durant la priode embryonnaire, quelques carac- tres qui les en rapprochent. Du fait que divers arthropodes se rapprochent certains gards, durant leur jeune ge, du type des vers, on n'oserait conclure que les vers ne sont pas des individus indpendants. D'une part, ni nous, ni M. Stein (il le reconnat lui-mme maintenant), ni M. d'Udekem, sur les observations duquel nous reviendrons ail- leurs, ni personne d'autre, n'a vu de Vorticellines se transformer en Acintiniens; d'autre part, nous voyons tous les jours se multiplier les exemples d'embryons d'Acintiniens devenant des Acintiniens, sans qu'on ait cit un seul exemple d'une Acinte qui se soit transforme en quelque autre iufusoirc. En face de "ces faits, n'est-ce pas vouloir nager pleine voile dans l'a priori et mme l'improbable que de refuser aux Acintiniens une existence indpen- dante? Il est vrai ([ue M. Stein admet maintenant que les embryons acintiformes des Paramecium se dveloppent en Podophryes aprs s'tre fixs quelque part; si bien que les Podopluyes, aprs avoir d rentrer dans le cycle d'vo- lution des Vorticellines, s'en trouvent arT'achces pour tre transplantes dans celui des Paramecium. A cette nouvelle k ET LES RHIZOPODES. 107 Il no u S reste maintenant montrer quel est le vritable cycle de dveloppement des Acintiniens et des Vorlicellines. C'est ce que nous prendrons tche de faire dans les pages qui suivent. thorie, nous objecterons les observations rcentes de M. Balbiani {Journal de la Physiologie, 1858, p. 3i7), qui a pu suivre ces embryons assez longtemps, aprs qu'ils se furent dtachs du corps maternel, et se convaincre qu'aprs avoir perdu leurs suoirs, s'tre entours de cils vibraliles et avoir obtenu une bouche qui commence se montrer sous la forme d'un sillon longitudinal, ils revtent dfinitivement la forme de la mre, sans a\oir subi de plus pro- fondes mtamorphoses. M. Stein nous a montr l'abngation scientifique du vritable savant, de l'observateur scrupuleux, en abandonnant sa premire thorie de la reproduction par phases acintiformes, ds qu'il a reconnu le peu de solidit des bases sur lesquelles il l'avait tablie. Nous ne doutons pas qu'il n'abandonne de mme un jour la seconde. (Note de 1860). I 408 TUDES SUR LES liNFUSOIRES REPRODUCTION DES ACINETINIENS. (PODOPHRYA, ACIIVETA, DElVDROiiOIVIA. il. PODOPHRYA CYCLOPUM. Cette espce, dcouverte d'abord par M. Stein, est extrmement abondante, surtout au printemps, sur le Cyclope des tangs {Cyclops quadricornis) . On peut la rencontrer sur toutes les parties du corps de ce crustac; mais elle semble rechercher avant tout les places o elle est le plus l'abri des injures extrieures. C'est ainsi qu'on la trouve de prfrence entre les pattes du Cyclope ou la base des antennes. Il n'est pas rare non plus de la trouver entre les appendices penns qui ornent la partie postrieure de l'animal. Elle est ordinairement dans la socit de VEpistylis digitalis , cet autre parasite du Cyclope, dontRsel avait dj constat la prsence sur ce crustac. Cette Podophrya (PI. II, fig. 5) prsente un corps globuleux, ou plutt oviforme, aminci vers le bas. Sa partie suprieure est parfois arrondie (fig. 2) ; parfois aussi elle est munie de deux, trois ou quatre bosses qui laissent entre elles une dpression (fig. 5). C'est de cette partie suprieure que partent les suoirs. Ceux-ci sont d'ordinaire runis en plusieurs faisceaux, dont chacun est implant sur l'une des bosses en question. Il rsulte de l une grande ressemblance de forme avec la Podophrya quadripartita dont ET LES RHIZOPODES. 109 nous aurons parler plus loin ; mais elle s'en distingue cependant facilement par la brivet de son pdicule. Celui-ci dpasse en effet rarement le tiers de la longueur totale de l'animal, tandis qu'il est fort long chez la Podophrya quadripartita, dont il atteint parfois jusqu' trois ou quatre fois la longueur totale. Nous avons toujours vu le corps de cette Podophrya rendu tout fait opaque par l'accumulation dans son intrieur de particules ou gouttelettes qui faisaient songer une mulsion olagineuse. M. Stein parat, lui aussi, avoir toujours trouv cette mme apparence . Parfois, lorsque la partie suprieure est simplement arrondie et non bossele, les suoirs sont disperss sur toute la surface sans former de faisceaux (fig. 6). Au travers de la substance apparence olagineuse, on voit percer, lorsqu'on observe avec atten- tion, les contours mal dfinis d'un nuclus ovale, noy dans le parenchyme de l'animal. Une vsicule contractile est toujours prsente. M. Stein prtend avoir toujours trouv une immobilit complte dans cette Podo- phrya et semble vouloir lui dnier toute espce de mouvement actif. Mais nous avons vu son corps se contracter, au point de se rider assez profondment sa surface, et les suoirs s'agiter d'une manire fort marque. C'est dans cette espce que M. Stein a vu pour la premire fois l'embryon d'un Acintinien. Lorsque je voulus, dit-il', dterminer la forme exacte du nuclus, j'aperus avec tonnement la place de celui-ci, dans la partie antrieure de l'animal, un corps peu prs cylindrique, arrondi, soit en avant, soit en arrire, et assez pro- fondment trangl dans son milieu. Ce corps tournait avec assez de vitesse au milieu de la substance qui remplissait le corps de l'Acinte. Au bout de fort peu de temps, il tait parvenu s'avancer jusqu' la paroi antrieure du corps de l'Acintinien, et il se mit presser avec tant d'nergie contre celle-ci, qu'elle finit par rompre. A peine un tiers de l'animal tait-il sorti par cette ouverture, que je le vis mettre tout coup en jeu une ceinture de cils vibratiles que je n'avais ;o)u distinguer jusqu'alors. Quelques coups de ces cils suffirent pour mettre l'embryori en libert, tandis que la dchirure du corps de l'Acinte se referma sans laisser de blessure. 1. Loe. cit., |>. .')3. '[\{) TUDES SUR LES INFUSOIRES Nos observations sur la Podophrya Cydopim concordent avec celles de M. Stein. Seulement, tandis que ce savant n'a observ que des embryons excessivement petits, quivalant peine peut-tre 1/10 de la masse de l'animal-parent, nous avons vu presque constamment de gros embryons, qui souvent n'taient pas infrieurs en taille la moiti du corps de l'organisme-parent. C'est du reste l, ainsi que" nous le ver- rons chez d'autres espces, un fait sans grande importance. L'embryon possde dj un nuclus et une vsicule contractile. Une fois mme nous avons trouv ce dernier organe double (PI. II, fig. 6), l'une des vsicules tant au-dessus de la ceinture de cils vibratiles, tandis que l'autre, beaucoup plus petite que la premire, se trouvait au- dessous. Une fois nous avons remarqu qu'aprs la sortie d'un embryon par une dchirure de l'organisme-parent, le nuclus, qui tait d'abord simple et unique, se partagea en deux. Il est fort probable, comme le montrera la suite de nos observations, que cette division spontane du nuclus n'tait que le prlude de la formation d'un embryon nou- veau. Nous ne pmes toutefois poursuivre cette Podophrya jusqu'au moment oi l'une des parties du nuclus dt prendre les caractres d'un nouvel embryon. Sur les racines del Lenina minor, nous trouvmes plusieurs fois, et en grande abon- dance, des Podophrya (PI. II, fig. 7, 8 et 9), que nous crmes d'abord appartenir l'espce que M. Stein a dsigne sous le nom 'Acinte de la lentille d'eau (Acinete der Wasserlinse). Mais en les comparant attentivement avec la Podophrija Cyclopmn, nous sommes convaincu qu'elles concordertt parfaitement avec cette dernire, de sorte que nous les considrons comme identiques. Parmi ces Podophrya , les unes n'avaient qu'une seule vsicule contractile, tandis que d'autres en avaient deux. Les embryons de ces dernires avaient galement deux vsicules contractiles, comme leurs parents. Par contre, les individus, beaucoup plus rares, qui n'en avaient qu'une, renfermaient des embryons munis comme eux d'une seule vsicule contractile. Nous avons vu trs-frquemment l'acte de la parturition. Une fois mme l'embryon avait contract une adhrence intime avec la paroi interne de la cavit qui le renfermait dans son parent, et lorsqu'il fut mis au monde, il en rsulta une procidence de cette i ET LES RinZOPODES. iH membrane paroi (V. PI. 11^ fig. 8), ensuite de laquelle le corps de la Podophrya s'affaissa considrablement. Nous emes plusieurs fois l'occasion de poursuivre jusqu'au bout le dveloppement des embryons de ces Podophrya. Afin de pouvoir faire nos observations avec plus de sret, nous choisissions une Podophrya renfermant un embryon qui se livrait dj a un mouvement de rotation trs-anim , et nous la placions dans une goutte d'eau , aprs nous tre assur que celle-ci ne renfermait ni Acintinien, ni Vorticellien, ni embryon d'Acintinien. Nous vmes ainsi plusieurs fois l'embryon quitter le corps de son parent, et h l'aide d'un faible grossissement, nous pmes poursuivre, sans trop de difficult, ses mouvements saccads et rapides. Une fois, au bout d'une demi-heure, nous vmes ses mouvements devenir plus lents. Bientt il devint parfaitement immobile; sa ceinture de cils disparut, et peu de temps aprs , il tendit assez rapidement plusieurs suoirs au dehors. L'embryon tait devenu une Podophrya semblable son parent. Quelques autres essais furent plus difficiles , quant l'excution , parce que les embryons nageaient avfec nergie pendant prs de deux heures avant de passer l'tat de repos. Notre figure 40 (PI. II) reprsente un embryon muni de deux vsicules con- tractiles, que nous voyons (fig. 9) quitter le corps de son parent. La figure 11 repr- sente le mme embryon au moment o il fait saillir ses suoirs. Enfin dans la figure 13, nous voyons une jeune Podophrya, munie d'une vsicule contractile, qui est issue de la mtamorphose de l'embryon de la figure 1^^. M. Cienkowsky ' a fait connatre quelques observations qui ont probablement rap- port la mme Podophrya qui nous occupe maintenant. Lui aussi a vu quelquefois un embryon engendr par une Podophrya se transformer de nouveau en Podophrya". 1. Bulletins de la classe physico-mathmatiquo de l'Acadmie de St-Ptersbourg, 1855. 2. Chez \aPodophryafixu, chez laquelle M.CiekowsUy a galeineiil observ la formation d'eHibi'yous,eesavaiit a vu se former un kyste des plus intressants. Ce kyste, qui nous est du reste bien connu, prsente des plis circulaires trs- rguliers, et a t dcrit par M. Weissc (Bulletins de la classe physico-mathmatique de l'Acad. de St-Ptersbourg, 1845, Tome V, p. 223) comme un infusoire particulier, sous le nom d'OrcuJa Trochus. M. Stein, qui a galement rencontr ces kystes, a suppos qu'ils appartenaient la Vorlicella microsloma . Ce ne serait, suivant lui, qu'une modification pathologique des kystes de ce cette Vorticelline. Il a pris, comme M. Cienkowsky l'a montr, le moment o la Podophrya fixa commence former son kyste pour celui o le kyste de Yoilicelle devient une Podophrya. Or, comme l'opinion de M. Cienkowsky, qui voit dans VOnula Trochus un kyste de Podophrya fixa, repose sur une observation directe et continue de tout le phnomne d'enkystcment, l'hypothse de M. Stein sur le passage des kystes de la VorticeUa microsloma l'ial de Podophrya fixa se tion\e prive de toute base solide. d15 TUDES SUR LES INFUSOIRES Des mesures prises sur des individus appartenant la Podop/mja Ci/clopum, et trouvs sur des racines de Lemna minor, nous ont donn les rsultats suivants : Longueur et largeur des adultes 0""'', 05 Longueur de l'embryon l'tat de libert. 0, 03 Largeur 0, 013 Largeur de la toute jeune Podophrya 0, 017 Longueur du pdicule 0, 013 B. PODOPHRYA CARCHESII. Le 2 dcembre 1855, nous avions t puiser un verre plein de Callitriches dans un tang du parc de Berlin, bien que ce bassin ft dj peu prs compltement revtu d'une couche de glace assez paisse. Les feuilles et les tiges de la plante taient recou- vertes d'une masse norme de Carchesium polypimim qui avaient fix l leur rsidence. La colonie se composait, en majeure partie, d'individus isols, et ceux-ci atteignaient, pour des Carchesium polypimim ^ une taille vraiment surprenante. Outre cette gracieuse Vorticelline, nous trouvmes sur les feuilles de Callitriche plusieurs autres espces appartenant la mme famille, doues de pdicules contractiles, en particulier la Vor- ticclla Campamda , tandis qu'une foule d'autres infusoires s'agitaient l'entour. Nous ne mentionnerons parmi ceux - ci que de magnifiques exemplaires du Trachelius Ovum et de la Lacrymaria Olor, quelques individus appartenant au Paramecium Bur- saria, les uns colors par de la chlorophylle, les autres non, puis des Pleuronema Chrysalis, des Paramecium Aurlia, des Glaiicoma sciutillans, des Euplotes Patella, des Stylonychia pustulata, des Stentor polymorphus, etc. Ceci soit dit en passant pour prouver que la vie infusorielle ne s'teint point avec l'arrire-saison et que quelques ET LES RHIZOI'ODES. \iS espces du moins monlrent cette poque de l'anne un dveloppement considrable et une grande fcondit. Sur les familles de Carchesium, o nous n'avions jusqu'alors, l'exception d'une fois ' , jamais trouv de parasites, et qui semblent en effet, vu la grande contrac- tilit de leur pdicelle, devoir rester l'abri d'htes incommodes, sur ces familles, disons-nous, nous trouvmes une espce d'Acintinien jusqu'alors inconnue. Ce serait donc l, d'aprs M. Stein, l'tat acintiforme du Carchesium polypinwn. Aussi, en mmoire de la clbre thorie de ce savant, et en considration de ce que nous n'avons trouv jusqu'ici ce parasite que sur des Carchesium, nous lui avons donn le nom de Podophnja Carckesii. Ces Podophrya atteignaient une taille peu prs gale la moiti de la longueur des Carchesium sur les pdicules desquels elles avaient fix leur demeure. Quelques-unes n'atteignaient pas mme une taille gale la moiti du dia- mtre de l'organe vibratile de ces Vorticellines. A l'aide d'un pdicule (V. Pi. IV,fig. 6, 7 et 8) court et pais, qui paraissait tre form par une simple prolongation des tgu- ments, elles taient fixes sur les pdicules, bien plus gros, des Carchesium. Il n'est pas besoin d'ajouter que les pdicules des Podophrya ne possdaient pas la moindre trace de la contractilit qui caractrise ces derniers. Le corps avait la forme d'un ovode allong, dont la pointe tait dirige vers le bas, et il se distinguait immdia- tement de la Podophrya des Cyclopes et des lentilles d'eau par le fait qu'un faisceau de suoirs peu dense naissait toujours d'un seul ct de l'animal, ct que nous dsignerons par suite comme tant le ct ventral. En raison de cette circonstance, ces Podophrya paraissent tre munies d'une espce de bosse qui atteint surtout un dveloppement fort grand chez les individus renfermant un embryon. C'est cette place qu'a lieu la dchi- rure par laquelle ce dernier quitte le corps de son parent. Le corps de ces Podophrya est d'un gris ple. Leur aspect varie du reste beaucoup, comme cela se comprend, sui- vant la masse de nourriture qu'elles ont prises. Elles cherchent frquemment leur pture dans ces Carchesium que, dans la thorie de M. Stein, on serait coup sr tent de considrer comme des membres de leur propre famille. Dans l'intrieur de la bosse, se trouve une assez grosse vsicule contractile, et peu prs vers le milieu du i. Nous en toucherons quelques mots plus loin propos des kystes de VEpislylis pUcatilis. 15 'H 4 TUDES SUR LES INFUSOIRES corps, le nuclus gros et granuleux.. Chez un individu, nous vmes ce dernier organe comme partag en deux par un tranglement. C'tait l probablement, comme nos observations sur d'autres infusoires le rendront tout fait vraisemblable, le premier indice de la formation d'un embryon*. Le corps (nous ne parlons pas du pdicule) de cette Podophrya est trs-contractile : il se resserre souvent en produisant de profondes rides sa surface, et change parfois subitement de forme par une contraction vive. Les suoirs, dont la longueur atteint en gnral une fois et demie celle du corps, ne sont que trs-faiblement renfls leur extrmit et s'agitent vivement en sens divers. Chez plus de la moiti de nos Podophrya, l'on voyait un embryon contenu dans la bosse dj mentionne. Il dpassait en grosseur le nuclus plac ct de lui (PI. IV, fig. 6). Tel tait du moins le cas dans tous ceux de ces corps chez lesquels on reconnaissait avec vidence les caractres d'un embryon, c'est--dire dans tous ceux qui possdaient dj une vsicule contractile et un nuclus, et qui taient dj susceptibles de se mouvoir. D'autres, qui taient peut-tre issus seulement depuis quelque temps d'une division du nuclus, et qui n'taient pas encore bien caractriss en tant que jeunes individus, ne dpassaient pas la grosseur de ce nuclus lui-mme. Lorsque les embryons s'taient retourns pendant longtemps dans la cavit qui les renfermait, le sommet de la bosse se dchirait, et les jeunes individus commenaient se faiie voir par l'ouverture. Ds que la couronne ciliaire dont est muni chaque embryon arrivait au dehors, celui-ci s'aidait de ses vibrations , et l'accouchement tait bientt termin. Les Podophrya conservaient leurs suoirs tendus pendant toute la dure de l'opration. , L'embryon, une fois n, se distingue, au premier coup d'il, de. ceux des espces voisines. Ces derniers (par exemple celui de la Podophrya Cijclopum) possdent bien en effet une ceinture ciliaire, mais ils sont cylindriques, tandis que les embryons de la Podophrya Carchesii sont discodaux, ou, pour parler plus exactement, ont la forme d'une calotte (PI. IV, fig. 9 et 10). Le ct qui est situ en avant de la ceinture ciliaire est en effet plane ou mme quelque peu concave, tandis que le ct oppos est lg- rement vot. L'embryon possde naturellement, comme son parent, une vsicule con- I . Nous avons dj mentionn un fail .inalogue propos de la Podophrya Cycloputn. t ET LES nHIZOPODES. H5 tractile. Ses mouvements ne sont pas trs-rapides, et semblent toujours comme chan- celants, si bien qu'il nous fut facile d'en poursuivre un pendant longtemps, mme un grossissement de 300 diamtres. Cette poursuite dura une demi-heure, mais malheu- reusement au bout de ce temps, l'embryon devint plus lent dans ses mouvements, et ne tarda pas prir, de sorte qu'il ne nous fut pas possible d'observer ses mtamorphoses subsquentes. Des mesures micromlriques nous on donn, pour la Podophrija Carchesii, les rsultats suivants : Longueur du corps 0'"\026 0,07 Longueur du pdicule 0,013 Embryon vu de face 0,035 Embryon mesur d'avant en arrire 0,018 Il peut paratre intressant, comme contre-partie des dductions que M. Stein base sur la taille des Acintiniens et des Vorticellines qu'il leur rapporte, de comparer (cf. fig. 11) les dimensions des normes Carchesium sur lesquels se trouvaient ces Podophryes avec celles de ces Podophryes elles-mmes. Longueur du corps des Carchesium . 0''",109 Largeur maximum 0, 09 paisseur du pdoncule en dessous de la base du corps. 0, 017 140 TUDES SUR LES INFUSOIRES C. PODOPHRYA QUADRIPARTITA. Cette espce fut d'abord dcouverte par Baker', puis retrouve par M. Stein sur VEpistijlis plicalilis, dont ce dernier crut qu'elle tait une phase de dveloppement. M. Weisse'" l'a aussi observe, en la nommant Acineta ttiberosa, par suite d'une con- fusion avec VAcmela (Podophrija) tuberosa de M. Ehrenberg, espce toute diffrente qui vit exclusivement dans les eaux de la mer \ Il n'est pas rare de rencontrer des familles d'Epislylis qui portent ce parasite en nombre vraiment incroyable. Il se fixe tantt sur le tronc commun de l'arbre pisty- lien, tantt sur les branches, mais toujours une place o, dans le type d'dification des Epistylis, on ne dviait pas trouver d'individu. Le corps de la Podophnja qvadri- partita est tantt une espce de pyramide renverse, tantt un ovode renvers, port par un pdicule de longueur variable. M. Stein dit que ce pdicule atteint parfois une longueur gale deux fois celle du corps de rai]imal. Nous l'avons vu souvent trois ou quatre fois aussi long. Il est pourvu de stries longitudinales, peu prs comme le pdicule de l'Epistylis, mais, en revanche, il est considrablement plus mince. Le sommet de cette Podophrya forme en gnral une surface quadrangulaire, chaque angle de laquelle s'lve un mamelon arrondi (V. PI. III, flg. 4), sur lequel sont implants des suoirs. Ceux-ci sont relativement peu longs, dpassant rarement une 1. Baker: The microscope niade easy. Cf. Beitrage um niUzIichen imd vergngenden Gebraueh des Mikros- kopes. Augsburg, 1734, p. 4i2, PI. XIII, fig. X-XII. 2. Bulletins de la classe pbysico-niatlimalique de l'Acadmie de St-Ptersbourg, IV, 18i3, p. U5. 5. La Podophrya quadripartila est cependant bien la vraie Vorlicclla iuhvrosa d'O. F. Mueller. M. Ehrenberg, qui parat n'avoir jamais observ la Podophrya quadripartila, rapporte la Vorticella tuberosa Mll. i une Podo- phrya marine fort commune, qu'il a baptise en consquence du nom A' Acineta tuberosa. Cependant 0. F. Mller dit expressment qu'il a trouv cette espce in paludo.io et non dans la mer. Voy. Animalcula infusoria lluviatilia et marina, p. 508, PI. XLIV, fig. 8 et 'J. ET LES RniZOPODES. HT fois, ou tout au plus une fois et demie la longueur de l'animal. La forme du corps est du reste extrmement variable; parfois il n'y a que trois bosses portant des suoirs, parfois seulement deux, ou mme une seule. Souvent aussi l'on ne voit pas d'ingalits la surface dn corps, et des faisceaux de suoirs, dont le nombre varie de deux quatre, s'lvent au-de=sus des tguments une place qui ne se distingue du reste par rien de particulier. Quelquefois le corps est, trs bizarrement contract, offrant des bosselures irrgulires et de profonds sillons. Ces diffrences dpendent surtout de la quantit de nourriture qu'a prise l'animal et de la prsence ou de l'absence d'un embryon dans l'intrieur de son corps. Une vsicule contractile est toujours prsente, mais sa situation est variable suivant les individus. 11 n'est pas rare du reste d'en trouver deux au lieu d'une, et parfois, mais plus rarement, jusqu' trois. Le nuclus est ovale, allong, et prsente toujouis une apparence granuleuse trs- nettement prononce, apparence qu'on reconnat dj dans le nuclus des embryons. M. Stein n'a pas remarqu ce fait, et dit avoir trouv des nuclus recourbs fai- ' sant ses yeux un passage au nuclus en forme de bande contourne des Epistylis. Il est probable que M. Stein a vu dans ce cas des nuclus trangls dans leur milieu, ce qui est un prlude de la division de l'organe, un acheminement vers la formation d'un embryon. Nous avons reconnu chez la Podophrija qiiadripartita trois modes de propagation : D'abord une reproduction par bourgeons, fait intressant, puisque les gemmes ex- ternes, proprement dites, n'taient connues jusqu'ici, parmi les infusoires, que chez les Vorticellines et le Drndrosoma radians Ehr. Nous avons trouv une fois la base d'une Podophrya quadripartita [Y. PI. VI, fig. 1) un processus allong, recourb et muni d'une vsicule contractile. Ce processus, dans lequel nous n'avons pu reconnatre de nuclus, prsentait dj quelques suoirs fort courts. Nous n'avons pu malheureusement le poursuivre jusqu'au moment de sa sparation de l'organisme-parent. C'est le seul cas de gemmation observ jusqu'ici chez une Podophrya, et nous n'osons affirmer que ce ne soit pas un phnomne anormal. En second lieu nous avons constat la formation de gros embryons internes. M. Stein n'avait pascoftnu les embryons de celte espce. Le jeune individu, qui se forme isol- ment, est log dans une grande cavit situe au-dessus du nuclus de l'animal parent. as TUDES SUR LES I.NFUSOIRES Il atteint des proportions vraiment normes avant d'tre mis au monde. Chez une Po- doplirya dont la longueur tait de 0"^'",08, nous avons trouv un embryon long de 0"', 057, et lorsqu'on considre que la position de cet embryon est ordinairement transversale et que la Podophrya est moins large que longue , on voit que la cavit embryopare occupait peu prs toute la largeur de l'animal. Dans un autre cas oi^ nous avons malheureusement nglig de prendre des mesures micromtriques, la taille de l'em- bryon se rapprochait encore plus de celle de son parent (V. PI. III, fig. 7 et 8). L'em- bryon tait, contre la rgle, dans une position longitudinale, son axe tant dans la mme ligne que l'axe du parent. Le rapport de l'axe du premier celui du second pouvait tre celui de 7 9, ou mme de 4 5. Cette Podophrya offrait encore ceci d'anormal qu'elle possdait deux vsicules contractiles au lieu d'une. L'une d'elle tait repousse tout fait vers le bas, de mme que le nuclus, par l'norme embryon. Ce dernier pos- sdait galement deux vsicules contractiles (fig. 7) ; de sorte qu'on peut se demander si ce n'tait pas l une anomalie hrditaire '. L'embryon se tournait avec beaucoup de vhmence autour de son axe. Le corps du parent, de son ct, se contractait violem- ment comme pour tenter de se dbarrasser de cette progniture incommode. .\ chaque conti'action , les suoirs, dirigs d'abord vers le haut, s'abaissaient nergiquement comme des leviers dont l'hypomochlion aurait t au point d'insertion des suoirs. L'embryon se trouva dans le fait pouss en avant par ces mouvements, et l'on vit une partie du corps du parent former alors une espce de hernie (fig. 8) la partie suprieure. Enfin une contraction plus nergique que les autres fit dchirer cette partie suprieure, l'embryon sortit lentement, dploya au dehors sa ceinture de cils vibratiles, et s'loigna bientt grande vitesse. Il est peu probable, ce nous semble, qu'aprs une parturition aussi laborieuse, qui entrane la perte de plus de la moiti de la substance du parent, celui-ci passe immdiatement la formation d'un nouvel embryon. Une seconde opration semblable le rduirait nant. Il est probable que ce parent, qui, (. Nous avons dj vu que les individus de la Podophrya Cyclopum, qui ont une seule vsicule contiaclile, produisent d'ordinaire des embryons une seule vsicule, tandis que ceux qui en ont deux, doinient le jour des embryons qui en ont galement deux. U est intressant de retrouver ces phnomnes d'anomalies hrditaires jusque chez les infusoires \ Depuis lors nous avons trouv des colonies entires de Podophrya quadriparliia i\u\, au lieu d'une seule vsi- cule contractile, en possdaient quatre et mme six. (Sole de 4860). ET LES RHIZOPODES. HQ immdiatement aprs sa dlivrance, a l'air assez misrable, et reste compltement affaiss sur lui-mme, ne tarde pas sucer tout ce que ses tentacules peuvent atteindre pour rparer une pareille perte, et ce n'est sans doute qu"aprs avoir atteint de rechef ses dimensions piimitives, qu'il continue l'uvre de la multiplication en formant un nouvel embryon. L'embryon de la Podophnja qnadripartita ressemble celui de beaucoup d'autres Acintiniens : c'est un corps ovode trangl dans son milieu, ou bien un peu plus prs de l'une de ses extrmits que de l'autre. Il est pourvu d'un nuclus ovale, dj granu- leux, comme celui de son parent et de sa ou de ses vsicules contractiles. Dans le sillon circulaire produit par l'tranglement se trouve une ceinture de cils locomoteurs, com- pose de plusieurs ranges de cils superposs. (V. PI. III, fig. 4). Il est intressant de mentionner ici que nous avons russi constater le passage de l'embryon de la P. qnadripartita l'tat de Podopbrya, tandis que, suivant la thorie de M. Slein, cet embryon devrait se transformei' en Epistylis plicatilis. C'tait un em- bryon assez gros, qui, comme d'ordinaire, occupait dans son parent une position trans- versale. (V. PI. III, fig. 2). Les suoirs de ce dernier taient peu prs tous rtracts, et l'animal finit mme par rtracter compltement ceux qu'on apercevait encore, comme cela arrive souvent chez les Acintiniens dans le moment qui prcde la dlivrance. M vint un moment (c'tait en juillet, H h. 5 m. du matin) oi l'embryon se retourna et adopta une position longitudinale. En mme temps la partie antrieure du parent se dchira, et le jeune individu commena a faire lentement son entre dans le monde. Il s'arrta quelques instants moiti chemin (PI. III, fig. 3), ce qui nous permit d'adapter rapidement un faible grossissement notre microscope. Bientt, la ceinture de cils vibratiles tant devenue libre, l'embryon se trouva en un instant hors de la cavit de son parent (PI. III, fig. 4), dont l'ouverture se referma et les parois s'alaissrent. Tout coup il partit comme la fiche, si bien que c'tait tout un travail que de suivre ses volutions. Heureusement cette priode de natation surexcite ne dura pas longtemps : dj au bout de cinq six minutes, nous vmes le jeune animal ralentir ses mouve- ments, en s'arrtant volontiers sur les pdoncules d'Epistylis. Ces temps d'arrt taient cependant fort courts; l'animal reprenait bientt sa course vagabonde, la place ne lui convenant probablement pas. Enfin il choisit un pdicule d'Epistylis, sur lequel nous le 120 TUDES SUR LES INFUSOIRES vmes passer un tat de repos plus permanent. Ne voyant au bout de quelques minuies plus de mouvements chez lui, nous changemes notre systme objectif contre un gros- sissement plus fort. Nous reconnmes alors que l'embryon, tout en olrant sa forme primitive, avait dj perdu sa ceinture vibratile. Par contre, des suoirs trs-courts, mais dj munis de leurs ventouses, faisaient saillie en deux points. (V. PI. III, fig. 5). Il n'est gure possible d'admettre que ces organes se fussent forms aussi rapidement. Il est au contraire fort probable qu'ils prexistaient la priode de natation. Le jeune embryon parat donc tre dj dans l'intrieur de son parent une Podophrya toute forme , seulement ses suoirs restent rtracts pendant la priode o il est muni de la ceintuie vibratile. C'est l quelque chose d'analogue ce que nous voyons chez les Vorticellines, o le pristome reste galement contract aussi longtemps que l'animal jouit d'une couronne de cils postrieure. La jeune Podophrya commena aussitt scrter un pdicule, et son corps se trouvant par suite loign du pdicule de l'Epis- tylis, on put voir le point par lequel elle tait fixe sur celui-ci. La scrtion de ce pdicule s'excute avec une rapidit rellement surprenante. L'embryon avait pass, di h. 42 m. environ, l'tat de repos. Le mme jour, 4 h. de l'aprs midi, son pdicule tait dj une fois et demie aussi long que son coips. (V. PI. III, fig. 6). On voit par l que l'embryon d'un Acintinien n'est point une Vorticelline contracte comme M. Stein se l'est figur. Il est bien et dment un Acintinien et n'a qu'une lgre mtamorphose subir pour devenir semblable son parent, savoir la perte de la ceinture ciliaire provisoire et, dans les espces pdicelles, la scrtion d'un pdicule. La perte de la ceinture vibratile a lieu au bout d'un temps plus ou moins long suivant les individus. Cela dpend probablement aussi beaucoup des circonstances extrieures. Un embryon qui trouve de suite des conditions favorables son dveloppement, passe sans doute plus rapidement qu'un autre l'tat de repos. Nous avons maintenant quelques mots dire du troisime mode de propagation, ou reproduction par embryons multiples. Nous emes une fois l'occasion d'observer une Podophrya quadripartila qui contenait non pas un seul embryon, mais un grand nombre. Ces embryons taient fort petits. Dans un organe ple (V. PI. III, fig 41), ressemblant au nuclus d'un Paramecium Barsaria renfermant un embryon, on dis- tinguait un giand nombre de segments, les uns ronds, les autres ovales. Les uns ET LES RHIZOPODES. | 21 renfermaient dj une vsicule contractile, les autres n'en laissaient point encore aper- cevoir. Il tait facile de reconnatre dans quelques-uns de ces segments une cavit renfermant un petit embryon dePodophrya. Le nombre de ces nouveaux germes pouvait aller de 16 24 et nous emes bientt le plaisir de voir une partie d'entre eux quitter-, les uns aprs les autres, le corps du parent. Ils sortirent par le sommet de la Podophrya, entre les quatre faisceaux de suoirs. Abstraction faite de la taille, ils taient parfaite- ment semblables aux embryons ordinaires de cette espce'. Si la production d'embryons chez les infusoires, telle que nous apprendrons la connatre chez un grand nombre de familles, dans la suite de notre exposition, est le rsultat du concours de deux sexes, cette formation d'individus petits et nombreux que nous constaterons aussi ailleurs (Voyez Stentor, Urnula Epistylidis, Paramecium) est des plus intressantes. A la place d'un seul embryon , nous voyons s'en former un grand nombre, dont la somme quivaut en masse un embryon ordinaire. Nous aurons l'oc- !. Durant le printemps, Tl et l'automne 185(i, nons fmes frquemment dans le cas de revoir la Podophrya quadriparlita et d"oliserver diflrents stades de la formation de ses embryons. Ces Aeintiniens taient fixs fort sou- vent, non pas seulement sur les arbres pislyliens, mais directement aussi sur le tt des Paludines. Un grand nombre d'entre eux atteignaient une taille considrable; ainsi par exemple ceux que nous avons reprsents sur la Planche III, qui taient fixs immdiatement sur les Paludines. Il arrivait souvent que les quatre prominences qui portent les faisceaux de su<^oirs av.iient disparu par suite d'un tat de tumfaction du corps de l'animal. .Souvent aussi le corps otait trs-allong, en forme de cne renvers, parfois mme presque cylindrique, mais seulement chez les individus qui ne renfermaient pas d'embryons. Le nombre des vsicules contractiles variait entre 1 et i. 11 tait facile de voir la circulation du chyme dans la cavit du corps, circulation qui devenait parfois extrmement active, surtout au mo- ment de l'expulsion des embryons. L'individu a (PI. III, fig. 10) laisse apercevoir imc division du nuclus en trois parties, division encore en voie de s'oprer. Nous emes souvent l'occasion d'observer la parturilion d'un seul gros embryon. La place laquelle la sortie de celui-ci avait eu lieu se montrait frquemment, et pendant un temps assez long, sous la forme d'un canal conduisant dans l'intrieur de la Podophrya (I)). Une rencontre singulire mrite d'tre consigne ici. Nous trou- vmes une fois un individu (c), dans l'intrieur duquel se voyait une grande cavit renfermant une Podophrya bien dveloppe, munie de son pdoncule et de ses faisceaux de suoirs. Cette Podophrya avait peu prs la taille des gros embryons. Son pdoncule tait recourb; le corps lui-mme semblait comme repli. videmment il faut admettre ici que la naissance de l'embryon avait t empche par une cause ou par une autre, et que celui-ci avait pris la forme d'Acinte dans l'intrieur mme du corps de son parent. Le pdoncule qu'il s'tait form n'ayant pas trouv d'espace suffisant, avait dfi se recourber, si bi-'U que la jeune Podophrya tait replie deux fois sur elle-mme. Nous revmes aussi plusieurs fois la formation simultane d'un grand nombre de petits embryons. Nous avons reprsent un individu (PI. 111, fig 10) renfermant siv corps ples et arrondis (fragments tumfis du nuclus). Quelques- uns de ceux-ci offraient dans leur centre une apparence granuleuse, comme cela a dj t constat chez plusieurs espces et plusieurs genres d'infusoires. Plusieurs d'entre eux renfermaient de petits embryons, dont quelques-uns taient dj munis d'une v,sicule contractile et d'une ceinture de cils. Du reste ces embryons se comportaient par- faitement comme ceux que nous avons dj dcrits plus haut. (Note supplmentaire envoye l'Acadmie au printemps de l'anne 1857). 16 i'i'i TUDES SUR LES INFUSOIRES casion de revenir sur ce fait, lorsque nous parlerons de la production des embryons en gnral. Nous avons encore mentionner le fait que nous avons trouv plusieurs fois la Podophrya quadripartita dans la conjugaison. Celte conjugaison s'oprait parfois de manire ce que l'un des individus ft oblig de prendre une position force sur son pdicule (Voir PI. I, fig. 9). Nous reviendrons plus tard sur ce fait, dans un chapitre particulier que nous consacrerons aux phnomnes de conjugaison. Nous donnons, en terminant, quelques mesures relatives au dveloppement de la Podophrya quadripartita . Longueur moyenne des adultes 0"'"',08 0,iO Longueur d'un embryon ordinaire 0, 03 0,05 Longueur des embryons de la petite varit. . . . 0,01 Diamtre des globules qui les renfermaient. . . . 0,0o7 Diamtre de la Podophrya embryons multiples 0,065 D. PODOPHRYA PYRUM. Sur la fin de l'automne 4854, nous trouvmes, fixe sur des lentilles d'eau (c'tait la Lemna trisulca) une trs-belle espce de Podophrya de grandeur extraordinaire, dont nous fmes assez heureux pour rcolter un grand nombre. Cette Podophrya (V. PI. Il, fig. 1) possde un pdicule large et en gnral assez long. Son corps a la forme d'une ET LES RHIZOPODES. 1 "23 poire; del le nom que nous lui avons donn. Sa couleur est d'un brun gristre. Les vsicules contractiles sont au nombre de deux , places, l'une prcisment au sommet du corps pyriforme, en opposition par consquent avec le point ^l'insertion du pdicule, et l'autre latralement. Les suoirs, munis de ventouses fort apprciables, atteignent une longueur gale au diamtre longitudinal du corps, et sont disposs en trois fais- ceaux, dont l'un se trouve situ sur le sommet de la poire, et les deux autres sur les cts. Un gros nuclus ovale se voit dans la rgion mdiane, toutefois on ne peut en gnral l'apercevoir que vaguement, par suite du peu de transparence de l'animal. Chez deux individus nous trouvmes quatre embryons renferms dans une cavit com- mune, sise au milieu du corps. Ces embryons se livraient dj un mouvement de rotation autour de leur axe et semblaient possder une ceinture de cils autour de leur corps ovale. Cependant nous ne russmes pas les voir quitter le sein du parent. Ces Podophrya offrent un intrt tout particulier par la circonstance que nous obser- vmes une conjugaison de deux individus qui fut suivie de la formation d'embryons. Nous trouvmes un corps arrondi, sans rayons (les suoirs taient retracts) et reposant sur deux pdoncules dont l'un tait plus long que l'autre (V. PI. II, fig. 2). D'un ct l'apparence gnrale de ce corps et le fait qu'il se trouvait en compagnie d'autres Podophrya Pijrum, et de l'autre les observations que nous avions dj' eu l'occasion de faire sur la conjugaison des Acintiniens nous permettaient de conclure hardiment que ce corps tait le rsultat de la conjugaison de deux individus de cette espce. La pr- sence de quatre vsicules contractiles et de deux nuclus venait du reste confirmer cette manire de voir. Il s'tait bien opr, dans ce cas, une fusion de deux individus, en un seul. Le lendemain matin, lorsque nous emes donn de l'eau frache notre individu conjugu, il se contracta vivement sur ses deux pdoncules et tendit au dehors deux faisceaux de suoirs (fig. 3). Voyant cela, nous ajoutmes au liquide une gouttelette d'une eau qui fourmillait de Paramecium, et plusieurs de ceux-ci ne tardrent pas tre saisis par la Podophryaet lui servir de pture. Nousn'avons pu dcider si, ce moment- l, les deux nuclus taient spars ou confondus en un seul. Le soir, un changement des plus remarquables s'tait opr dans notre Podophrya. rsulte de la fusion de deux individus. En effet, on voyait alors dans son intrieur une grande cavit renfermant huit embryons, munis chacun d'une vsicule contractile. i^ii TUDES SUR LES INFUSOIRES Il ne nous fut malheureusement pas possible de poursuivre plus loin cette curieuse observation. Suivent quelques mesures relatives au dveloppement de la Podophrya Pijrum : Longueur du corps. . . 0">\ 149 Largeur maximum. . . 0, 087 Longueur du pdicule. 0, 196 Longueur des embryons 0, 026 0, 035 E. t^ODOPHRYA COTHURNATA. C'est M. Stein que nous devons la plus grande partie de ce que nous savons sur cette belle espce, qu'il nomme VAcinte en diculme (die diademartige Acinete). Il n'en trouva jamais que des exemplaires isols en examinant des racines de Lemna minor recueillies dans le parc de Berlin. C'est dans la mme localit que nous l'avons trouve en abondance extraordinaire pendant l'iiiver de 1854 1855, aussi bien que pendant l'automne prcdent et le printemps qui suivit. Elle tait fixe l'aide de son pdicule court et pais, sur le ct infrieur des tiges discodales de la Lemna miiior, de la L. polyrr/iiza et de la L. trisulca, ainsi que sur des plantes de Callitriche. Le corps de cette Podophrya est disrodal (V. PI. IV, fig.1) aplati, ordinairement ovale ou rnifoime. Le pdicule, ainsi que M. Stein l'a dj fort justement remarqu, ET LES RHIZOPODES. i25 est Stri en long et souvent aussi en large. Le corps de l'animal est entour d'une mem- brane paisse, que M. Slein croit devoir considrer comme une couche glatineuse, analogue un kyste. Les suoirs qui ornent comme une gloire le bord de cette belle et grande Podophrya sont d'ordinaire peu prs de la longueur du corps, parfois deux lois aussi longs. Il ne nous est pas possible de nous ranger l'avis de M. Stein, lorsqu'il dit que les suoirs ne sont pas pourvus d'un boulo^n distinct l'extrmit. Nous avons au contraire toujours trouv ce bouton (la ventouse) bien dvelopp. Il s'largit surtout considrablement lorsque la Podoplirya a saisi, l'aide de quelques-uns de ses suoirs, un autre infusoire et s'occupe le sucer (V. PI. I. lig. 7). Il n'est pas possible d'ob- server lact de cette succion chez un autre Acintinien quelconque mieux que chez cette Podophrya, soit cause de la grosseur et de l'aplatissement de son corps, soit surtout cause de la largeur extraordinaire de ses suoirs, dans lesquels on voit facilement les sucs gianuleux circuler de la pioie au carnassier suceur. Lorsque ces suoirs se rtrac- lent, on remarque souvent chez eux une apparence particulire (V. PI. I, Jig. 7 et PI. IV, fig. 1 et 2), qui tantt parat due ce qu'ils sont courbs en zig-zag', tantt se prsente sous la forme d'une spirale enroule autour d'un axe central, tantt enfin, et c'est probablement l le cas rel, semble n'tre qu'un lsultat du ridement superficiel de l'organe. Prs des boids aplatis se trouve une srie de nombreuses vsicules contractiles. Dans l'intrieur on aperoit facilement un nuclus en forme de fer cheval, parfaite- ment semblable celui de la Podophn/a Ferrum equinum. Ce nuclus a une apparence claire et liomogne, qui le distingue de la masse granuleuse du corps. Il n'est pas rare de le voir mettre une branche tantt l'une de ses extrmits, tantt son centre '. Nous 1. C'est aiiisi que M. Stoiii s'est lepiiisc-iilc la oliose, cuiiiinc sa liecriplioii et ses ligures en loiil loi. M. Weisse rapporte et fimire ipielque (luise de liiul semblable d'une autre Podoplirya , qu'il r.iiige tort dans le genre A(aino- plir>s, sous le nom lrtinoplinjs ovala Weisse. Nous avons eu plusieurs fois l'0(('asion d'observer eette Podophrya "Villa, d'un jaune ple, avec sa peau Irs-uiince, son nuclus rnilorme et plusieurs vsicules contractiles aux deux extrmits de son corps, galement rnifornie. Parfois nous avons vu ses suoirs s'tendre jusqu'au point de dpasser 8 ou 10 fois la longueur du corps, et davantage. Il n'est pas possible d'admettre, ainsi que M. Weisse l'a fait, que ces zig-/..igs des suoirs soient un caractre spcifiqne. Kn elVel, ce phnomne ne se restreint point cette espce, mais se rencontre eliez tous les Aointiniens suoirs rclracliles, el ce n'est dans tous les cas qu'un lat passager de ces organes. 2. M. Stein dit qu'on voit Ir nuclus prendre une lornu- de 1 parla foimaliou d'une branche aci:essoire au |>oint mdian. -126 TUDES SUR LES INFUSOIRES devons nous ranger l'opinion de M. Stein, lorsqu'il pense que ce phnomne a pour but la formation d'un embryon. Seulement nous croyons que dans ce nuclus en T, c'est la ramification formant le tronc mdian qui se transforme en embryon, et non pas la branche horizontale comme le pense M. Stein. Cette manire de voir se base sur le fait, que dans tous les individus qui renferment un embryon, nous avons trouv un nuclus en fer cheval, et que c'est ce fer cheval qui tient lieu de la branche hori- zontale dans la figure en T du nuclus (V. PI. TV, fig. 2). Les figures 4 et 4 de la Planche IV montrent deux Podophrya dont le nuclus s'tait augment d'une manire un peu diffrente. Dans la figure 1 c'est une des extr- mits qui s'est prolonge jusque dans la partie centrale de l'animal. Dans la figure 4 on retrouve le nuclus en T dj dcrit par M. Stein et en outre deux petits appendices. Nous avons rencontr un grand nombre d'exemplaires de la Podophrya cothurnata qui renfermaient chacun un seul embryon. Celui-ci occupait une position transversale dans le corps du parent et couvrait la partie horizontale du nuclus. Souvent on voyait, dj un quart d'heure avant le moment de la parturition une fente se dessiner dans les tguments du parent au-dessus du jeune individu (V. PI. IV, fig. 2) et l'on pouvait voir au travers onduler les cils de ce dernier. \\\ momont o l'embryon quitte la cavit de son parent et se trouve libre au dehors, il se contracte d'une manire toute parti- cuhre. Il en rsulte qu'au premier abord on serait tent de croire chez lui l'exis- tence d'une ouverture buccale (PI. IV, fig. 3). Il est en outre d'ordinaire si peu trans- parent qu'on peut peine distinguer le vsicule contractite et son nuclus. L'embryon de cette Podophrya aprs avoir err quelque temps dans les eaux, se fixe comme celui de \a Podophrya Ctjdopum et de XdiPodophriaquadripartita et devient comme lui semblable son parent, sans jamais se transformer en Vorticelle. Nous devons dire, il est vrai, que nous ne pmes le poursuivre dans toutes ses volutions vagabondes, ni dans sa transformation dfinitive. Mais nous avons eu soin de ne jamais placer (jans une goutelette d'eau pure qu'un seul individu, renfermant un embryon qui se livrait dj des mouvements vidents et, comme au bout de quelques temps, nous retrouvions d'un ct une grosse Podophrya sans embryon, et de l'autre une seconde Podophrya encore toute petite, mais pas trace de Vorticelline, nous pensons avoir bien le droit de conclure de ces faits que la petite Podophrya tait le rsultat d'une mtamor- ET LES RIIIZOPODES. 4^7 phose de l'embryon sorti de la grande. Une fois nous trouvmes la jeune Podophrya fixe immdiatement devant son parent, ce qui permet de supposer qu'elle n'avait peut- tre point men de vie errante'. Nous pouisuivmes un jour un de ces embryons revtus de cils sur toute leur surface pendant prs d'une heure entire. Il finit enfin par passer l'tat de repos sur un fragment d'une tige de Lemna. Obligs de nous absenter pendant un quart d'heure et revenant au bout de ce temps notre microscope, nous trouvmes une jeune Podophrya prcisment la place o nous avions laiss notre embryon cili. La Podophrya avait dj fait saillir quelques suoirs. Nous fmes aussi, plusieurs expriences de cette nature en grand. Pour cela, nous enfermions un certain nombre de Podop/iri/a eothiirnata dans un petit tube de verre, aprs nous tre assurs, aussi exactement que possible, qu'il n'y avait pas de Vorticel- lines dans l'eau, et nous conservions le verre avec soin pendant longtemps. La nour- riture que nous donnions ces Podophrya consistait en infusoires, parmi lesquels nous avions constat l'absence de Vorticellines. Ces expriences nous confirmrent dans notre opinion, qu'il n'y a pas de rapports gntiques entre les Acintiniens et la famille des Vorticellines. En efi'et, dans trois expriences nous trouvmes bien une ou deux Vorticellines dans le tube de verre, mais chaque fois elles appartenaient des espces diffientes, et il est trop facile de laisser passer une Vorticelline inaperue dans l'examen de Teau qu'on emploie, pour qu'on veuille voir dans la prsence de ces ani- maux autre chose qu'un simple accident. De phis, dans d'autres expriences du mme genre, nous ne trouvmes point trace de Vorticellines, pas mme au bout de plusieurs semaines, comme nous nous en assurmes une fois, et nanmoins le nombre de Podo- phrya avait augment visiblement. Quelques mesures relatives la Podophrya cotlmrmta nous ont donn les rsultats suivants : Longueur de l'animal (pdoncule non compris).. 0"',10 Largeur 0, 413 Longueur moyenne des suoirs 0, 179 1. Vovez des exemples de iiilauorphose directe sans passage par mie vie i-rranie sous les chefs Podnphrya l.yngbyi el Aciitfla patul. i<'2i< KTIOKS Sl'H l.KS INRUSOIRES Loiijuour des embryons 0""". OM Largeur des embryons 0, O^' F. PODOPHRYA TKOLD ' Le 17 septembre ISrir, nous trouvmes (ilesu;is, prt-s lie Sartor-Oe, le situe sur les ctes de Norwge, la latitude do Bergen eiiviron, une Podopiirya marine d'assez grosse taille. Klle iMait tixe sur un tVagnieut de Ceramiuni ot pn^senlail une eoulein- d'un gris bruntre. Des suoirs do t'oruie singulire partaiont eu rayonnant de dilYrenls points do la surface. Ils taient long de 0""", 017 environ; leur base, trs- paisse semblait forme par une membrane d'une rsistance notable. Tout ;\ coup ses suoirs s'allongrent et se montrrt'ut sous la forme ordinaire des tentacules do Podo- plirya (V\ IV, lig. 5). Ils taient en gnral un peu plus long que le corps de la Podo- phrya lui-mme. Lorsqu'ils venaient ;\ tre rtracts, l'paisse partie basale continuait faire saillie au dehors et se terminait par une espce de disque largi en assiette (tig. V au centre duquel on pouvait remarquer l'ouverture du canal dont les suoirs sont munis. Cette Podopbrya ne saisissait point les iufnsoires, qui lui servaient de proie, de la mmo manire que les Acintinieus que nous avions observs jusqu'alors. i. l'nWd 01 FroH s.i^ni(\ent, d.ius les laiiijuos scamlhiaves. un moiistro, un firo surnaturel ou encbiinlp. ET LES nHI7.0l"0nES. 129 En eiet, ses suoirs taient susceptibles de sY;larf;ir dnorntKment jusqu'au point rie livrer passage un TlrUinnm danticulatus tout entier, et d'engloutir ainsi cet animal. Deux sueoirs saisirent la fois le Tinlinnus , infusoire relativement fort gros, et l'arrachrent du fond de sa coque (')l(';gamment chagrin(';e. (Chacun de ces suoirs se dilata de manire aspirer l'infortun Tinlinnus, qui, incapable de r/;sister cette double sollicitation, finit par se dchirer. L'une des moitis continua son chemin au travers de l'un des suoirs jusque dans le corps de la Podophrya; l'autre suivit sa route travers le second vers le mme but. L'exemplaire de la Podophri/a Trold, qur; nous emes l'occasion d'observer, tait fix sur un pdicule assez long et assez large. Il contenait deux embryons, dont nous vmes les cils onduler un certain temps dans le sein de leur parent. Ils ne tardrent pas quitter la cavit qui les renfermait, mais ils s'arrtrent sur le corps mrnc de leur parent, oj nous les. vmes agiter leurs cils encore pendant quelques minutes. Cependant ces mouvements devinrent par malheur toujours plus lents, et au bout de peu de temps, les deux embryons avaient pri. Ils taient tous deux replis de manire prsenter une sorte de canal ou gorge. Chacun d'eux possdait une seule vsicule contractile et tait cili sur toute sa surface. Nous avons pris sur la Podophrya Trold les mesures suivantes : Diamtre du corps 0'"'",074 Longueur de la partie renfle la base des suoirs 0, 017 Longueur des suoirs 0, 087 Longueur des embryons. . 0, 054 il 430 TUDES SUR LES INFUSOIRES G. PODOPHRYA LYNGBYI. La Podophrya L)/h^% parat tre trs-abondante dans les mers du Nord. M. Ehren- berg l'a observe dans la Baltique, et nous l'avons retrouve en grande abondance dans le fjord de Christiania, Christiansand, Glesniisholm, sur les ctes de Sartor-Oe et dans le fjord de Bergen. Ce n'est point un caractre essentiel de l'espce que de pr- senter un pdicule aussi pais que celui qui a t figur par M. Ehrenberg. Nous n'en avons mme jamais vu de pareille paisseur. Il est certain que cette Podo- phrya (PI. I , fig. 8) est en gnral munie d'un pdicule de largeur relativement trs-considrable ; mais il n'est pas trs-rare cependant de rencontrer des exemplaires dont le pdicule n'est pas plus pais que celui de VAcineta tuberosa Ehr., sa compagne constante dans la mer du Nord. La Podophrya Lijngbyi possde toujours deux vsi- cules contractiles. Sa couleur est de ce brun jauntre qui caractrise beaucoup d'infu- soires marins, sans tre cependant d'une teinte aussi fonce que VAcineta tuberosa. Les suoirs sont trs-pais et le plus souvent comme mamelonns leur surface, de ma- nire former comme un fragment de rosaire. Cette apparence est due un tat de semi-rtraction. Nous avons rencontr une fois une Podophrya Lyngbyi qui renfermait plusieurs embryons (PI. I, fig. 9). Ceux-ci, au nombre de cinq, taient de grosseurs diff- rentes et munis chacun d'au moins une vsicule contractile. Il ne nous a pas t possible de nous assurer qu'ils en possdassent deux comme leur parent. Nous n'avons malheu- reusement pu pier le moment de la parturition, et nous devons, par consquent, laisser indcis si ces embryons sont cilis sur toute leur surface ou seulement sur une partie de celle-ci. l ET LES RHI20P0DES. jgl Nous avons eu de plus l'occasion d'p ier une Podophnja Ltjngbyi peu de temps aprs que l'expulsion d'un embryon avait eu lieu de son sein. L'embnon paraissait avoir pass immdiatement l'tat de Podophrya devant, ou plutt sur son parent lui-mme. Ce dernier tait affaiss sur lui-mme et semblait ne plus donner de signes de vie. (PI. L fig. iO). Longueur de la Podophrya Lingbyi, 0""", 050. Nous avons rencontr cette Podophi7a aussi bien sur des Algues marines que sur des Campanulaires et des Sertulaires. H. TRICHOPHRYA EPISTYLIDIS. Lorsque nous tions occups tudier Epistijlis pUcatiUs dans l'espoir d'y vrifier les rapports gntiques qui devaient exister entre elle et la Podophrya quaripartita, nous emes l'occasion de dcouvrir un Acintinien dpourvu de pdoncule qui ^^t en parasite sur les arbres d'Epitylis. Le fait que son corps est compltement dpourvu de coque et de pdoncule, semble nous autoriser former pour lui un genre part. Nous l'avons en consquence nomm Trichophrya Epistylidis. Le corps de cet Acintinien est allong et aplati. Il repose en gnral dans toute sa longueur sur le pdicule d'une Epistylis. En divers points de son pourtoiu", points qui sont en nombre variable, suivant les individus, saillissent des faisceaux de suoirs (S. PI. r\', fig. 14 et 15). Les vsicules contractiles sont nombreuses . mais toujours trs-variables quant leur nombre. Lorsque l'animal est \"u par sa face dorsale (fig. 14), 132 TUDES SUR LES INFUSO[RES elles apparaissent toutes sur le bord. Le nuclus est une bande allonge et un peu recourbe en fer cheval (fig. 15). Il a toujours une consistance granuleuse. Les petits exemplaires semblent avoir constamment un nombre de suoirs infrieur celui des gros individus. Il serait donc possible qu' mesure que l'animal crot en longueur, il produise de nouveaux faisceaux de ses organes. Sur la reproduction de cette espce, nous n'avons que fort peu de chose dire, attendu que nous n'avons aperu qu'une seule fois, et cela trs- vaguement (fig. 14), les contours d'un embryon chez un individu rendu tout fait opaque par la rpltion de la cavit digestive. Par contre, cette Podophrya est trs-intressante, en ce qu'elle nous fournit un argument de plus contre la thorie de M. Stein. Nous avons dj relev la faciht un peu prmature avec laquelle ce savant ose conclure une parent entre deux formes par suite de la simple circonstance que ces deux formes, un Acintinien et une Vorticelline se trouvent souvent ensemble. M. Stein aurait certauiement ici tout autant de droit de souponner une parent entre la Trichophrya Epistylidis et VEpistylis plicatilis, qu'entre cette dernire et la Podop/iryu quadriparlita . L'un comme l'autre de ces deux Acintiniens semble en effet mener sa vie de parasite peu prs exclu- sivement sur les arbres d'Epistylis. La longueur maximum de la Trichophrya Epistylidis est de 0"i,24. ET lES RHIZOrODES. ^33 /. AC.INETA MYSTACI.\A. Cette Acineta a t dcrite par M. Ehrenberg dans son grand ouvrage sur les infu- soires. Depuis lors, M. Stein en a donn de trs-bonnes figures et l'a considre comme issue dune mtamorphose de la Cotlmrnia crystallina, ainsi que nous avons dj eu l'occasion d'en faire mention dans un des chapitres prcdents. Le corps de cette Acinte (PI. I, fig. i , 2 et 3) est renferm dans une coque qui a t trs-bien dcrite par M. Stein. Cette coque se rtrcit en arrire de manire former une sorte de pdicule creux et se ferme du ct oppos au moyen d'un certain nombre de plaques triangu- laires, scalnodes, dont les sommets convergent vers le haut. L'Acinte fait saillir ses suoirs au travers des fentes qui subsistent entre ces triangles. Ces organes peuvent s'allonger parfois d'une manire vraiment incroyable. Nous avons vu des cas o ils attei- gnaient 0""",14 de long et davantage, tandis que le corps de l'animal ne dpassait pas Qmm 034 La vsicule contractile et le nuclus arrondi ont t dj observs par M. Stein. UAcineia mystacina remplit, suivant les cas, une partie trs-variable de sa coque. Il n'est pas rare de voir une grande coque, pour ainsi dire vide, ne renfermer qu'un corps excessivement petit. Mais il arrive souvent que cette petite Acinte venant trouver une nourriture abondante dans quelque gros infusoire, double de volume dans l'espace d'une heure et remplisse alors sa coque prcdemment peu prs vide. Nous ne pouvons ajouter que peu de chose aux observations de M. Stein, si ce n'est que nous avons observ trois fois la division spontane de V Acineta mystacina. Ceci est cependant un point digne de remarque, attendu que, si l'on fait exception d'une obsei- vation de M. Cienkowsky relative la Podop/iryu fixa, l'on n'avait pas observ jus- iSi TUDES SUR LES INFUSOIRES qu'ici d'exemple de fissiparit dans la famille des Acintiniens. D'ailleurs cette division Spontane prsente des particularits tout exceptionnelles. Chez une Acinte qui avait mang en abondance , nous remarqumes la prsence d'une seconde vsicule contractile. Bientt un sillon se dessina entre les deux vsicules et ce sillon alla pntrant toujours plus profondment, jusqu'au point d'oprer une divi- sion totale. L'une des moitis se glissa alors entre les deux plaques qui fermaient l'ou- verture de la coque et resta immobile ct de cette coque mme. Elle tendit bientt ses suoirs au dehors. Malheureusement, il se trouvait sur un amas de dbris divers qui rendaient l'observation si difficile qu'il ne nous fut pas permis de dcider si la gemme fissipare {Theihmgs^prssling, dirait ici M. Stein) tait cili sur sa surface ou non. Dans un second cas, nous crmes reconnatre avec certitude des cUs sur toute la surface du corps. Depuis lors nous avons eu l'occasion de constater avec une parfaite certitude que l'une des moitis rsultant de la division est bien rellement munie de cils vibratiles et s'- loigne la nage. C'est l une varit du phnomne de fissiparit qui est des plus int- ressantes. Nous verrons du reste que ce n'est point un fait isol. UUrnuia Epislylidis nous fournira un exemple tout fait analogue. M. Stein a observ de un six petits corps ovales munis chacun d'une vsicule con- tractile, placs sur la coque de VAcineta mystacina et envelopps chacun pour son compte dans une espce de gele. Il les considre comme des embryons qui, de bonne heure, et avant d'tre parvenus maturit, auraient t expulss en dehors de la coque par le parent. Quelques-uns de ces corps ovales montraient d'un ct une fossette dans laquelle paraissait se trouver des cils. Ces animalcules, cilis sur leur surface, s'agi- taient parfois dans leur enveloppe glatineuse. M. Stein a observ galement trois coques d'Acineta mystacina qui, au lieu de contenir un corps d'Acinte avec un nuclus, une vsicule contractile et un contenu granuleux, ne renfermaient plus qu'une enveloppe munie de prolongements en ccum. Cette enveloppe contenait six corps ovales, munis chacun d'une vsicule contractile. Chez deux de ces corps ovales il crut reconnatre un enfoncement cili comme chez ceux qu'il avait observs dans la gele l'extrieur de la coque. Il incline par suite les considrer comme des embryons cihs, rsults d'une division du corps entier, division qui aurait t probablement inau- ET LES RHIZOPODES. 135 gure par une division du nuclus'. M. Stein ayant observ un nuclus d'Acineia mystucina allong et trangl dans son milieu, il est probable que les embryons rsul- tent en etet d'une division du nuclus. Les mesures suivantes ont t prises par nous sur une Acineta myStacina pendant la division spontane : Longueur totale de la coque pdicelle. . . 0""",015 Longueur de la partie ventrue de la coque 0, 06 Largeur maximum de la coque. 0, 056 Diamtre de la gemme fistipare 0, 045 K. ACLNETA PATULA. Sur divers points de la cte de Norwge, soit Christiansand, soit Bergen, soit 'Glesnsesholm prs de Sartor Oe, nous rencontrmes frquemment sur diverses espces d'algues marines et sur des Zostera une trs-jolie espce d'Acinte dont le corps repose sur une espce de coupe , peu prs comme une grosse pomme ou un melon sur une assiette fruits (PI. V, fig. 12 15). La coupe se termine en pointe la partie inf- rieure et cette pointe repose sur un pdicule long et mince qui s'effile lui-mme en pointe vers le haut. Il en rsulte que le point d'union de la coupe et du pdicule est form par une sorte d'hyperbolode deux nappes, ou, si 1 on aime mieux, par deux cnes dis- ). Il s'agit piobablenicnt Ij, coimiie M. Sioin Ta reconnii depuis lors, du dveloppenicnl d'un Cliytridium. (Note rfc IS60). 436 TUDES SUR LES INFUSOIRES poss sommet contre sommet (PI. V, fig. 12-17), peu prs comme dans une horloge de sable. La coupe elle-mme est pins ou moins profonde suivant les cas, et les bords for- ment souvent un lger mplat galement fort variable dans ses dimensions. Le corps de l'Acinte n'est fix qu'au bord mme de la coupe. Le milieu de la face infrieure est libre- ment suspendu au-dessus de la cavit de la coupe ou de l'assiette. Il n'est pas rare de voir le corps se rtrcir immdiatement au-dessus du point d'attache (fig. 44) et dans ce cas il est souvent fort loin d'atteindre en hauteur le diamtre de la partie suprieure de la coupe. C'est probablement l une suite de ce que l'animal a jen pendant longtemps. Par contre il est assez frquent de trouver des individus dont le corps est deux fois aussi haut que le diamtre de la coupe et mme davantage. Dans ce cas le corps est plus uni- formment sphrique ou ellipsodal, sans prsenter d'largissement au point de contact avec la coupe (fig. 12). Le corps est orn d'une seule vsicule contractile, d'un nuclus granuleux et contient ordinairement des granules bruntres. Du ct libre on voit surgir L des suoirs trs-graciles, en gnral assez nombreux et pourvus de boutons fort dis- tincts. Pendant la rtraction, ces boutons continuent d'ordinaire faire saillie au dehors, tandis que le corps mme du suoir rtract forme comme un second bouton au-dessus du premier. L'Acinte prsente par suite un aspect tout particulier (V. fig. 15). Nous avons observ une fois chez cette Acinte un commencement de conjugaison (V. fig. 13) de deux individus qui avaient compltement rtract leurs suoirs et s'- taient Inclins l'un vers l'autre au moyen d'une flexion des coupes sur leurs pdicules. Chez un individu appartenant cette espce, nous avons t tmoin de la partu- rition d'un embryon. Celui-ci tait contenu isolment dans la cavit du parent. Nous n'avons malheureusement pas pu reconnatre avec une parfaite certitude s'il tait cili sur toute la surface ou bien s'il ne possdait qu'une ceinture de cils. Cependant nous avons cru reconnatre que le premier cas tait le vrai. Le mouvement des cils de l'embryon tait excessivement faible. Le jeune animal ne s'loigna point de l'organisme parent, mais se transforma en Acinte alors qu'il reposait encore sur le corps de ce dernier. Les suoirs commencrent se dployer avant qu'il et perdu tous les cils (fig. 17:. Cet embryon renfermait des granules bruntres, une vsicule contractile et un nuclus parfaitement comme son parent. Dans un autre cas nous trouvmes une Acineta patula, renfermant trois corps ET LES RHIZOPODES. 137 sphriques qui paraissaient tre des embryons. Comme cependant nous n'avons pu reconnatre de mouvements ni de vsicules contractiles dans leur intrieur, nous ne pouvons rien dire de certain ce sujet (V. PI. V, fig. 46). Il n'est pas rare de rencontrer une foule d'individus appartenant cette espce, entoures d'une aurole due une enveloppe glatineuse, qui est peut-tre l'analogue du kyste d'autres infusoires. Suivent quelques mesures relatives aux rapports de grandeur entre l'Acinte adulte et son embryon Hauteur moyenne de l'assiette ou coupe 0"'"',30 0,043 Largeur de la coupe 0, 055 Longueur moyenne de l'animal 0, 035 0,054 Longueur de l'embryon figur 0, 024 Largeur 0, 017 L. ACINETA CUCULLUS. Un jour que nous nous tions livrs la pche plagique dans les environs de Bergen, dans le but de recueillir des animaux de la haute mer, comme des larves d'chinodermes, des Appendiculaires, des Acanthomtres , etc., nous trouvmes dans l'eau recueillie l'aide de notre petit filet, une magnifique Acineta. Sa coque rgulire- ment conique, reposait par la pointe sur un pdicule trs-long et trs-mince. Ce dernier 18 438 TUDES SUR LES INEUSOIUES tait libre. Sans doute le lilet l'avait dtach violemment de quelque Zostera ou de quelque algue. La relation entre le diamtre de la base du cne et sa hauteur tait peu prs celle qui existe dans un pain de sucre ordinaire. La base du cne, c'est--dire l'ouverture de la coque tait fortement chancre d'un ct. La surface de cette coque dont la forme ressemblait donc assez celle d'un casque mche, tait recouverte de petits cils ou plutt de petites pines courtes, roides mais trs-fines (V. PI. IV, fig. 42). Peut-tre n'tait-ce l qu'une production trangre , un vgtal parasite. Cependant l'excessive rgularit de ce ce revtement d'pinules semble parler contre cette hy- pothse. Le corps de l'animal tait lui-mme conique, bien qu'il ne remplt pas exactement l'intrieur de la coque qui restait vide dans le bas et n'tait en contact avec le corps de l'Acinle que dans sa partie suprieure. Les suoirs taient disposs en deux faisceaux, un de chaque ct de l'chancrure. Leur longueur ne dpassait pas celle de la coque elle-mme. Le corps de l'animal remplissait la coque jusqu' son bord, mais ne s'le- vait pas au-dessus de celui-ci. Dans sa partie suprieure il prsentait une grande cavit dont le fond rpondait assez bien au contour de l'chancrure du tt. Cette cavit ren- fermait six embryons, relativement assez gros, dont chacun tait dj muni d'une vsi- cule contractile. Plusieurs d'entre eux s'agitaient dj dans l'intrieur de la cavit. Quant l'Acinte elle-mme , il ne nous fut pas possible de reconnatre sa vsicule contractile, ce dont il ne faut accuser que le peu de transparence de l'objet. Nous lestmes dans une incertitude tout aussi grande l'gard du nuclus. Nous russmes pier le moment oi le premier de ces embryons sortit de la cavit et gagna le large. Sa forme rappelait celle de plusieurs embryons d'Acineta dj connus. C'tait un cylindre ou plutt un ovode, muni d'une vsicule contractile (V. PI. IV, fig. 13). La partie antrieure est parfaitement nue. La partie postrieure est orne de plusieurs ceintures vibratiles superposes les unes aux autres et insres chacune dans un sillon particulier. Largeur de la coque de l'Acinela Cucullus 0""",'26 ET LES RHIZOPODES. 139 M. ACINETA NOTONECT/. Nous n'amenons cette espce sur le tapis que comme un argument de plus contre la thorie de M. Stein. Ce savant et en elet t embarrass de trouver une Vorticelline propre lui tre rapporte. Cette Acinte habite entre les poils qui ornent les pattes ou rames de la Notonecta glauca. Sa coque est allonge, en forme de cornet et ouverte vers le haut (V. PI. II, fig. 44). Le corps de l'animal, dont la couleur est d'un vert jaune trs-vif, la remplit assez exactement. Les suoirs sont ports par deux tubro- sits et paraissent peu mobiles. Le nuclus est ovale. Nous laissons M. Stein le soin de trouver une "Vorticelline doue d'une coque semblable. Longueur de la coque de VAcineta Notonecta,.. . 0'""',44 Largeur maximum 0'"'",048 Longueur moyenne des suoirs 0'",04. 140 TUDES SUR LES INFUSOIRES A'. DENDHOSOMA RADIANS. Ce bel animal a t dcrit par M. Ehrenberg le 11 dcembre 1837 dans le Monais- bericht der K. Akadcmie der Wissenschaften zu Berlin, mais ce savant n'en a jamais publi de figures. Nous en avons trouv malheureusement un seul exemplaire (V. PI. II, fig. 15) durant l'hiver de 1854-4855'. Cet individu tait d'ime grosseur relle- ment extraordinaire, dpassant un millimtre en longueur, si bien que nous n'avons pu le reprsenter sur notre planche qu' un grossissement de 150 diamtres. La Dendrosoma se prsente sous la forme d'iuie espce de buisson ou d'arbuscule, dont les branches deviennent plus minces vers l'extrmit. La couleur gnrale du corps est bruntre; celle de l'extrmit des branches est rougetre ou mme incolore. Parfois ces branches se renflent en une tte terminale un peu plus paisse que le reste. De ce renflement partent des suoirs plus ou moins nombreux, munis chacun d'un bouton leur extrmit. M. Ehrenberg cioyait que dans chaque branche se trouvait une vsicule contractile isole. Comme il n'avait pas reconnu la vraie nature des suoirs, la vsicule contractile (vsicule sperniatif/uex&es yeux) lui semblait tre le seul organe spcialis dans chacun des membres de son individu compos. Il avait en etet reconnu que le nuclus s'tend comme un lubau continu dans le tronc tout entier. Mais la vsicule contractile, centre du systme circulatoire, n'est point particulire chacun des capitules terminaux du Dendrosoma. On trouve en elfet encore d'autres t. Depuis Inr.s, iioiis eii avons reUuv nu autre, mais niiini il'iiu iioiulire de iauiilU:ilimis Ix-aiicoup lunins oonsi- (lral)le. ET I,ES RHIZOPODES. i 41 vsicules contractiles semes dans tout* l'arbuscule, et rie plus ces diffrentes vsicules sont relies les unes aux autres par un vaisseau qui envoie des rameaux dans chaque branche du Dendrosoma. Le seul procd de multiplication que nous ayons constat jusqu'ici chez les Den- drosomes, est la formation de gemmes ou de stolons, qui ne contribuent qu' aug- menter l'arbie acintinien, la l'amilie en un mot, mais qui ne peuvent engendrer directement d'autres familles distinctes. Nous trouvmes en effet sur le tionc du Den- drosoma de petites verrucosits, dont la plupart portaient dj quelques suoirs. Sur l'une d'elles cependant, on n'en voyait encore aucun. Il n'est gure possible de douter que ces verrucosits munies de tentacules ne se dveloppent peu peu en branches (in- dividus). Sur le tronc commun, nous trouvmes aussi un gros stolon, qui, en juger par son sommet simplement arrondi et dpourvu de toute espce de renflement ou capitules, n'avait probablement jamais port de suoirs, mais qui tait probablement destin comme les stolons des polypes, 'des Gampanulaires, par exemple, crotre un certain temps avant de se munir des appendices caractristiques '. Nous ne nous permettons pas de dcider si les premires ramilications de notre Dendrosoma s'taient galement formes par une vritable gemmation. A en juger par leur distribution exactement dichotomique, on pourrait tre tent de croire qu'elles s'taient dveloppes par fissiparit longitudinale. Epaisseur du tronc principal 0""",0() Epaisseur des ramifications 0""",17 Longueur de la famille entire 1""",''2. i M. Sleiii ^l)el Oryuiiisinus (1er Inrnsiiiii.slliictc Lei|i/.i'^, iii'iit, p. 93) se rcluso considiiror li" Ocnrirasoma radians comme une lyniille li'individii.s agyrfcs. Ce n'est pour lui qu'un seul et unique iudividn. Nous n'ajoutons pas une pins grande importance l'une des manire des manires de voir qu' l'autre, car cet videmment un cas o(i la (piestion est aussi ditlieile, ou nime impossible trancher que dans une ponge, o l'on a aussi maintes raisons pour admettre la multiplicit des individus, .sans pouvoir cependant dterminer les limites de chacun d'eux. (Note dr ISKO). 142 TUDES SUR LES INFUSOIRES ' Il est probable que si l'on vient connatre un jour les embryons de tous les Aci- ntiniens, le mode suivant lequel les cils sont distribus leur surface , donnera les caractres les plus srs pour diviser cette famille en genres, ou du moins pour tablir des sous-genres dans les genres dj existants. En effet, chez les uns, les embryons sont munis d'une simple zone ou ceinture de cils vibratils (pouvant former cependant plusieurs rangs) ', chez d'autres, ils poitent une espce de calotte cilie l'une de leurs extrmits "; chez d'autres enfin, la surface entire est cilies- Dans la plupart des Acintiniens connus, dont nous n'avons pas spcialement trait, la forme des embryons n'est qu'inexactement ou mme pas du tout connue. Ainsi parmi les .acintiniens, dont nous devons une tude exacte M. Stein, nous n'avons aucune notion sur les embryons de la Podophrya qui vit en parasite sur VEpistylis hranchiopkila Perty et de celle ' que M. Stein croit tre la phase acintiforme de Zoo- thamnium affine. Nous ne connaissons pas davantage les embryons de la Podophrya digi- tata, ni ceux de la Podophrya qui vit en parasite sur VOphrijdium versatile. Les Acin- tiniens que M. Stein considre comme des phases du dveloppement de VOpercularia arliculata Ehr. et de VOpercularia Lichtensteinii St. paraissent avoir des embryons cilis sur toute leur surface. L'embryon du Dendrocometcs paradoxus, observ par M. Stein, a la forme d'un coussin muni de franges (les cils vibratiles) sur tout son pourtour. Chez \di Podophrya {Actinophrijs Weisse) ovata, ainsi que chez VAcineta Notonect, la forme de l'embryon est encore totalement inconnue. Chez VAcineta patula, la Podophrya Lynghyi et la Trichophrya Epistylidis, il est dsirer qu'on la constate plus exac- tement. 1 . Sous ce premier chef viennent se ranger, par exemple, les embryons des espces suivantes : Podophrya fixa, P. Cyclopum, P. quadriparlila, P. Carchrsii, P Pyrum. 2. Ainsi, par exemple, VAcineta Astaci {Acinele des Flusskrebses de M. Stein), et peut-tre aussi VAcinela Cu- cullus, quoiqu'on pt aussi ranger cette dernire dans la division prcdente. 3. Ainsi la Podophrya coihurnala, la P. Unguifera (Acinele mil dent zungenfrmigen Fortsal: de M. Stein), la P. Trold (auxquelles on peut ajouter aussi la P. Ferrum equinum. 1860). 4. M. Stein croit devoir rapporter celle Acinte VAcinela luberosa Ehr., bien que celle-ci soit, proprement parler, une espce marine. ET LES nilIZOPODES. '| 43 REPRODUCTION DES ACINETINIENS. ( O P R R Y O D E IV D R O ^ A B 1 E T 1 IV V iW. Durant les mois de septembre et d'octobre 1855, nous nous trouvions Glesn;!sholm, sorte d'cueil isol de la mer du Nord, non loin de Sartor-, le voisine des ctes de Norvge et situe peu prs . la latitude de Bergen. La mer abonde en Zostera dans ces contres et ces plantes sont oi'dinairemenl couvertes d'une foule d'animalcules raai"ins, de Campanulaires en particulier. Sur ces polypes, nous dcouvrmes un para- site singulier, que nous allons dcrire ici en dtail, car nous pensons devoir le consi- drer comme un infusoire et nous avons eu le plaisir d'tudier diverses particularits relatives son dveloppement. Nous avons en effet observ chez lui soit une gemmipa- rit externe, soit la production d'embryons internes. Les premiers de ces animaux auxquels nous emes faire avaient la forme de vers, surtout d'hirudines (V. PI. V, fig. 2J. Tantt ils se trouvaient sur les polypes eux- mmes, et dans ce cas ils semblaient choisir de prfrence la surface externe des cel- lules du polypier pour y fixer leur rsidence, tantt ils taient fixs sur des algues parasites qui croissaient sur les Campanulaires. L'extrmit antrieure de ces espces de vers prsentait une espce d'enfoncement spcial, que nous crmes d'abord devoir considrer comme une bouche ou comme une ventouse de succion, mais que nous leconnmes bientt n'tre qu'une fossette indi- ^/^/t TUDES Sun LKS INFUSOIRES quant l'ouverture d'une cavit dans laquelle tait log un long organe rtiactile que nous aurons dcrire plus loin. L'extrmit antrieure tait assez transparente, tandis que la partie postrieure tait en gnral beaucoup plus sombre et opaque. Cette extrmit antrieure s'agitait d'une manire toute particulire et en tous sens, peu prs comme le bras d'un aveugle qui cherche avec inquitude quelque chose tton. Le corps tout entier pouvait se con- tracter, de manire produire de profondes rides sa surface. Dans l'intrieur de l'animal on apercevait ordinairement de petits corpuscules tout fait semblables aux organes urticants des Campanulaires. Ils taient disperss dans toutes les parties du corps. Ces corpuscules taient du reste extrmement variables quant 'eur nombre. Parfois, et c'tait le cas le plus rare, ils manquaient totalement; parfois aussi ils rem- plissaient le corps de l'animal au point de lui enlever toute transparence. Nous ne russissions en gnral dcouvrir aucun organe chez cet animal singulier, l'exception d'un corps obscur, dont on pouvait apercevoir parfois vaguement les contours. C'tait probablement le nuclus. et l l'on rencontrait des individus plus transpa- rents, dans lesquels on pouvait distinguer une place relativement claire, dans laquelle il ne nous fut cependant pas possible de reconnatre avec certitude des contractions. En compagnie de cet animal forme de ver, s'en trouvaient d'autres dont le corps tait pour ainsi dire plus trapus, offrant l'apparence d'un uf dont la pointe serait tourne vers le bas. Quelquefois aussi l'on rencontrait des individus, qui, tout en pr- sentant galement une forme ovode taient cependant plus allongs, si bien qu'on trouvait tous les passages possibles de la premire forme que nous avons dcrite la seconde. Chez les exemplaires de forme ovode, on remarquait un enfoncement situ un peu sur le ct, non loin du sommet de l'extrmit libre. A cette place, l'animal pouvait faire saillir un long organe comparable une trompe (V. PI. V, fig. 1). Lors- que cet organe tait compltement retir dans l'intrieur du corps, on ne pouvait le discerner que comme un corps rid, en forme de massue, qui s'tendait jusqu' l'en- foncement, ou fossette, que nous venons de mentionner. Faisait-il au contraire, saillie au dehors, sa longueur galait celle du corps ou mme tait parfois double et davantage. Cette sorte de trompe allait s'amincissant graduellement vers son extrmit. Dans sa partie libre, sur une longueur, qui, dans le moment de la plus grande extension, qui- ET LES RHIZOPODES. 145 valait un tiers environ de la longueur de l'animaK elle prsentait 15 40 petits ra- muscules qui s'cartaient d'elle sous un angle plus ou moins aigu. Ces ramuscules sur- tout lorsque la trompe tait dans son tat d'longation maximum, prsentaient un mou- vement des plus vifs, s'levani et s'abaissant peu prs comme les piquants d'un oursin. Gela formait un spectacle des plus intressants. En somme cet organe singulier prsentait quelque analogie avec un sapin implant sur un rocher. De l le nom 'OpImjodendron abietinum que nous avons donn notre animal. La trompe tait intrieurement munie de stries longitudinales et sa surface externe prsentait des rides profondes, qui se marquaient surtout dans le moment de la contraction. La partie du corps de l'animal qui formait comme une espce de bosse au-dessus du point d'inser- tion de la trompe tait parfois comme excave, ou mme rejete en arrire (PI. V, fig. 1 et 6). Il n'tait pas rare non plus de trouver un individu fix sur le dos d'un autre (PI. V, iig. 4) et dans ce cas il arrivait frquemment qu'un individu appartenant la premire forme que nous avons dcrite ft fix sur un individu appartenant la seconde. On pouvait facilement se laisser aller supposer que l'un tait issu de l'autre au moyen d'un bour- geonnement. Si c'tait bien rellement le cas pour ces individus l, c'est ce que nous ne saurions afiirmer positivement, mais nanmoins c'est un fait certain que nos ani- maux taient susceptibles de produire des bourgeons. Chez quelques-uns, en effet, on remarquait sur l'espce de bosse dj mentionne une sorte d'excroissance. Chez d'autres individus, cette excroissance possdait dj une trompe rtracte, impossible mconnatre (V. PI. V, fig. 7). Enfin, on envoyait aussi quelques-uns o cette trompe faisait saillie au dehors, tandis que le corps de la gemme tait dans un tat de communication organique continue avec le corps de l'animal-mre. C'est en vain que nous nous eiformes de surprendre nos Ophryodendron dans le moment o ils prenaient leur nourriture. Ces animaux singuliers avec leur trompe en forme de sapin dpourvu de branche dans la partie infrieure, dressaient le tronc de cet organe droit et raide, tandis que les ramuscules s'agitaient avec grce, ou bien ils le raccourcissaient ou mme le rtractaient compltement. Parfois ils le recourbaient et semblaient chercher quelque chose ttons autour d'eux, mais jamais nous ne pmes les voir saisir de proie, ni prendre d'aliments d'aucune espce. 19 146 TUDES SUR LES INFUSOIRES Dans l'origine, nous pensions que les corpuscules fusiformes dcrits prcdemment dans le corps de YOphryodendronabietmum, n'taient pas autre chose (jue les organes urticants de Campanulaires qui auraient t dvors par notre animal. Mais nous dmes bientt laisser tomber cette hypothse. En effet, cette manire de voir s'op- posait dj le fait qu'on trouvait un nombre vraiment extraordinaire de ces corpuscules dans des individus runis au nombre de trois six sur la loge d'une Campanulaire qui n'en vivait pas moins parfaitement intacte et qui ne paraissait nullement en souf- france. De plus, nous dcouvrmes plus tard que les jeunes emhv^Qn% ^VOphrijoden- dron abietinum renferment dj, tandis qu'ils sont encore renferms dans le corps de leur parent deux ou trois de ces corpuscules. Ceux-ci sont alors contenus dans une ou deux vsicules spciales. Il nous parat fort probable que les branches mobiles de la longue trompe abilini- forme de l'Ophryodendron, sont analogues aux rayons des Acintes et fonctionnent par- tant comme des suoirs. Cet animal aurait par consquent ses plus grandes affinits avec le groupe des Acintiniens. Chez quelques individus nous emes l'occasion d'observer la formation d'embryons internes. Le corps sombre dont nous avons dj fait mention et que nous considrons comme le nuclus contenait parfois une grosse boule, compose, ce qu'il nous sembla, de petites cellules. Cette boule remplissait peu prs compltement l'intrieur du nuclus et se partageait bientt en deux (V. PI. V, tg. 9). Chez certains individus on pouvait distinguer dans cette grosse boule deux genres de corps diffrents : d'abord les petites cellules qui la composaient d'ordinaire, puis deux corps vsiculiformes plus gros (V. PI. V, tig. 5), dont chacun renfermait de deux douze de ces corpuscules dj plusieurs fois mentionns, et ressemblant aux organes urticants des Campanulaires. Chez d'autres Ophryodendron on trouvait quatre de ces corps vsiculiformes au lieu de deux. Ils taient un peu allongs et envelopps dans une membrane. L'une des moitis de leur surface tait cilie, et l'aide de ces cils ils se tournaient assez vive- ment autour de leur axe. C'taient videmment l des embryons, ns dans l'animal qui les contenait, comme chez les Acineta. Il arrivait ordinairement que ces embryons, dous d'un mouvement de rotation, se divisaient spontanment chacun en deux. Nous les obligemes artificiellement sortir de la cavit de leur organisme parent, au ET LES RHIZOPODES. 147 moyen d'une pression qui fit clater celui-ci, et ces embryons (V. PI. V, lig. 10) se montrrent sous la forme d'animaux ovales ou allongs, dont l'une des faces tait assez aplatie et l'autre lgrement convexe. La face aplatie tait couverte de cils, qui se trou- vaient tre plus longs aux deux extrmits de l'animal qu' son milieu. Dans l'intrieur de l'embryon on remarquait dj le corps apparence cellulaire qui enfermait les vsi- cules. Du ct cili se trouvaient deux taches claires, qui ne se contractaient cepen- dant pas. Les embryons ne rsistrent du reste pas ce mode de parturition un peu anormal, et ils ne tardrent pas prir. Chez quelques individus de VOphryodendron abietinum, nous trouvmes un nombre d'embryons beaucoup plus grand, qui pouvait bien varier de 46 20, et mme davan- tage. Lorsqu'on venait craser l'un de ces individus, on voyait ces embryons, devenus libres , s'agiter dans l'eau pendant une demi-heure, ou mme une heure entire. Cependant leurs mouvements, d'abord trs-vifs, ne tardaient pas devenir plus lents, et les animacules finissaient par prir. Leur forme tait semblable celle des embryons dj dcrits, seulement ils taient, comme cela s'entend de soi-mme, notablement plus petits. On pouvait souvent reconnatre chez eux, avec une parfaite vidence, l'existence (Vuiie vsicule contractile. Toutefois, nous ne saurions garantir qu'il n'y en et pas davantage. Avant d'avoir observ ces embryons, nous pouvions tre encore dans l'incertitude l'gard de la vritable place assigner notre Ophryodendron dans la srie animale. L'absence de tout organe visible nous faisait cependant prsumer, avec une grande vraisemblance, que nous avions faire un infusoire. Mais la prsence d'embryons munis d'une vsicule contractile, associs l'existence d'une gemmiparit externe, venait nous enlever toute espce de doute cet gard. V Ophryodendron abietinum ne pouvait tre qu'un infusoire. On connat, il est vrai, des embryons cilis appartenant d'autres classes d'animaux, tels que les Planula des Polypes, la grande nourrice du Monostonum mutabilc, etc. ; mais aucun de ces embryons ne possde de vsicule con- tractile. C'est l un caractre purement infusoriel. S'il en est ainsi, les Ophryodendron devront bien prendre place dans le systme ct des infusoires. Les corpuscules particuliers qu'ils renferment sont peut-tre com- parables aux trichocysles d'autres infusoires. 148 TUDES SUR LES INFUSOIRES Nous regrettons vivement que la saison froide nous ayant forcs de quitter les ctes de Norwge peu aprs avoir dcouvert cet intiessant animai, il ne nous ait pas t possible de poursuivre plus loin le dveloppement de ces embryons et de constater si, une fois devenus libres, ils vont se fixer sur une Gampanulaire pour s'y dvelopper im- mdiatement en Ophryodendron , ainsi que l'analogie avec les autres Acintiniens permet de le supposer'. Nous faisons suivre quelques mesures relatives YOphriiodendron abietitnm. Longueur des individus vermiformes 0""", 431-0, 166 Largeur 0, 030-0, 044 Longueur moyenne des individus ovodes avec ou sans embryons. 0, 083-0, 131 Largeu;- 0, 039-0, 059 Longueur de la trompe 0, 09-0, 16 Longueur d'un des plus gros individus renfermant des embryons. . 0, 227 Largeur du mme ^^ ^92 Longueur de la trompe 0, 481 Longueur des ramuscules de la trompe 0, 021-0, 023 Longueur des corpuscules (organes tricbocystes?) 0, 006-0,0087 Longueur d'un embryon de la grosse varit 0, 043 Largeur du mme 0, 028 Diamtre des globules (cellules?) dans cet embryon 0, 004 Diamtre des cellules renfermant les corpuscules 0, 006 Longueur d'un embryon de la petite varit 0, 022-0, 026 Diamtre transversal du mme 0, 008-0, 012 Diamtre d'avant en arrire (du dos au ventre) chez le mme 0, 013 1. L'Ophinodindnm nbiediium a vtv observ depuis nous par M. Slrelliill Wright, qui TUi a douno le nom de Corelliria Sertulari (V. Ediuburgli iiew Pliilosopliieal .lournal, ncw sries, Jiilv I83;l). Le nom d'OpliryodeiuJron ayant deidmenl la priorit, nous n'avons pas hsit le conserver. (Note de I.S6U.) KT LES RHIZOPODES. >| 49 KYSTES DE I/EPISTYLIS PLICATILIS ET [)V CAKCWK.Hl\n POKiVPimilM. (Cas divers de parasitisme.) Nous avons vu dans la tentative de M. Stein de faire des Acintiniens un tal par- ticulier des Vorticellines , ayant poui' but la production des jeunes , combien il est facile de se laisser entraner dans un labyrinthe d'erreurs, lorsqu'on cherche trop ardemment pntrer le mystre qui a entour jusqu'ici le mode de propagation des infusoires. Il ne faut procder qu'avec une circonspection extrme sur ce chemin sca- breux, o l'on ne voit souvent pas bien o l'on va. Un exemple de la facilit extrme avec laquelle on peut tre entran dans des combinaisons erronnes se prsente nous dans les observations que nous avons t appels faire sur une Epistylis {E. plicatilis Ehr. ) durant l't de l'anne 1855. Nous avons longtemps llott dans le doute, igno- rant la manire dont nous pouvions interprter les phnomnes singuliers que nous avions sous les yeux, et nous voyant entrans, bien malgr nous, dans un ddale de mtamorphoses bien autrement embrouill et compliqu que celui que M. Stein nous a 450 TUDES SUR LES INFUSOIRES dpeint. Mais tout coup la lumire s'est faite, le fil conducteur s'est retrouv, le laby- rinthe s'est vanoui, et nous n'avons plus eu faire qu' un phnomne fort simple, mais des plus intressants par sa simplicit mme. Dans le commencement du mois de juillet 1855, nous dirigemes nos observations sur quelques colonies 'Epistylis plicatilis, que le hasard nous avait fait rencontrer sur une Paludine (Paludina ackatina Brug). Ces colonies ou familles portaient, comme c'est souvent le cas, plusieurs individus de la Podophrija /juadripartita, dont M. Stein a fait une phase du dveloppement de cette Epistylis. Ces individus variaient infiniment dans leur forme et leur grosseur, comme cela arrive habituellement. Mais nous ne fmes pas peu surpris de trouver plusieurs rameaux des arbres pistyliens qui, au lieu de supporter chacun une Epislylfs, portaient une grosse boule, enveloppe d'une mem- brane contour trs-net, un kyste en un mot. Le contenu de ces kystes tait fort opaque, comme du reste aussi nos Epistylis elles-mmes, qui trouvaient une nourriture abondante dans le vase o nous les tenions renfermes. Aussi ne parvinmes-nous distinguer ni la vsicule contractile, ni le uuclus de l'animal enkyst. Le kyste offrait l'aspect d'une coque ellipsode pleine d'une substance granuleuse uniforme. (V. PI. VIII, fig. 5). Cela tait un phnomne tout nouveau. Jusqu'ici personne n'a mentionn de kystes semblables chez ces Epistylis. M. Stein dcrit bien des kystes forms par les Epistylis plicatilis ' au moment o, suivant lui, elles vont se transformer en Podophrya. Il a vu les Epistylis se munir d'une couronne ciliaire postrieure, se dtacher de la colonie, nager un certain temps librement dans l'eau, puis venir .se fixer sur la coquille de la Paludina, non loin de la famille dont elles faisaient partie nagures. A leur extrmit postrieure, se produit alors un nouveau pdoncule, qui reste excessivement court; la couronne ciliaire postrieure ondule lentement pendant quelque temps encore , sans cependant que l'Epistylis fasse saillir au dehors son organe vibratile (le front dans la nomenclature de M. Ehrenberg). Avant mme que la scrtion du pdicule soit acheve, le corps prend une forme ovode et se couvre, sur toute sa surface, d'une couche gla- tineuse qui s'paissit par suite d'un nouveau dpt de matire sur sa surface interne. 1. Loc. cit., p. 97-98 KT LES RIlIZOrODES. 151 Cette substance s'endurcit de manire former un kyste pais, dans lequel on voit pendant longtemps l'Epistylis se contracter et s'tendre '. Mais ces kystes vus par M. Stein conse vent toujours une apparence pyriforme rpondant la forme extrieure de l'Epistylis, et sont toujours ports, isolment, sur des pdicules trs-courts. Nos kystes taient au contraire ou parfaitement sphriques, ou parfaitement ellipsodaux, et se trouvaient sur les ramifications d'arbres d'Epihtylis entirement dvelopps. Cette dcouverte nous plongea un moment dans le doute. Nous avions acquis, dj depuis longtemps, la conviction qu'aucune relation gntique n'existe dans la nature entre les Acintiniens et les Vorticelliens; mai cette conviction semblait devoir s'branler. M. Stein avait admis qu'outre les kystes pdicules courts, observs par lui, il devait en exister il'autres , destins devenir les Podophrya quadripartita long pdoncule. Or, nous avions devant nous des kystes dans lesquels il n'tait plus possible de reconnatre la moindre trace de l'organisation d'une Epistylis, ni pristome, ni ves- tibule, ni bouche, ni sophage, ni muscle postrieurs. N'tait-ce peut-tre pas l ces kystes prdits par M. Stein, le passage de l'Epistylis la phase acintaireV Il y avait cependant quelque chose qui s'opposait cette manire de voir. Les Podo- phriia quadripartita ont toujours, comme nous l'avons vu, un pdicule beaucoup plus mince que celui des Epistylis sur lesquelles on les trouve (V. PI. VI, fig- 7), et occupent constamment une place qui trouble la rgularit de la famille. L'arbre d'Epistylis prsente toujours des ramifications dichotomiques parfaitement rgu- lires, et les pdicules des Podophrya se trouvent, sans exception, fixs sur ces ramifications une place oi, dans le type de la ramification, il ne doit pas se trouver de branches. Le mode d'union de ces pdicules avec l'arbre indique du reste toujours que les Podophrya sont des trangres (V. PI. VI, fig. 7), relative- I. Il est Ixiii lie miter eii |iassaiil que iVI. Stein avoue n'avuir jamais vu (x-s kystes dans un tat de dvelo\i|)enienl plus avanc, c'est--dire plus voisin de la forme acinlaire. 1! reconiial Ini-mme qu'il n'est gure possible de \oii- dans ces kjsles les futures Podophrya ijuadiiparlUa qu'on rencontre sur les Epistylis, puisque ces kystes ont un pdoncule excessivement court (1/UO de ligne) et trs-large, et ipic de plus on les trouve toujours sur les Paludines mmes, mais jamais sur les Epistylis, tandis que les Podophryes se trouvent toujours sur les Epistylis el possdent un pdicule trs-long et trs-mince. M. Stein se trouve par suite amen supposer l'existence de deux espces de kystes chez les Epistylis. Toutefois les kystes de la seconde espce, c'est--dire ceux qui devraient, proprement parler, se transformer en Podopliiya n'ont jamais t vus par lui. 152 TUDES SUR LES INFUSOIRES ' ^ ment des nouvelles venues dans la colonie, et l'on voit clairement que leurs pdicules ne rpondent point une bifurcation d'un rameau dj existant. Nos kystes se trouvaient au contraire toujours sur des branches qui apparte- naient videmment l'arbre pistylien (PI. VI, fig. 7), branches dues la bifur- cation d'un rameau plus ancien et offrant la mme largeur que toutes les autres. D'ailleurs la branche sur rsultant de la mme bifurcation, portait, elle aussi, parfois un kyste, mais le plus souvent une Epistylis normale. Nous dmes donc renoncer bien- tt l'ide d'avoir l devant nous la premire phase de la transformation des Epistylis en Podophrya qu'avait prdite M. Stein. Une autre observation ne tarda pas venir nous confirmer dans notre opinion que nous avions faire toute autre chose qu' une future Podophrya. Nous trouvmes en effet quelques-uns de ces kystes, dont le contenu se livrait un mouvement de rotation des plus acclrs, se tournant tantt de droite gauche, tantt de gauche droite, puis dans une direction oblique celle qu'il suivait d'abord, en un mot se livrant tous les mouvement dont est susceptible une boide anime enferme dans un globe creux qu'elle remplit exactement. D'abord nous ne pouvions voir par quel moyen ce mouve- ment tait effectu, mais bientt nous trouvmes des exemplaires o le contenu ne remplissait pas assez exactement le kyste pour qu'on ne put apercevoir des cils s'agitant dans l'intervalle qui subsistait entre l'animal et la paroi. \V. PI. Vill, tg. 5). Nous tions ainsi arrivs sur la trace d'un ordre de phnomnes tout autre que celui qu'avait indiqu M. Stein. A supposer que nous eussions rellement faire un kyste d'Epistylis, ce qui semblait plus que vraisemblable, cette Epistylis n'tait point en voie de se transformer, directement du moins, en Podophrya, puisque ces cintiniens ne sont pas cilis. L'artimal n'tait en tous cas plus une Epistylis, car les tguments des Vorticellines sont galement dpourvus de cils, si l'on en excepte l'organe vibratile. Nous suivimes nos kystes avec attention pendant plusieurs heures, sans arriver aucun rsultat. Nos q/sticoles tournaient autour d'un axe idal avec une constance dsesprante, si bien que nous dmes interrompre nos observations sans avoir fait un pas de plus. Dsirant cependant tudier un sujet qui semblait promettre de devenir intressant. ET LES RHIZOrODES. 153 nous nous mmes en qute d'Epistylis. Deux espces de Paludines, distingues, tort ou raison, par les conchyliologistes, la Paludina vivipara Linn. et la P. uchatinaBv\ig. se trouvent en grande abondance dans les environs de Berlin, aussi bien dans la Spre que dans les lacs et toutes les flaques d'eau. Nous les prmes pour but de nos recher- ches, puisque VEpistylis plicatilis parat dans ces contres, rsider presque exclusive- ment sur ces deux mollusques et un petit nombre d'autres Notre chasse dans les tangs ne l'ut pas productive : les Paludines y taient bien couvertes de divers infusoires, mais ne prsentaient que quelques arbres d'Epistylis isols. Dans la Spre, au contraire, presque chaque Paludine tait enveloppe d'une espce de nuage blanchtre et coto- neux, d une vritable fort d'Epistylis. Une petite portion de ce revtement blan- chtre si dlicat, prise au hasard et porte sur la platine du microscope, nous montra que nos arbres d'Epistylis taient richement chargs de kystes. Le matriel ne faisait donc pas dfaut. Avant de passer plus loin, nous dirons quelques mots des caractres essentiels de VEpistylis plicatilis^ puisqu'il est ncessaire qu'il n'y ait pas d'quivoque sur les ani- maux dont nous tudions la reproduction. L'Epistylis plicatilis se distingue avant tout par sa taille, qui varie en gnral entre 0'"'",08 et 0,16. Certains individus atteignent parfois une taille vraiment colossale (pour des Epistylis, s'entend). "Nous avons vu des familles dont les membres atteignaient une longueur de 0""",21. Celte EpistyUs forme des lamilles arborescentes dont les ramifications sont fort rgulirement dichotomiques Celles-ci croissent toutes avec une rapidit parfaitement identique, et les individus sont par suite tous et toujours ports la mme hauteur, de manire se trouver dans un mme plan horizontal. Il rsulte de l qu'une famille d'Epistylis prsente une forme comparable ce qu'on nomme, en botanique, une inflorescence eu corymbe. La rgu- larit de la dichotomie semble parfois devoir tre trouble, puisqu'on trouve, dans quelques cas, l'extrmit d'une branche, un individu qui se divise, non pas simple- ment en deux, mais en quatre et mme en huit. On trouve alors quatre ou huit Epis- tylis, serres les unes contre les autres, l'extrmit d'une mme branche. Toutefois, il est relativement fort lare que chacun de ces individus se forme un pdoncule particu- lier. Nous n'en avons vu qu'un seul exemple. En gnral, les individus produits ainsi par une fissiparit multiple, dveloppent une couronne ciliaire postrieure, se dta- -20 -154 TUDES SUR LES INFUSOIRES cheiit du pdicule commun, et vont fonder ailleurs une autre colonie. Le pdicule de lEpistylisplicatil is prsente des stries longitudinales trs-fines de haut en bas. La par- tie infrieure des pdicules et en particulier le tronc commun croissent en dimensions proportionnellement l'extension que prend la famille, en sorte qu'on est oblig d'ad- mettre que le suc nourricier peut parvenir depuis les. individus dans toutes les parties de la tige, jusqu' la base mme de l'arbre. Les rameaux sont solides, mais lorsque l'arbre a atteint une certaine dimension, il se forme dans le centre du tronc et la base des branches une espce de canal (PI. VI, fig. 5 et 6), rempli d'un liquide, ou tout au moins d'une substance dont la densit est beaucoup plus faible que celle de la matire mme qui constitue le tronc. L'existence de ce canal parat avoir dj t constate par M. Ehrenberg, et c'est tort que M. Stein* la conteste. Le tronc prsente alors un assez grand nombre de plis transversaux (fig. 6). L'appareil digestif est construit chez VEpisti/lia plicalUis sur le mme plan que chez les autres Vorticellines. Son nuclus a la forme d'une bande contourne qui em- brasse, pour ainsi dire, l'sophage (V. PI. VI, fig. 7, PI. VII, fig. 44, etc.). o l'on aperoit ce nuclus par transparence. Il est adhrent au parenchyme du corps. Dans la partie postrieure du corps, on reconnat la membrane musculaire conique que nous avons dit ailleurs tre gnrale ou peu prs dans la famille des Vorticellines. C'est cet organe que sont dues les secousses spasmodiques que prsente l'animal sur' son pdicule. Le sommet du cne membraneux est fix au pdicule (V. PI. VI, fig. 7, h . Sa base va s'attacher aux parois du corps (i). Au moment de la contraction, ce cne membraneux se raccourcit, et les parois du corps de TEpistylis, qui, entre les points h. et i. ne sont pas adhrents au cne membraneux, sont obliges de se plisser en embras- sant le sommet du pdicule (V. PI. VII, fig. 1). Cela pos, revenons nos kystes. Nous les retrouvmes parfaitement les mmes que la premire fois. Dans les uns, on ne voyait qu'une masse apparence homogne, sans trace de mouvement (PI. VIII, fig. 4) ; dans d'autres, le contenu cili sa surface se livrait un mouvement rapide de rotation (PI. VllI, fig. 5) ; quelques-uns renfeimaient non pas un seul de ces cysticoles problmatiques, mais deux. La division que nous I. I l'il., \i. \\. ET LES RHIZOPODES. 155 voyions dans ce cas au travers des parois du kyste tait bien relle, et pas une simple apparence produite par les replis d'un animal enroul sur lui-mme. C'est ce qui res- sortait avec vidence du fait que l'un des individus tournait souvent de droite gau- che, tandis que l'autre se mouvait de gauche droite. Plusieurs fois mme nous vmes un cysticole, d'abord unique, se scinder en deux sous nos propres yeux. Tout ce que nous pmes constater sur la constitution de cet animal, c'est qu'il possdait plusieurs vsicules contractiles (fig. 5), circonstance qui l'loignait toujours plus, soit de !'/)- tylis plicati/is , soit de la Podophrya quadripartita. La premire n'a jamais en effet qu'une seule vsicule contractile, et la seconde n'en a galement qu'une ou, dans de rares exceptions, deux, et extrmement rarement trois'. Le cysticole en contenait constamment un nombre plus considrable, au moins quatre ou cinq, et mme bien davantage, comme nous pmes nous en assurer plus tard. La rotation perptuelle de l'animal faisait qu'il tait fort difficile de s'assurer de la contractilit de ces vsicules. En mme temps que ces kystes , s'en prsentaient d'autres sur nos familles d'Epistylis. Nous en avons dj touch quelques mots ailleurs. C'taient des corps ronds ou ovales un peu aplatis et envelopps d'une membrane. Ils ne laissaient recon- natre aucun signe apparent de vitalit, et semblaient dans un tat de repos parfait. Ces kystes taient enferms chacun dans une espce d'urne rtrcie en arrire en forme de pdicelle. Leur position sur l'arbre pistylien nous sembla d'abord rpondre assez exactement celle des vritables Epistylis. En particulier, il n'tait point rare d'en rencontrer deux l'extrmit d'un pdoncule d'Epistylis dans une position telle qu'on tait facilement sollicit d'y voir le rsultat de la scission d'une de ces Vorticellines en deux, scission qui aurait t suivie de l'enkystement immdiat des nouveaux individus (V. PI. X, lig. 5). On pouvait facilement se reprsenter la chose en supposant que chaque individu se ft spar de ses tguments, comme par une espce de mue, et se ft enkyst, tandis que ces tguments auraient subsist sous forme d'urne envelop- pante. (cependant nous tions loin de nous laisser aller cette ide sans en avoir de preuves plus directes. D'ailleurs nous fmes promptement conduits la considrer comme tout I II est vrai que nous avons constat ds lors qu'on trouve parfois des Podophrya iiuadriparlita vsicules oritractiles nombreuses. Ce fait a toutefois ici peu d'inipoitance, comme on le verra. (Note de 1860). "156 TUDES SUR LES TNFUSOIRES fait improbable. Les deux urnes fixes rexlrmil d'un pdicule d'Epistylis lais- saient en effet toujours entre elles un petit espace (V. PI. X, ig. 5), qui semblait in- diquer qu'une Epistylis avait t l jadis, mais qu'elle avait fini par se dtacher et s'en aller au loin et nos urnes semblaient par suite tre des trangres sur le pdoncule pis- tylien, des geais se parant des plumes du paon. Nous n'avions du reste vcu dans l'incertitude que parce que les premiers arbres pistyliens que nous avions examins ne prsentaient qu'un fort petit nombre de ces urnes. Nous en rencontrmes bientt d'autres, qui en portaient un nombre fort consi- drable et nous nous assurmes que ces urnes peuvent tre fixes une place quelconque de la colonie, les unes l'aisselle d'une bifurcation, les autres dans l'espace qui s- pare deux embraricliements successifs, en un mot des places, o dans le type d'di- fication de VEpistylis p/icatilis, il ne doit pas y avoir d'individus. Nous en conclmes par consquent que ces kystes et leurs urnes n'appartenaient point aux Epistylis, mais d'autres tres vivant en parasites sur leurs tiges. Cette conclusion ne tarda pas se trouver justifie. Nous trouvmes d'abord quelques unes de ces urnes, puis un grand nombre renfermant au lieu du kyste l'animal qui les forme vers une certaine poque de sa vie en vue de sa reproduction. Ce parasite fut reconnu tre un Rhizopode, auquel nous avons donn le nom d'Urnula Episti/lidis (V. PI. VI, fig. 'i, a). D'autres kystes encore plus petits se tjouvaient aussi sur les familles pistyliennes (V. PI. VI, fig. 1,f et f'). Leur contenu se divisait souvent en deux, puis en trois ou en quatre. Chacune des parties aussi formes tait pourvue d'un nuclus et d'une vsi- cule contractile. Dans quelques cas (V. PI. VI, fig. 1 , f") on pouvait voir des cils s'agiter sur certains points de la surface de ces individus. Il ne nous a pas t possible de dter- miner quels infusoires ces kystes appartenaient ; mais il est certain qu'ils n'appar- tiennent point aux Epistylis. Ils sont, en etfet, beaucoup trop petits et se trouvent tou- jours prs de la base d'une EpislyHs, sans rpondre exactement la place o devrait se trouver un nouvel individu. Mais il en tait tout autrement des gros kystes forme sphrique ou ellipsodale dont nous parlions d'abord. Ceux-l taient toujours une place, o dans le type de l'arbre pistylien, il devait y avoir ncessairement une Ep'isiyhs. Les cysticoles se tour- ' naient dans leur intrieur avec une constance toujours plus dsesprante, sans que nous KT I,ES HHIZOrODKS. 157 pussions jamais parvenir en voii un seul quittei' son troile cellule. En consquence, nous nous dcidmes un jour la seule chose praticable en pareille occurence, savoir faire le guet. Nous fixmes un certain nombre de kystes dans le champ du micros- cope, bien dcids ne pas les perdre de vue jusqu'au moment oi leurs habitants se dcideraient ii venir s'battre au dehors. Il tait dix heures du matin lorsque nous commenmes cette uvre de patience. Six heures du soir avaient sonn l'horloge, lorsqu'il plut enfin un cysticole de cesser ses monotones mouvements de rotation et de regarder ce qui se passait au dehors. Le kyste s'ouvrit et l'animal sortit lentement de sa cachette. Notre tonnement fut grand, en reconnaissant en lui un infusoire cili sur toute sa surface, muni d'un grand nombre de vsicules contractiles et appartenant au genre Amphileptus ou au genre Trachlius de M. Ehrenberg'. Le mme jour nous emes l'occasion de voir encore trois ou quatre cysticoles quitter leur rsidence et nager librement dans les eaux. Tous atTectaient galement une forme d'Amphileptus. Dei)uis lors nous avons t frquemment dan? le cas de rpter cette observation. De toutes les ligures d'Amphileptus jusqu'ici donnes c'est peut-tre celle du Kol- poda oclirea dans l'ouvrage d'Otto Friederich Millier " qui offre le plus d'analogie avec notre Trachlien. M. Ehrenberg considre ce Ko/poda ochrea comme synonyme de son Amphileptus iongicollis^, ce qu'il n'est certainement pas. La figure de M. Ehrenberg qui concorde le mieux avec notre Amphileptus est certainement celle de son Trachelim Meleagris\ et nous croyons, en elet, devoir le considrer comme tant le vritable Amp/dleptus (Trachlius Ehr.) Meleagris \ Quelques-uns de nos Amphileptus taient gros et assez opaques (PI. VIIL fig- i<*)- D'autres (PI. VIII, fig. 11) taient plus petits, plus plats et plus transparents, diffrence qui I. Depuis lors nous avons discut ailleurs (V. Tome I'' de ces Kliiiles) et tix les liiuilcsde ces deux genres, et nous devons par suite nommer cet animal un Traclilien apparlenanl au jjenre Amphikpliis. (Noti' de IStiO). -1. Animalcula infusoria iluvialilia et marina, p. '.)5, Tah. Xill, lig. 9 et lu. 3. Infusionslliiere, p. Vjl, Tab. XXXVIIl, lig. I, i, . . Infusionslliiere, (i. 521, Tab. XXXIII, lig. VlU. En outre des estomacs, M. Klirenberi; distingue clie/ ce Traclilien une range d<> cellules rougeircs situes sur le dos, et reufeiniaiu probablement le suc digestif ou la bile. >' Il n'est gure douteux que ces cellules aient cl les vsioides contractiles, bien i|e M. Ehrenberg distingue tu outre des vsicules contractiles au nombre de deux. .H. Diffrent de l",4);j/i((cy)(.5 yfc/cflSC(S Ehr., qui est svuoiiyine il" l.oaoiliylliiiii .}!< Iftiliris Ihi]. Voyez ce sujet I:' premire partie de ce mmoire. (Note de ISlifl). 158 TUDES SUR LES INFUSOIRES provenait sans doute uniquement de la quantit de nourriture que l'animal avait dans le corps au moment oi il s'tait enkyst. Elle pouvait dpendre aussi du fait que le cysticole s'tait scind en deux ou trois dans son kyste. Les individus plats et trans- parents taient surtout trs-propres l'tude. On reconnaissait chez eux un trs-grand nombre de vsicules contractiles (plus de 10) disposes sur le pourtour du corps (fig. 10 et 11). Les cils taient distribus en ranges longitudinales la surface, comme cela a lieu d'ordinaire chez les infusoires cilis. Le nuclus rond et clair tait en gnral double (fig. 9 et 10). Parfois cependant il tait unique. Nous avons cru remarquer quelquefois que, lorsque le cysticole s'tait divis en deux dans le kyste, chacun des Amphileptus qui rsultait de la division ne possdait qu'un seul nuclus, tandis que l'Amphileptus qui sortait d'un kyste qu'il avait rempli lui seul, sans se diviser, en possdait deux. Toutefois nous nous gardons de vouloir avancer ceci comme un fait gnral. Nous avions fait un pas en avant dans la connaissance de nos kystes. Nous savions tout au moins maintenant que le cysticole rotateur et cili n'tait autre chose qu'un Trachlien du genre Amphileptus. Nous avions de fortes raisons pour croire que cet animal provenait de la mtamorphose d'une Epistylis. Toutefois, pour acqurir une conviction cet gard, il fallait ou bien voir directement cette mtamorphose, ou bien constater le retour soit de cet Amphileptus lui-mme, soit, ce qui semblait plus pro- bable, de sa progniture, l'tat d'Epistylis. Nous avions dj une base qui semblait plus solide que celle sur laquelle M. Stein avait bti tout son difice de gnration par phases acintiformes. Et cependant, si, dans notre for intrieur, nous rvions de la vraisemblance d'une gnration alternante, dont l'un des termes aurait t une Episty- hs et l'autre un Amphileptus, nous n'osions pas encore exprimer tout haut cette pense. Nous fmes alors ce qui se prsentait tout naturellement l'esprit. Nous suivmes avec attention, pour voir ce qu'il ferait, un Amphileptus qui venait de quitter son kyste. Il semblait vouloir se ddommager du long emprisonnement auquel il avait t con- damn, et nous tenait en haleine par la clrit avec laquelle il circulait sur la plaque de verre place sous le microscope. Cependant au bout de quelques minutes son acti- vit se ralentit, sa forme se modifia, se rapprochant toujours plus de celle d'une sphre parfaite, et notre Amphileptus, devenu mconnaissable, commena tourner sur ET LES RHIZOKIDES. i 59 place avec un mouvement tout particulier des cils qui recouvraient la surface de son corps. Ce mode de mouvement, nous le connaissions dj. On l'observe chez la plupart des infusoires cilis au moment o ils scrtent un kyste. En effet, un contour trs- dli se manifesta bientt tout autour de l'animal, et ce contour devint de plus en plus net. Il n'y avait plus de doute : l'Amphileptus scrtait un kyste. Deux ou trois autres individus, qne nous poursuivmes de la mme manire, suivirent l'exemple du pre- mier. Au bout d'un quart d'heure environ, ils taient enkysts. Nous fmes d'abord surpris de ce phnomne. On ne peut, en effet, gure com- prendre pourquoi un animal quitte un kyste, nage quelques minutes dans l'eau, sans y prendre de nourriture, ni se reproduire et s'enkyste de nouveau. Cependant nous re- connmes bientt que les Amphileptus que nous isolions dans un verre de montre ou dans une petite coupe de verre contenant une quantit d'eau suflisante et convenable- ment protgs contre l'vaporation, nous reconnmes, disons-nous, que ces Amphi- leptus restaient plusieurs jours de suite l'tat de libert sans scrter de kyste. Il est probable donc que l'observation sous le microscope agissait comme une cause dter- minante de l'enkystement. C'tait probablement la rapide vaporation de l'eau qui amenait ce rsultat, car Guanzati nous a appris que c'est l une circonstance qui cause Irquemment l'enkystement de certains infusoires '. Il tait important de savoii- si d'autres Vorticellines offriraient des phnomnes semblables, car la rptition d'observations analogues sur d'autres espces devait, sem- blait-il, venir appuyer les quelques indices de mtamorphose ou mme de gnration alternante qu'on pouvait trouver dans la succession de faits que nous venons de dcrire. Nous nous mmes donc, le 16 juillet 4855, en qute d'autres espces de Vor- ticellines qui pourraient se trouver sur nos Paludines, dans l'esprance qu'elles por- teraient aussi des kystes. Nous ne tardmes pas trouver un assez grand nombre de familles appartenant au Carchesmm polypmum Ehr., cette lgante Vorticelline, qui, au moindre sujet d'effroi, contracte son pdoncule avec une nergie toute particulire. Aprs en avoir pass en vain un trs-grand nombre en revue, nous emes enfin le plaisir I. Obscrvuziuiii c :i|iL'i'ieu/.e iiitunio ad un |irudigiu.sr- 1. KYSTES DES EPISTYLIS. Au printemps de l'anne 1856, nous emes l'occasion de faire une srie d'observa- tions qui viennent jeter une lumire nouvelle sur le cycle de dveloppement de YEpis- tylis plicatilis. Vers le milieu d'Avril, les parties du lit de la Spre qui avoisinent le rivage s'taient repeuples et l des Paludines vivipares. Au lieu de continuer notre tude des pi- l. Ce sujipU'menl a t envoy i rAcadmie au printemps de ranne 1857 (Note de 4H60). 23 178 TUDES SUR LES INFUSOIRES zoaires de ce mollusque, nous prmes un certain nombre de Paludines, dont les unes taient dj couvertes de colonies pistyliennes, tandis que les autres ne paraissaient por- ter encore aucun parasite sur leur tt. Nous esprions obtenir quelques, renseigne- ments sur les petits embryons, supposer que ceux-ci hivernassent sous leur l'orme embryonnaire. Dans tous les cas il tait intressant de scruter de quelle manire les Epistylis chappent au danger qui les menace vers la fin de l'automne lorsque les Palu- dines gagnent le fond des eaux et s'enfoncent dans la vase. En effet, les colonies d'Epis- tylis courent le risque d'tre ce moment l dtaches par le frottement contre les par- ticules boueuses et de prir abandonnes. Il semblait donc dj a priori que ces intres- sants animalcules dussent avoir recours un moyen tutlaire quelconque qui leur permt de passer sans avaries la saison rigoureuse. Nous ne russmes point acqurir de donnes nouvelles sur le sort des embryons, bien que plus d'un fait nouveau vnt se prsenter nous et confirmer l'opinion, dj mise nagures que les embryons se forment aux dpens d'une partie de l'organe connu sous le nom de nuclus. Nous reprendroiis plus bas ce sujet. Par contre nous emes le plai- sir de pouvoir nous assurer du mode d'hibernation des Epistylis et de faire quelques observations nouvelles sur les kystes observs par M. Stein'. Nous avons dj vu ailleurs que ces kystes sont essentiellement diffrents de ceux que nous avons dcrits comme forms par des Amphileptus sur les colonies d'Epistylis. Chacun d'eux est isol pour son propre compte, muni d'un pdoncule large et court et renferme une Epistylis contracte bien reconnaissable. Nos Paludines portaient un nombre considrable de ces kystes (PI. VI, fig. 4). et l se trouvaient sur le tt des mollusques d'anciennes colonies d'Epistylis, datant videmment de l'anne prcdente, jauntres, sales et cou- vertes de petits filaments d'algues incolores. Pas un seul de ces arbres pistyliens, dont la grosseur tait souvent fort considrable, ne portait de VorticeUines. C'taient l vi- demment des colonies abandonnes et mortes, aussi leurs branches taient-elles le plus souvent brises. En outre nous trouvmes des familles plus petites, frache apparence, qui portaient des Epistylis trs allgres dans leurs mouvements. Nous reconnmes bien- tt qu'une grande partie de ces familles taient poites par un t.onc dont la base tait i . Loc. . 7-5y. ET LES RHIZOPODES. 179 notablement plus large et plus jaunie que celle du reste de l'arbre (Fig. 4). Il n'tait pas rare de trouver cette partie basilaire couverte d'algues parasites et montrant en un mot tous les caractres des anciennes colonies dpouilles de leurs habitants, que nous venons de mentionner. Ce fut alors qu'en raclant avec soin la surface de nos Paludines nous en dtachmes un certain nombre de kystes dcrits et figurs par M. Stein, que nous avons dj cits dans notre mmoire (V. plus haut). M. Stein suppose que ces kystes servent la reproduction d'embryons. Ceux que nous observmes (PI. VI, fig. t) taient sans exception munis d'un pdoncule court et large, stri en long. Leur membrane tait paisse ; leur forme ovode. Soit le kyste, soit le pdoncule prsentaient la couleur jauntre des colonies pistyliennes qui avaient hivern sur les Paludines. Chaque kyste renfermait un corps ovale, dans lequel on pouvait parfois supposer ou plutt deviner une Epistylis immobile, grce aux vagues contours du nuclus contourn et la tache claire qui indiquait la place de la vsicule contractile. Dans d'autres kystes parfaitement identiquement forms, la tache claire disparaissait et reparaissait intervalles rguliers, trahissant par ses pulsations la vie de l'animal ;'chez d'autres enfin il tait facile de reconnatre le disque cili retir dans l'intrieur de l'Epistylis et mouvant ses cils. Nous ne tardmes pas rencontrer quelques kystes vides et dpourvus de leur calotte suprieure. Celle-ci avait t videm- ment brise, de sorte qu'il ne restait plus du kyste qu'une espce de coupe porte par un large pied. Du fond de la coupe s'levait un arbre pistyhen (PI. VI, fig. 2), dont la base tait plus mince, parfois considrablement plus mince que le pied de la coupe. L'arbre tait encore jeune, incolore, transparent et non encore sali par des algues ou autres parasites. Le nombre de ses ramifications tait plus ou moins considrable sui- vant les cas. Il n'est pas douteux que ces coupes formant le pidestal d'une famille d'Epistylis ne fussent le reste des kystes prcdemment mentionns. C'est ce que dmontrait jusqu' l'vidence la prsence d'un certain nombre de coupes munies d'un couvercle demi sou- lev pour laisser passer le tronc de l'Epistylis (PI. VI, fig. 3). Ce couvercle n'tait rien autre que la calotte du kyste. Enfin on trouvait et l quelques kystes encore ferms, dans lesquels l'Epistylis avait dj commenc former son nouveau pdoncule, moins large que celui du kyste lui-mme. 48() TUDES SUR LES (KFUSOIRES ' L'enkystement avait donc eu pour but dans ce cas-ci de servir de protection l'Epis- tylis durant la saison rigoureuse. Au printemps, les dangers de l'hiver une fois passs, l'animal perce son kyste, tout en conservant sa forme primitive et se forme un nouveau pdoncule dans le kyste mme. Chez la plupart des exemplaires observs par nous, les restes des kystes taient devenus mconnaissables, souvent dforms et couverts de petites algues parasites, souvent aussi briss, de sorte qu'il n'en restait plus que de petits frag- ments adhrant la place o le jeune tronc tait fix sur l'ancien pied du kyste fPl. VI, ig. 4). Dans d'autres cas enfin il ne restait plus absolument rien du kyste lui-mme. Le tronc de la jeune colonie tait implant sur la base plus large qui avait t nagures le support du kyste et qui se distinguait facilement du tronc rcemment form, soit par sa plus grande largeur, soit par sa couleur jauntre. Nous ne pouvons affirmer que tous les kystes de VEptylis plicatilis aient pour but de protger l'animal durant les rigueurs de l'hiver. Nous ne le pensons mme pas, car nous avons trouv des kystes semblables durant le cours de l't et il n'est gure pro- bable que TEpistylis passe prs d'une anne entire l'tat de repos. Nanmoins ce n'est pas l une raison pour nous ranger l'hypothse de M. Stein. qui admet que ces kystes sont destins produire des embryons. D'une part !a connaissance de la formation d'embryons chez les Epistylis sans enkystement pralable, et d'autre part nos observa- tions sur les causes d'enkystement chez un grand nombre d'autres infusoires, nous for- cent ne voir dans la formation de ces kystes qu'un moyen employ par l'Epistylis pour se soustraire temporairement des influences extrieures nuisibles. Les individus qui ont fait le sujet de ces observations, appartenaient tous la varit grle de YEpistylis plicatilis. On voit par l que des deux espces de kystes dans lesquels on pourrait tre tent de voir des stades de dveloppement de VEpistijUs plicatilis, l'une se trouve sur les branches mme des arbres pistyliens et appartient toujours des Amphileptus, tandis que l'autre se trouve isole et ne parat jouer l'gard de l'animal qu'elle renferme, que le rle protecteur reconnu dj la fin du sicle dernier par (iuanzati pour les kystes des Trachliens. Ni les uns ni les autres de ces kystes ne se transforment en Acinli- niens, transformation qui devrait forcment avoir lieu, si la thorie de M. Stein tait juste. Il ne parat pas non plus que les kystes isols servent jamais la production d'embryons. ET LES HIII/(M'ODES. 181 2. EMBRYONS DKS EPISTYLIS. Au printemps de l'anne 1856, nous emes l'occasion de faire nne nouvelle srie d'observations sur la formation d'embryons dans l'intrieur des Epistylis. Nous ren- contrmes des individus chez lesquels le nuclus tait dans un tat de tumfaction semblable celui cfue nous connaissions dj chez les Stentor et les Aeintiniens. Dans certains cas le nuclus tait divis en plusieurs fragments ; dans d'autres cas, soit le nu- clus lui-mme dans son entier, soit des corps qu' leur apparence on tait tent de con- sidrer comme des fragments de nuclus, se trouvaient fortement tumfis et arrondis. Le centre de ces corps consistance plus ou moins granuleuse tait entour d'une large zone uniforme et ple. (La fig. 6 de la planche VII reprsente un nuclus non divis dans | cet tal de tumfaction. La figure 11 reprsente un nuclus dont l'une des moitis renferme une place granuleuse, tandis que l'autre contient des embryons dans un stade de dveloppement plus avanc.) 11 n'tait pas rare de trouver des nuclus ou des frag- ments de nuclus renfermant des corpuscules sphriques ou ovodes de couleur obscure (tig. 7), dont quelques-uns taient munis d'une tache claire. Parfois on rencontrait des individus chez lesquels cette tache disparaissait et reparaissait alternativement. Quel- ques-uns de ces corpuscules ovales, renferms dans une cavit commune et munis d'une vsicule contractile, laissaient distinguer une ceinture de cils vibratils (fig. 10 et 11). Un cas intressant est celui que nous avons reprsent dans la fig. 8. Un corps allong et recourb (a) de la forme d'un nuclus ordinaire d'Epistylis, renfermait un certain nom- bre de corpuscules ovales dont plusieurs taient munis d'une tache claire. A ct de lui se trouvait un autre corps arrondi, fortement renfl et de couleur ple dont l'une des moitis rpondait parfaitement au stgde que nous avons dcrit plus haut : son centre tait granuleux ; son pourtour clair et plus uniforme. L'autre moiti renfermait dans une cavit plusieurs embryons, munis d'une tache claire, qui, chez quelques-uns tait dj susceptible de contraction. Une partie de ces embryons possdaient dj la ceinture de cils l'aide de laquelle ils nagent lorsqu'ils sont devenus libres. 482 TUDES SUR LES INFUSOIRES REPROOllCTIOiN DES STE]VTOKI]VEES. ^j^^^t^i-^g-- - Le premier mode de reproduction qui se prsente nous, chez les Stentors, est une fissiparit longitudinale des plus curieuses. Il est connu depuis fort longtemps, puisque nous en devons une description au clbre observateur genevois, Ab. Trembley, description d'une exactitude remarquable pour l'poque (4744). Depuis lors, ce mode de division des Stentors est tomb compltement dans l'oubli jusqu' ces derniers temps , o nous avons eu de nouveau l'occasion de l'observer et de confirmer ce qu'avait dit Trembley. Il est regrettable que M. Ehrenberg n'ait pas lu avec plus d'attention le mmoire de ce dernier, ce qui lui aurait vit d'tablir parmi les Stentors des espces sans valeur, et lui aurait donn de ce genre une ide beaucoup plus exacte que celle qu'il s'est forme. En effet, la crte sur la prsence ou l'absence de laquelle M. Ehrenberg base ses distinctions d'espces chez les Stentors, est, ainsi que Trembley l'a reconnu, tantt prsente, tantt absente chez le mme individu. Il en rsulte, comme nous avons dj eu l'occasion de l'indiquer dans la premire partie de ce travail, que l'un des caractres essentiels sur lesquels M. Ehrenberg base sa distinction des .S^ polymorpfms , St. Muelleri , St. cndeiis , St. Roselii, perd toute valeur. Du reste, nous allons rapporter textuellement la manire dont Trembley dcrit la division spon- tane de ses Timnel-like Polypi {Stentor polymorp/ins) ' . 1. Letter from M. Abraham Trembley wilh observations on several iiewiy discovered species ol Fresh-water Po- lypi. Philosophical Transactions of the Royal Society; Niimber 474, p. 186. London, 1744. ET LES RHIZOPODES. ) 83 ft Les Tunnei-fike Poli/pi, dit-il, se multiplient galement par une division spontane, mais ils se divisent autrement que les ClusUring-Polypi {Epistulis Anaslatica). Ils ne se divisent jamais longitudinalement, ni transversalement, mais toujours suivant une di- rection oblique. De deux Twmel-like Polijpi, qui viennent d'tre produits parla division spontane d'un seul, l'un a la vieille tte et une nouvelle partie postrieure, l'autre a la partie postrieure ancienne et une tte nouvelle. Je nommerai celui qui a la vieille tte, le Polype suprieur ; et celui qui a la vieille extrmit postrieure, \e Polype infrieur . La premire particularit observable chez un Tunml-like Polypus, qui s'apprte se 'diviser, ce sont les lvres ' du Polype infrieur. Je veux parler de ces bords (edges) transparents qui sont si faciles voir dans le Polype tout form. Les nouvelles lvres apparaissent d'abord sui- le corps du Polype qui va se diviser, partir du point situ un peu au-dessous des vieilles lvres jusqu' environ deux tiers de la longueur totale du Polype, calcule depuis la tte. Ces nouvelles lvres ne sont pas disposes en ligne droite, suivant la longueur du Polype, mais s'tendent en ligne contourne, faisant peu prs un demi tour. On reconnat ces lvres au mouvement qui les agite, mouvement d'abord tout fait lent. La portion du corps du Polype, qui correspond ces nouvelles lvres, se dessine plus nettement, par rapport au reste, en se condensant en une masse distincte igather up ilself) ; les nouvelles lvres se rapprochent insensible- ment et se ferment. On voit alors, au ct du Polype, une tumeur qu'on reconnat bientt n'tre autre chose que la tte du nouvel individu apparlenant aux lvres dj signales. Avant que cette tumeur ait atteint un dveloppement bien considrable, on commence reconnatre les deux Polypes qui se forment et lorsqu'elle a acquis des di- mensions plus considrables on vpil que les deux Polypes ne sont plus unis l'un l'autre que par une portion trs troite. Le polype suprieur n'adhre plus au polype infrieur que par son extrmit postrieure qui est encore fixe au ct de ce dernier. Le polype suprieur commence alors se livrer des mouvements qui tendent videm- ment le sparer de l'autre; et, en effet, au bout d'un court espace de temps, il se dtache de lui, s'loigne la nage et va se fixer quelque part. J'en ai vu venir se fixer tout ct du polype infrieur dont ils venaient de se dtacher. Le polype infrieur 1. C'esl--diie la range des cils buccaux I 184 TUDES SUR LES INFUSOIRES reste fix la mme place o se trouvait le polype primitif, polype dont il formait une partie intgrante, avant que la division et pris place. A cette description de Trembley nous n'avons, au fond, que peu de chose ajouter. La crte dont M. Ehrenberg se sert pour distinguer les espces, n'est, en effet, que le premier indice de la division spontane qui s'apprte, ainsi que l'observateur genevois l'avait dj constat, il y a plus d'un sicle. Ceci se passe aussi bien chez les individus verts que chez les incolores, chez les individus dont le nuclus est simplement ovale ou en ruban, que chez ceux o il affecte la forme de rosaire. Lapreniire apparition de la crte, qui est d'abord tout fait droite, se manifeste sons la forme d'une lgre ondulation. On ne sait si l'on doit rapporter celle-ci une espce de membrane, ou des cils dj forms, incertitude dans laquelle on se trouve galement plong au sujet de la premire apparition de la couronne ciliaire postrieure des Vorticellines. Puis, l'extrmit de la crte, qui est la plus loigne de la bouche, commence se courber du ct du ventre (PI. IX, lig. 3). A cette place, il se forme un enfoncement, ou fossette, dans les tgu- ments, et la crte semble y descendre. Peu peu cette fossette se creuse davantage, formant un entonnoir dans lequel la range de cirrhes (crte) forme deux tours de spire; c'est la bouche du nouveau Stentor. Plus tard l'enfoncement pntre plus profondment encore, modifie. sa forme primitive et forme ainsi l'sophage qui se revt de cils sur toute sa surface. Cet organe est, dans l'origine, termin en cul-de-sac, et jamais nous n'avons vu de nourriture pntrer dans son intrieur, aussi longtemps que la sparation des deu){ individus n'est pas complte. Avant mme que la nouvelle bouche soit forme, on voit immdiatement au-dessous de la place qu'elle occupera plus tard, une des varicosits du vaisseau longitudinal s'en- fler et prsenter des contractions spontanes. C'est l la premire apparition de la v- sicule contractile du jeune Stentor '. Une fois la bouche forme, la crte, jusqu'alors droite depuis son origine jusqu' ce point-l, s'inflchit par degrs en une ligne courbe, et les lignes produites sur la surface ventrale par les lvations pyramidales des tguments, subissent une modification toute semblable. Pendant ce temps, les stries du i. M. Ehrenberg n'a observ de division spontane que chez son Stentor Itor.iclii et son SI. polymorphus . Mais il rapporte avoir Iroiiv son Stentor Muelleri avec deii\ vsicules contraclilus. ce qu'il considre comme un prlndr de division spontane I ET LES Riiizororiiis. . 185 ct dorsal, et surtout celles qui sont situes entre les cils buccaux du nouvel animal et le dos de-l'ancien, s'allongent, et mme il s'en forme de nouvelles. La suite de l'acte de division est parfaitement conforme la description de Trembley, avec cette adjonc- tion que la courbure des stries, sur la partie de la surface ventrale de l'ancien individu qui est destine former le front (Ehr.) du nouveau , va toujours en augmentant, et finit par former des espces de cercles ou d'ellipses concentriques. Ces cercles ou ellipses ne sont point cependant ferms, mais l'extrmit gauche de chaque strie frontale, se prolonge directement en une strie longitudinale de la surface du corps. Ce n'est que lorsque la sparation des deux individus est dj trs avance, ou mme presque termine, que le nuclus se divise. Le nouvel individu reoit pour son compte, une partie de ce dernier, partie dont les dimensions sont trs variables suivant les cas (Voyez PI. IX, fig. 4, la reprsentation d'une division spontane dans le milieu de son excution). La dure totale du phnomne est extrmement variable. Parfois il suffit d'un peu plus d'une demi-heure pour que la division soit complte. Souvent, cependant, on voit des Stentors dj munis de la crte, premier indice de la division qui commence s'oprei', nager pendant des heures entires ou rester un temps tout aussi long fixs la mme place, sans qu'on aperoive le moindre progrs dans la marche del division. Parfois mme l'on rencontre des Stentors dont la division est dj tellement avance, que le disque frontal du nouvel individu est dj compltement form, et qui ont nan- moins besoin de plusieurs heures encore pour arriver au moment de la sparation dfinitive. M. Ehrenberg donne la figure d'un Stentor occup se diviser ' , qu'il rapporte son St. Rselii, et il reprsente les deux gemmes fissipares, comme ayant chacune une crte latrale, bien que la division n'en soit qu'au moment o le nouveau disque frontal se forme. Si ce n'est pas l une erreur, il faut peut-tre admettre que la sparation com- plte des deux individus s'tait trouve tellement retarde, que chacun d'eux tait dj occup subir une seconde division spontane, bien qu'ils eussent encore un seul et mme nuclus commun. I. Infusionslhieie. Taf. XXIV, Fig. Il, 4. U 18G TUDES SUR LES INFUSOIRES En outre de cette intressante (iivision spontane, nous avons eu l'occasion d'observer chez les Stentors la production d'embryons internes. Dj, en 1845, M. Eckhard ' men- tionnait l'existence d'embryons chez le Stentor cruleuset le Stentor polymorphus de M. Ehrenberg. Il les vit rsulter de globes arrondis qu'il observait dans l'intrieur de ces infusoires. M. Eckhard n'a fait qu'une tude trs superficielle et excessivement fautive des Stentors ', auxquels il va jusqu' refuser l'existence du vaisseau longitudinal, dj dcrit par M. de Siebold. Les boules qui, suivant lui, sont le premier indice des em- bryons sont, d'aprs sa description, d'abord peu granuleuses, mais prennent plus tard "" une consistance grenue. Il ne se demande pas d'o elles ont pu provenir. Sur leur surface un certain nombre de granules s'arrangent en ligne et forment un organe glanduleux qui, au bout d'un certain temps, donne naissance une range de cils. C'est l videmment la bouche, dit M. Eckhard. Si ces observations sont exactes, c'est ce que nous ne pouvons nier avec certitude, mais nos propres observations, faites sur un nombre d'individus peu considrable ', les rendent peu probables * . Nous vtnes, en etfet, chez quelques individus, le nuclus, apparence granuleuse peu dfinie, se rentier l'une de ses extrmits, et cette partie rentle en ovode ou en boule se dtacher du corps de ce nuclus {V. PI. IX, fig. 5). Chez d'autres individus nous constatmes un nombre plus considrable de ces renflements, dont les uns taient dj compltement spars du nuclus, tandis. que les autres taient encore intimement unis avec lui. 1. Wiegiiiami'.s Archiv. 184(5, \i. 'i-l 2. Les figiire.s que M. Eckhard domie de diverses Vorlkelliiies sont galemenl de la pUss grande inexactitude. il reprsente bien le disque comme entour de cirrlies sur tout son pourtour, mais il dessine mi canal alimentaire dont l'ouverture anale et l'ouverture buccale sont fort loignes l'une de l'antre, sur les bords du disque, peu prs aux deux extrmits d'un mme diamtre. 3. Depuis lors nous avons vu la lorination des end)r\ons chez ini plus jjraiid nombre d'individus, sans que les donnes de M. EckUard aient gagn pour nous en vraisemblance. i. Parmi plusieurs centaines de Stentoi', nous n'en avons trouv que cinq, durant le mois de novembre iSSS, qui renfermassent des embryons dj pourvus chaciui d'une vsicide contractile, l'ar contre, nous avons obser\ bien plus frquemment les modifications du nuclus, dont nous allons parler, ainsi que la division spontane. Mallieuren- sement il parait que les conditions anormales o se trouvent les infu.soires sous le microscope retardent considra- blement la marche de leur dveloppement, soit qu'on observe sous une |)etite plaque de verre, soit qu'on enlve celle-ci. Les Stentor en particulier, vu leur grosseur, paraissent souffrir tout spcialement de l'insuftisance du liquide dans lequel on les observe. ET LES RHIZOPODES. * 187 Chez quelques-uns, une partie du nucJus tait simplement en forme de ruban, tandis ({ue le reste pi sentail plusieurs tranglements, de manire qu"on pouvait trouver tous les passages possibles, depuis le nuclus en ruban jusqu'au nuclus en patentre, sur lesquels M. Ehrenberg s'est bas pour diffrencier des espces. Chez d'autres, enlin, le nuclus tait entirement partag en un certain nombre de fragments (au nombre de deux huit), dont les uns taient encore pfus ou moins allongs, les autres ovales ou sphriques. Une fois, nous vmes l'un de ces fragments s'allonger peu peu Jusqu'au point d'acqurir une longueur double de celle qu'il possdait d'abord. Sans doute, il tait en voie de reproduire un nuclus aussi long que cet organe l'est d'or- dinaire. D'autres, au contraire, grossissaient bien," mais, au lieu de s'allonger, se rap- prochaient toujours plus de la formr d'une sphre. Une fois nous rencontrmes un individu dont le nuclus dans son tiers infrieur (c'est--dire celui qui est dirig vers la pointe de l'animal) offrait l'apparence d'un ruban uniforme comme d'ordinaire; la partie suprieure, voisine de la bouche, n'offrait non plus rien d'anormal ; le centre au contraire tait renfl en boule et se dtacha, pendant la dure mme de l'observation, de la partie suprieure. Entre cette boule cen- trale et le commencement du tiers infrieur, le nuclus se trouvait interrompu (Voy. PI. IX, fig. "2) et dans l'intervalle se voyait une norme sphre de O'""\065 de diamtre, dont le contenu offrait une apparence toute autre que celle du nuclus. Elle renfermait en effet quatre petits globes couleur plus claire, mesurant 0""",035 en diamtre, glo- bes dont la priphrie offrait une apparence claire et uniforme, tandis que le centre, sur un diamtre quivalant peu prs au tiers du diamtre total, paraissait grossirement granuleux et un peu plus sombre. Dans l'un de ces petits globes on remarquait une petite vsicule doue de contractions qui prsentaient uu rhythme rgulier. Au bout de peu de temps une vsicule semblable se montra aussi chez les autres. Plus tard on put reconnatre des cils sur toute leur surface. Ces cils en gnral trs fins se montraient plus forts une certaine place. Enfin ces petits globes commencrent tourner autour de leur axe. Parfois ils se contractaient, de manire ce que leur surface se ridt, pr- sentant des bosselures et des enfoncements. A ce moment l les cils taient beaucoup plus faciles reconnatre. Il n'tait gure possible de douter que nous eussions faire 1^8 TUDES SUR LES fN'FUSOIRES l de vrais embryons', car on ne peut admettre que des animalcules qui auraient t avals par le Stentor, commenceraient seulement alors se munir d'une vsicule contractile et de cils. Ils devraient bien plutt cesser peu peu de se mouvoir et leurs contours devraient devenir de plus en plus indistincts. Trois de nos jeunes individus ne donnaient au contraire dans l'origine aucun signe de vie ; le troisime ne donnait i e- connatre son existence individuelle que par les contractions de sa vsicule contractile et durant une observation prolonge pendant plusieurs heures, nous vmes des signes de vie se manifester chez eux avec une vidence toujours croissante. La position de la grosse sphre entre les deux moitis du nuclus semblait montrer que les embryons s'taient dvelopps dans un fragment de ce dernier, frag- ment qui s'tait spar par un acte de division spontane de l'organe. Cette hypo- thse devait gagner singulirement en vraisemblance par les observations que nous fmes depuis lors au sujet des modifications du nuclus et que nous avons dj rappor- tes. Malheureusemeut il ne nous fut pas possible de constater tous les passages d'un fragment du nuclus la sphre renfermant les embryons. Une fois seulement nous vmes une portion renfle du nuclus qui, tout en tant encore unie ce dernier, sem- blait former un degr intermdiaire. Ce fragment tait en effet granuleux l'intrieur, comme le contenu des embryons. Ce centre tait entour d'une masse plus claire, rap- pelant ta formation analogue que nous avons mentionne chez les embryons, tandis que la priphrie fort mince offrait la mme apparence que le nuclus lui-mme. Imm- diatement ct de cette partie renfle du nuclus se trouvait un globe encore plus gros, contenant un coips qu'on pouvait dj reconnatre pour un embryon. Celui-ci ne tarda pas en effet laisser voir une vsicule doue de pulsations rhythmiques. 11 n'y a pas lieu de s'tonner que nous n'ayons pu observer un nombre plus consi- drable de formes intermdiaires, car c'est toujours un hasard, lorsque l'individu qu'on prend pour sujet de ses observations appartient l'une de ces phases. Les modifications grossires du nuclus se laissent bien en- effet reconnatre sans qu'il soit besoin de pro- cder un nouvel examen trs minutieux, mais les fins dtails de structure ncessi- I. M. Ehrenherj; a prleiKliufiu- les eiiilii.vi.ii.s que M. Eikliarii cioyaii -.rciii oliseivt'-s chez les Sleiitor. n'taient (lue des Vorticelles avales. KT LES UIIIZOPODES. ) 9 tent une grande attention et une lumire favorable. Cependant chez les individus incolores, grce leur plus grande diaplianit, on reconnat facilement la prsence d'embryons dj bien dvelopps. Il est peu probable qu'on arrive facilement constater tous les passages ; en effet sur plusieurs centaines de Stentoi- que nous avons examins, nous n'en avons trouv que cinq qui continssent des embryons dj forms, c'est--dire une proportion d' peine un pour cent. Peut-tre la formation d'embryons est-elle plus frquente au printemps, car c'est dans cette saison que M. Eckhard l'ob- serva. M. Oscar Sclimidt', qui dit avoir vrifi les donnes de M. Eckhard, n'indique pas l'poque de l'anne laquelle il fit ses observations ". Chez deux autres Stentor nous vmes un nombre d'embryons moins considrable que chez le premier : l'un n'en contenait qu'un seul, l'autre deux, enferms chacun dans un corps sphrodal particulier. Chez l'un de ces individus le nuclus tait normal, c'est--dire en forme de bande, seulement un peu renfi l'une de ses extrmits, chez l'autre il possdait plusieurs renflements. Enfin dans un cinquime nous observmes un Stentor renfermant environ douze embryons dont quatre taient contenus dans une sphre commune. Deux autres corps sphrodaux en contenaient chacun deux. Les autres embryons remplissaient chacun pour leur propre compte une sphre isole. La grosseur des embryons est trs variable. Ceux du dernier Stentoi- mentionn, dans lequel ils taient contenus en grand nombre taient relativement peu gros. Leurs dimensions taient un peu infrieures celles des quatre embryons enferms dans une sphre commune que nous avons mentionns tout d'abord. Chez les trois Stentor qui ne renfermaient chacun qu'un seul embryon, celui-ci atteignait une grosseur bien au- trement considrable. Le plus gros que nous ayons observ mesurait 0""",057 en diamtre. Nous retrouvons donc ici le mme phnomne que chez VEpistylis plicatilis et la Poduphri/a quadripartita. Un fragment du nuclus se spare du leste et donne naissance tantt un seul embryon, tantt plusieuis. Dans deux des cas observs, le Stentor qui renfermait des embryons tait en mme 1 Kruriep's iXoli/.eii. I8i9, |>. H. 2. Depuis lors nous avons t dans le cas d'observer la tormatiim des rmbrvoii? ehez les Stentor dans luules les saisons de r.nime indifl'reninienl. (Note de ISliO). 190 TUDES SUR LES ISFUSOIRES temps occup se multiplier par division. Chez l'un nous suivmes mme la marche du phnomne depuis la formation de la crte latrale jusqu'au moment o le disque frontal du nouvel individu fut compltement form. L'embryon se trouvait log prcis- ment ta ct de la vsicule contractile de ce dernier. Malheureusement la nuit tombante .nous fora d'interrompre notre observation et le lendemain nous ne pmes retrouver notre Stentor. Nous n'avons pu russir pier le moment o les embryons des Stentor quittent leur parent, et les essais que nous avons tents dans le but de produire une parturition artificielle ne furent point couronns de succs. M. Eckhard et M. Oscar Schmidt disent avoir observ plusieurs fois la sortie des embryons, sortie qui aurait lieu pen- dant la natation de l'animal-parent. Ce que M. Eckhard rapporte au sujet des em- bryons tout forms nous a sembl fort peu clair. Il s'attendait, dit-il, ce que la coque des germes devenus libres clatt, si bien qu'il paratrait que les embryons qu'il observa avaient t mis au monde avec le corps sphrodal qui les contenaft dans la cavit du corps du parent. Il considre la range de cils plus forte, qu'il croit avoir vue, comme la bouche. Du reste il ne sait pas que faire de cette observation ; il ne sait comment il doit l'interprter et il se demande s'il a peut-tre eu devant lui le commencement d'un phnomne de gemmation, attendu, dit-il, que ces corps se trouvaient prcisment la place o les bourgeons apparaissent d'ordinaire. Or, il est assez curieux de noter que personne n'a observ jusqu'ici de gemmation proprement dite chez les Stentor efnul ne peut par suite comprendre les paroles de M. Eckhard. Il ajoute du reste lui-mme que cette hypothse n'est pas admissible et que c!est plutt l un mode de reproduc- tion particulier, analogue la formation des germes chez les vers intestinaux. M. Oscar Schmidt s'exprime d'une manire encore plus indcise que M. Eckhard. 1CYE1?IA WlEIil^EKI. -CS=s35fe;^^4 Durant notre sjour Valloe, sur les bords du fjord de Christiania, au commence- ment du mois d'aot 1855, nous emes l'occasion d'tudier un parasite des plus intressants. Il appartient cette classe d'animalcules qui ont t dcrits sous le nom de filaments veineux des Cphalopodes, et qui ont t tudis particulirement par M. Erdl ', puis plus tard par M. Koelliker. Ce dernier a cr pour eux le nom gnrique de Dicyema ". L'espce observe par nous, et laquelle nous donnons le nom de fHcyema Miielleri, est un animal qui, par sa forme extrieure, semblerait au premier abord devoir se 1. Prof. Erdl : Ueber die beweglidien Fadon in den VenenanhngeiiderCephalopoden. Erichson's sous Archiv, 1843, p. 162. i. Berichte vou der Koniglichen Zootomischen Aiistall zu Wiirzbiirg, Bericlit fiir das Sciiuljahr, |si7-|Si8. Leipzig, 1849. 26 202 TUDES SUR I,ES INFUSOIRES ranger parmi les vers, mais un examen un peu attentif de sa structure fait bientt re- connatre que ses affinits vritaijles sont d'un tout autre genre. 11 est cili sur toute sa surface, et, dans son intrieur, il n'est pas possible de reconnatre aucun organe particu- lier. Nous n'avons pas mme russi constater, chez cet tre singulier, la prsence d'une ouverture buccale. En somme, les Dicyema possdent probablement leurs plus proches parents parmi les Opalines. Nous avons trouv ces animalcules dans les mmes organes o M. Erdl et M. Klliker les avaient signals , savoir, dans les reins d'un Cphalopode, VEledone cirrhosa, Lam. M. Erdl n'indique pas dans quelle espce il observa les fi/anienls mobiles, mais il parat en tous cas que c'tait un Octopus. L'animalcule observ par M. Erdl tait, d'aprs ses descriptions un long filament cili sur toute sa surface, termin sa partie antrieure, par un disque glabre, dans le centre duquel se trouvait une ouverture. Celle-ci tait, peut-tre, au dire de M. Erdl, une bouche. M. Klliker n'a point vu d'ouverture semblable chez son IHciiema jiani- doximi, pas plus que nous chez le Dicyenia Muellcri. , Eu revanche, la partie antrieure du Dicijnna Mticl/eri est munie d'une aimure trs-singulire (V. PI XI, 1 3 et 5 0). Elle a t reconnue d'abord par M. .loh. Muelier, qui se trouvait avec nous Valloe. Cette armure se compose de deux ou trois ranges de plaques, juxtaposes peu prs comme les cailles sur une carapace de tortue. Les plaques de la range antrieure sont des triangles sphriques, scalnodes, dont les sommets se runissent poui' former l'extrmit antrieure de l'animal. Les plaques de la seconde et de la troisime range sont des espces de trapzes ajusts immdiatement derrire les triangles de la premire lange. La forme mme de l'a- nimal est trs variable. Tantt c'est un long filament, peu prs partout d'gale largeur; tantt sa partie antrieure est fort large, relativement la partie posliieure qui est mince et trs allonge, tellement que l'animal ressemble alors au ttard d'un batracien (IM. XL fig, 4); tantt, enfin, le corps est pour ainsi diie contract, relativement court et large. Nous regrettons vivement que des circonstances di- verses nous ayant forcs d'interrompre nos observations, nous ne puissions pas indi- quer exactement le nombre total des plaques de l'armure sui la face dorsale; cliaque range est forme par deux plaques. ET l.KS RHIZDf'ODES. 203 La consistance du corps do l'animal rappelle tout fait celle du corps des Opalines et de beaucoup d'autres infusoires cilis. Les plaques elles-mmes ne semblent point formes par une substance particulire. C'est plutt une simple apparence, produite par une rigidit locale des tguments, comparable 'i la rigidit des tguments des Euplotes. Le Dici/emu Muclleri prsente dans son intrieui' une cavit qui reproduit assez exactement la forme extrieure du corps. Ces parois sont d'une paisseur assez variable (comparez, par exemple, la lig. 1 et la iig. 3). Elle renferme un contenu tout fait diaphane et seulement un peu granuleux. Chez certains individus, on trouve cette grande cavit remplie de soi! contenu ordinaire, et renfermant en outre un nombre trs-variable de globules sphriques (PI. XI, fig. "2), structure fiomogne et de couleur trs claire. Ces globules sont distribus inditTremment dans toutes les rgions de cette cavit. Chez d'au- tres individus, on trouve ces globules, consistance homogne, associs d'autres dans lesquels se montre -une tache obscure- Lorsque l'on considre attentivemeut ces derniers, on s'aperoit que ce sont des corpuscules munis de cils et renferms chacun dans une enveloppe spciale iPI. XI, fig. 3). On ne tarde mme pas en trouver un certain nombre qui s'agitent vivement dans leur troite cellule. Ce sont l les embryons du Dicyema, rsults probablement de modifications dans les globules prcdemment mentionns. On peut facilement faire sortir artificiellement ces embryons de leur parent, au moyen d'une pression adroitement exerce. Mais il n'est aucunerinent ncessaire de recourir ce moyen, car ces jeunes individus se trouvent en abondance l'tat de libert dans les reins de VElednne cirrhosa, au milieu des adultes. Leur forme est nota- blement diffrente de celle de ces derniers. Les embryons ont, en effet, assez exactement la forme d'une toupie (PI. XI, fig. 4). Le sommet en est parfaitement glabre. La partie qui s'amincit en pointe, est, au contraire, munie de cils excessivement longs, relative- ment beaucoup plus longs que ceux de l'adulte. Le contenu est identiquement le mme chez tous. C'est, d'une part, une espce de nuclus assez fortement rfringent, enferm dans une espce de grande cellule ou cavit, et, d'autre part, une accumulation de globules dous galement de proprits trs rfringentes, et qui font l'impression de gouttelettes 204 TUDES .SUR LES hNKUSOIRES huileuses. C'est sans doute l une provision de matire plastique, destine servir au dveloppement ultrieur du jeune animal. Enfin, au-dessus del cellule qui renferme le nuclus rfringent, se trouve une vsicule claire qu'on serait tent, au premier abord, de prendre pour une vsicule contractile. Nous n'avons jamais pu cependant observer de contractions chez elle. M. Erdl a tudi galement le dveloppement de ces Dicyema. Il a constat la prsence de ces mmes globules dont nous avons parl, seulement ils sont, suivant lui, rassembls dans la partie postrieure du corps. Les embryons se trouvaient, au con- traire, dans la partie antrieure, et il tait facile de suivre toutes les phases de leur formation, depuis l'arrire jusqu' l'avant de l'animal. A une certaine place du corps de ce dernier , se trouvait un largissement en forme de sac , renfermant une substance granuleuse, et ce n'tait qu' partir du moment o les ufs (c'est ainsi que M. Erdl nomme les globules) arrivent dans ce sac, qu'ils commenaient se d- velopper. M. Erdl attribue, en consquence, ce sac les fonctions d'organe fcondant, de testicule en un mot. Chez notre Dicyema, les choses ne paraissent pas se passer ainsi. Nous n'avons vu chez lui aucun organe en forme de sac, pouvant jouer le rle de testicule. D'ailleurs, nous n'avons jamais vu les globules, non dvelopps en embryons, accumuls dans la partie postrieure du corps. Ils sont, au contraire, dissmins indiffremment dans toute la cavit. Il en est de mme des embryons cilis (PI. XI, lig. 3), bien que d'aprs la description de M. Erdl, ils ne dussent se trouver que dans la portion antrieure. M. Erdl a pu suivre plus compltement que nous la formation des embryons dans ses diftrentes phases. Les ufs (nos f/hlmlrs) possdent, suivant lui, un nuclus qui se rsout en une masse granuleuse. Celle - ci s'accrot de manire devenir bien plus grosse que le nuclus primitif, puis les granules 55), comme supplment un excellent mmoire de notre anii M. Guido Wagener sur le genre Dicyema. Nous renvoyons pour une foule de dtails, soit a>i mmoire de M. Wagener, soit celui de M. Klliker, que nous n'avions pas encore pu nous procurer l'poque de notre rdaction. Nous remarquerons seu- lement que, soit M, Klliker, soit M. Wagener, distinguent dans les espces de Ticyema <|u'Us ont observes deu\ espces d'embryons, dont l'une prsente la mme forme que les embryons dcrits par nous, tandis que les autres sont allongs, veimiformes {wurmformige Embryonen Kiilliker). Il est fort possible (ou mme probable) que les corps allongs que nous avons signals chez, certains Dicyema Muellcri ne soient que le premier rudiment de cette seconde forme d'embryons. (Note de 1860). ET LES RHIZOI'ODES. "207 REPROriUCTIOS D'irnr rbizopode. (URNULA EPISTYLIDIS.) -i<3F5fc5S';*Sf*>2 Sur les troncs et les branches des himiles cVEpisty lis plicaiilis nous avons trouv en grand nombre un animalcule vivant dans une coque ou urcole en forme de bou- teille (V. PI. I, fig. 2, a, et PI. X, iig. 1). Cette coque s'amincit en pointe vers son extr- mit infrieure; elle est fixe latralement au moyen d'un petit disque d'encrassement sur l'arbre pistylien (PI. X, fig. 1). La partie qui avoisine son ouverture est rtrcie et en particulier comprime sur les cts, de sorte que cette ouverture forme comme une espce de fente. La face ventrale de l'urcole est rapproche du pdoncule de l'Epis- tylis, de manire ce que l'axe du parasite forme un angle trs aigu avec ce pdoncule. Son ouverture est toujours tourne du ct de l'Epistylis. Dans cet urcole se trouve toujours, tantt plus ou moins librement suspendu dans l'intrieur, tantt retir dans le fond, un animal sur les affinits duquel on peut rester longtemps dans le doute, mais que nous croyons maintenant avoir des raisons suffi- santes pour classer parmi les Rhizopodes. Gel animal a la forme d'un uf un peu allong. Sur son ct ventral, c'est--dire sur celui qui regarde le pdoncule de l'Epis- tylis on remarque d'ordinaire une petite chancrure. C'est de ce point que partent les expansions variables qui caractrisent notre animal en tant que Rbizopode. Ces expan- 2((ijf5 TUDES sur. LES iNFUSOIRES sions ordinairement au nombre de deux cinq seulement sont trs minces, tiliformes et s'agitent d'ordinaire trs vivement. L'animal les retire souvent compltement dans son urcole et les tend de nouveau au dehors. Parfois elles sont termines en bouton ce qui fait qu'on serait tent de les prendre pour les suoirs d'un Acinlinien. Cependant la consistance de ces expansions parait s'opposer celte manire de voir. Elles sont semes de petits granules 'comme les pseudopodes d'une Actinophrys, d'une Acanlho- mtre ou d'une Gromie ; elles peuvent non-seulement se rtracter, mais encore se di- viser et prendre des formes irrgulires qui rappellent tout fait ce qu'on voit chez les Actinophrys et d'autres Rhizopodes (V. PI. VI, fig. 2, a). Les granules sont continulle- ment en mouvement comme dans les pseudopodes des Rhizopodes. On les voit couler pour ainsi dire, tantt dans un sens, tantt dans un autre. Nous n'avons cependant pas encore observ de fusion entre deux de ces expansions filiformes comme on le voit fr- quemment chez d'autres Rhizopodes. La vsicule contractile est situe du ct dorsal, peu prs dans son milieu. La manire dont VUrmda Epistylidis se reproduit est un phnomne des plus intres- sajQts. Ea effet, on ne connat jusqu'ici aucun exemple de reproduction d'un Rhizopode, s_i l'on; fait abstraction de la fis&iparit observe par M. Sclineider^ chez la Diffliigia EnGkely.s (?) Ehr. M. Schneider vit deux individus rsulter de la division d'un seuil. L'un d'eux scrta une coque nouvelle tandis qu'il tait encore Intimement uni avec l'autre. M. Sciiueider nomme ce phnomne une genimatioai fliospungj, mais on peut aussi bien le oaractri&er par l'expression de division spontane, ou si l'on aime mwux ide (jemmalion fissipure, puisque les deux individus avaient une taille gale. Les termes n'ont du .reste ici qu'une importance tout fait secondaire. M. Schneider a vu galement plusieurs individus (trois cinq) .ayant cJiacun leur coque distincte, unis par une expansion cOiHmune et il croit pouvoir interprter la cliose par une division semblable. S'il s'agissait l d'une conjugaison ou bien d'une scissioci, c'est ce qu'il est diflicile de dcider. Par contre M. Schneider croit devoir refuser le inom 4e conjugaison au phnomne dj observ par M. Cohn ' et par M. Perty ' et constat galement par I . Miiller's Aicliiv, iUsA, p. -H).). 2. SiehoUrs mid Kiilliker's Zeitscbiilt fur wissencbaftliche Znoloi>i(>. IV''' ld. p. 2H1. 3. Ziir Kcnnliiiss doi- kleinsicn LebensfOTinen. Berii, I8M. ET I.F.S RHIZOPODES. "209 lui-mme, de la runion de deux Arcelles, accoles l'une l'autre, ouverture <^du tt) contre ouverture. Nous avons observ souvent le mme phnomne et comme, de mme que ces observateurs paraissent l'avoir dj vu, nous avons toujours trouv l'un des tts ancien et opaque et l'autre nouveau et transparent, nous pensons. devoir donner pleine- ment raison M. Schneider'. Notre Rhizopode forme un nouveau genre caractris par une coque ou tt, fixe au moyen d'une espce de pdicelle. Ce tt consiste de mme que celui des Arcelles en une substance organique qui n'est point encrote de substances trangres comme la coque des Difllugies. Les pseudopodes sont peu nombreux, ordinairement filiformes, et naissent tous d'une place dtermine de la surface du corps. Nous avons observ chez VlJrmda Epistiflidis non-seulement une multiplication par lissiparit, mais encore une reproduction au moyen de petits embryons. La division spontane prsente chez ce Rhizopode des particularits remarquables. On voit d'abord natre la partie dorsale de l'animal, entre le milieu et la partie postrieure une seconde vsicule contractile. La partie antrieure commence montrer des stries qu'on reconnat bientt tre dues la formation de cils trs fins (PI. X, fig. 2). Un sillon circulaire oblique se dessine la surface et produit un tranglement qui finit par oprer une division complte (fig. 3). A l'aide de ses cils, l'individu cili gagne le de- hors de l'urcole. Il a alors la forme d'un corps ovale (fig. 4) profondment stri et couvert de cils sur toute sa surface. Sa transparence est assez considrable. Dans la partie qui, pendant la natation, est dirige en avant, on remarque un nuclus de consistance granuleuse. Nous n'avons pu voir chez ce nouvel individu rien qui pt faire songera l'existence d'une ouverture buccale. Malheureusement il ne nous a pas t possible de poursuivre l'animal nouvellement form jusqu'au moment o il passe l'tat de repos. Mais nous regardons comme probable qu'il gagne quelque branche d'un arbre pisty- Hen, qu'il s'y fixe et forme un urcole nouveau tout en perdant son enveloppe cilie. Ce mode de division fissipare est des plus intressants, en ce sens que les deux indi- vidus qui en rsultent prsentent un aspect tout diffrent l'un de l'autre. Nous avons I . Depuis lors, nous avons l<; daos le cas de nous convaiDcre que souvent cet accollement de deux coques n'in- dique point la prsence de deux Arcelles, mais qu'il a rapport un changement de coque d'nn seul et mme hidi- vidu. Voyei le Tome l" de ces tudes. (Note de 860). 210 TUDES SUR LES INFUSOIRES du reste dj eu l'occasion de voii un cas semblable chez VAcineta mystacina. L'un des nouveaux individus, bien qu'issu d'un Rhizopode dpourvu de toute espce de cils revt une enveloppe cilie et s'loigne la nage comme un infusoire cili. Cependant on ne peut point dire que l'individu cili soit un embryon, ni une simple gemme produite par l'animal primitif. En effet, l'individu cili garde pour son propre compte l'ancienne vsicule contractile, tandis que l'autre reste dans l'urcole, conserve sa forme de Rhizo- pode et se munit d'une nouvelle vsicule. Chez l'Acitieta mystacina les choses se passent tout fait de la mme manire. Nous avons vu l'une des moitis de l'Acineta se recouvrir de cils et s'cnrter la nage. Dans l'un des cas observs ce nouvel individu se fixa immdiatement devant l'ancienne coque et se dveloppa en Acineta. Cette observation se trouve du reste corrobore par la cir- constance que M. Cienkowsky ' a vu quelque chose de tout semblable se passer chez la Podophiya fixa. Un second mode de reproduction dont nous avons galement constat l'existence chez notre Rhizopode est encore plus intressant que le premier plus d'un point de vue. Dans le premier stade de prparation ce mode de reproduction, l'on voit l'Urnula rtracter ses pseudopodes et prendre la forme d'un corps ovale, allong, chez lequel les pul- sations de la vsicule contractile deviennent de plus en plus lentes {PI. X, fig. 5). Peu peu l'on voit apparatre dans l'intrieur de son corps un ou plusieurs noyaux assez gros (PI. X, fig. 6). Si ce noyau est identique avec le nuclus primitif, ou bien, lors- qu'il y en a plusieurs, s'ils sont rsults d'une division spontane du nuclus, c'est ce que nous n'avons malheureusement pas pu observer d'une manire directe, attendu que le nuclus est, dans la plupart des cas, fort diificile apercevoir. Mais, s'il est permis de tirer une conclusion des observations nombreuses que nous avons faites en pareil cas sur divers infusoires cilis et d'appliquer cette conclusion un Rhizopode, nous serons tents de croire une relation intime entre ces corps et le nuclus primitif. Chez les Epistylis, en eiet, et le Parameciuni Bursaria par exemple, c'est tantt le nuclus entier, tantt une partie seulement du nuclus, qui, lorsque ces animaux se prparent se reproduire, subit des modifications tout fait analogues celles que nous allons dcrire chez l'Urnula Epistylidis. \ I. Uuiletins de rAcadriiiic imptTiale de Sl-Pt'tei"SbOurg. 1853. ET LES lilllZOrODES. 511 Une fois que les corps sus-mentionns ont fait leur apparition, ils augmentent de grosseur pendant quelque temps, et une cavit se forme leur intrieur. Chez beau- coup d'individus, cette cavit laisse bientt voir, dans son intrieur, une foule de petits corpuscules en proie une vive agitation. Nous ne nous permettrons pas de dcider si ce n'est l qu'un simple mouvement molculaire, ou bien s'il faut y voir quelque chose d'analogue l'agitation des zoospermes chez les animaux suprieurs (V. PI. X, fig. 7 et 8). II est seulement certain que dans un grand nombre d'individus chez lesquels ces corps ovodes ont atteint un certain degr de dveloppement, jusqu'au point de remplir compltement la cavit forme par les tguments de l'individu primitif, ces corps su- bissent des modifications trs-profondes. On voit de petits corpuscules, semblables ceux dont nous venons de parler, s'agi- ter avec vivacit dans leur intrieur pendant un certain temps, sans qu'il nous ait t possible de dterminer s'ils se forment dans la cavit mme, ou bien si, engendrs dans d'autres, ils pntrent de l'extrieur dans ceux o nous les avons observs. Bref, leur agitation finit par cesser, et la substance qui forme les corps ovodes prsente alors des modifications importantes. Ces corps se montrent d'abord sous la forme d'une cavit limite par une paroi paisse et uniforme. Bientt cependant on commence distinguer une diffrenciation dans la substance. Il s'y forme de petits globules, dont les contours gagnent graduellement en vidence, de sorte que la paroi finit par ne plus consister qu'en une couche de ces globules (fig. 9) , tapissant la membrane externe. Plus tard, cette membrane dveloppe un ou plusieurs prolongements tubuleux et ter- mins enccum, jusqu'au point d'atteindre les parois de l'urcole ou tt du rhizopode primitif, et ces prolongements finissent mme par percer cette paroi (fig. 10). En mme temps une partie des globules se dtachent de la paroi du corps ovode, et se meuvent dans le liquide qui remplit la cavit. Une dhiscence ou dchirure ne tarde pas s'effectuer l'extrmit du tube aveugle qui a perc l'urcole, phnomne qui se trouve probablement acclr par la pression exerce par les corpuscules en mouvement. Ces petits tres sortent alors, les uns aprs les autres, par l'ouverture et gagnent le large (fig. 9). Vu leur petitesse, il ne nous a malheureusement pas t possible de dterminer s'ils possdaient une vsicule contractile ou non. L'agitation perp- tuelle dans laquelle ils se trouvaient tait un obstacle de plus cette dtermination. 212 TUDES SUR LKS INFUSOIRES Cependant nous avons cru une ou deux fois pouvoir distinguer un organe de ce genre. Nous nous^abstenons de faire des iiypodises sur le sort de ces petits tres et sur les mtamorplioses qu'ils subissent avant de revenir la forme normale de VUrnula Epis- tjilidis. En etlet, au bout d'une observation soutenue pendant une dure d'une heure une heure et demie, nous avons toujours fini par les perdre de vue au milieu du laby- rinthe de pdoncules d'Epistylis et de petites monades en mouvement'. Nous fmes ces observations de la mi-juillet au commencement d'aot 1855. 1. Eu relisant ces observations cinq annes a|irs r|ioque de leur rdacliuii premire, uuds soniiiies trap|is de la ressemblance que ce second mode de dveloppement offre avec l'volution des lijtridium. INoiis sommes amens par suite nous demander si ce second mode de prtendue reproduction ne doit pas tre i[iterprt comme un pti- nomne rentrant dans l'volution d'un organisme vftal 'deslrncleur de VVrnuln Epislylidis. Jitsqu'ici nous n'avions fait connatre VCrnula Kpisiylidis c(ue par une diagnose dans la premire partie de ces ludes et par une courte mention dans les Armales des sciences naturelles (IS38). M. Stein, dans le bel ouvrage qu'il vient de publier (Der Organismus der Infusionstliiere. Leipzig, IHa'J), croit pouvoir admettre que l'tre auquel nous avons donn le nom dT. Epislylidis n'est que le rsultat d'une mlamorpliose de l'Epislylis plicalilis el point un organisme spcial. Il ne serait pas loyal de notre part de combattre srieusement cette assertion, qui n'a pu tre avance que parce que nous n'avions pas encore [>ui>li de ligure ni de descri,)tiou dtailles de cet animal, (pii n'a trs-eertaiuement rien l'aire avec Y Epixlylis pliiiililis ni avec aucune antre Vorlicelline. (Noie de ItiHO). ET LES RHIZOPODES. 213 ENKYSTEMENT DES IIVFIISOIRES. ~'-^^-'^^:-'T~ La dcouverte de l'enkystemenl des infusoires, ce procd par lequel ces animal- cules s'enveloppent d'une coque rsistante, ferme de toutes parts, n'est point une chose nouvelle. Dj, dans le sicle pass, Otto Friedericli Mller parat avoir eu con- naissance de l'enkystement du Colpoda Cucculhis, sans en avoir cependant bien saisi la signification, cai' il parat n'y voir qu'une espce de mue, opinion qui, de nos jours, devait retiouver un reprsentant dans la personne de M. Ehrenberg. Hinc decortica- tionem, dit Mller, sive cutis nmtatianem uti ni iusertis apteris et nonnuUis atnphibiis suspicari licel. Mais le premier qui ait consacr ce phnomne une attention relle, et qui l'ait dcrit d'une manire exacte, estLuigi Guanzati ', en l'an 1796. L'animal sur lequel il a fait ses expriences, et auquel il donna le nom deProte, parat tre Vrujihi/cptus moniligcr, Ehr. Comme sa description est rellement trs exacte, nous tenons la reproduire ici : Peu avant cette mtamorphose, dit-il, le corps entier de l'animal parat compltement transparent, et sa forme semble plus longue et plus troite qu'auparavant. On ne remarque |)lus alors ces places plus sombres qu'on aper- cevait nagures. Quanta ce qui concerne ses mouvements, l'animal parat se contour- 1 . Osst'rvatioiii c S|ierien7,e inlorno ad iiii i.iotligiuso animaliiccio dlie ininsioni, di l.iii^i C.uanzali, dans le.s Opusculi stelti sulle scienze e sulle arli. 'lom. XIX. Milaijo, 17y6, p. o-i\. Vw Iraduclion de ce mmoire rare dont il a beaucoup t parl dans ces derniers unips, a paru rtceninieiil dans la Zeilsdirift fur wissenscU, Zoologie. VI'- Rd. ISr.S, p. io. 21 4 TUDES sur. LES INFUSOIRES ner plus souvent que d'ordinaire : il ciiange constamment de place, jusqu' ce qu'il s'arrte enfin, contracte son corps allong, et il se raccourcit peu peu de manire prendre enfin la forme d'un globule. Il se met alors tourner sur lui-mme sans changer de place. Peu de temps aprs on voit apparatre, tout autour du globule, un anneau plus transparent que le globule lui-mme, et cet anneau n'est, comme j'eus l'occasion de m'en assurer plus lard, qu'une coque ou enveloppe autour de l'a- nimal transform en boule. On voit ce dernier continuer tourner avec une grande rgularit l'intrieur de cette coque. La direction de ce mouvement de rotation change chaque instant, car on voit l'animalcule tourner tantt de droite gauche, tantt de gauche droite, puis d'avant en arrire ou d'arrire en avant. Ces change- ments de direction ne s'oprent qu'insensiblement et sans que le globule tournant change jamais dplace. Tel est le passage qu'on a dit n'avoir pas t interprt trs exactement par M. Ehrenberg ', lorsqu'il disait que Guanzati avait dj dcrit, comme un retour l'tal d'uf, un simple phnomne de mue. Le fait est que Guanzati n'a vu dans cet en- kystement, ni une mue, ni un retoui' l'tat d'uf. il a beaucoup mieux saisi l'essence de ce phnomne que M. Ehrenberg lui-mme. Nous lisons, en effet, plus loin les lignes suivantes : Tandis que je rllchissais sur cette circonstance, il me vint l'esprit de chercher me procurer par ce moyen (la dessication) ce spectacle singulier, afin de pouvoir l'- tudier mieux, car il nem'arrivaitque rarement de surprendre un Prote dans le moment o il se prparait cette mtamorphose. Je fis, par suite, diverses tentatives, et celles- ci furent couronnes d'un succs complet. J'acquis en effet bientt la conviction que, s'il est jusqu' un certain point dans notre puissance de faire revivre le Prote, lorsqu'il est mort, nous possdons aussi le pouvoir de le soumettre volont celte transfor- mation. Pour cela, il suffit de laisser vaporer le liquide, dans lequel l'animal nage, jusqu'au point que celui-ci ne puisse plus se bouger, et de laisser tomber alors sur lui une gouttelette d'eau. Par ce procd j'ai russi atteindre le but dsir. Il est besoin, cependant, dans cette exprience de beaucoup d'exercice et d'habilet, car, si l'on ne i. Ueber die Formheslndigkeit iincl lien Enlwickluiigskieis der organischen Foimen. .Monatsberichl der k. preii.ssiscben Akademie /u Berlin, 1832. ET LES RRIZOPODES. 'Si 5 lait pas tomber la goutte d'eau prcisment au moment voulu, mais un peu trop tt, c'est dire lorsque l'animal est encore trop vif, l'exprience est manque ; la mme chose a lieu lorsqu'on laisse tomber la goutte un instant trop tard, c'est dire lorsque le Prote a cess tout mouvement et probablement aussi perdu la vie. En effet, dans le premiei' cas, l'animal reprend toute sa vivacit premire, sans subir aucune moditica- tion; dans le second cas, il reste immobile et se dissout sans donner signe de vie. > A ces observations de Guanzati nous n'avons de fait que fort peu de chose ajouter, car il est certain que la plupart des kystes d'infusoires cilis qu'on rencontre sont ds l'influence d'agents extrieurs, qui ont rendu la vie incommode ces animaux. Parmi ces agents l'vaporation de l'eau vient se ranger en premire ligne, comme l'observa- -teur italien l'avait dj reconnu. Au nombre des infusoires qui s'enkystent avec le plus de facilit en pareil cas, sont prcisment les Amphileptus et nous avons vu que le Prote de Guanzati appartient ce genre. A chaque instant on rencontre par hasard sous le microscope un Amphileptus occup continuer son kyste. Souvent ce kyste est peine achev, que l'animal en sort pour en construire immdiatement un nouveau, comme si sa premire construction lui avait dplu. Les partisans des instincts aveugles devraient placer dans le sensorium de cet animalcule l'image d'un kyste, image qui ne le quitte- rait pas et qu'il s'eftbrcerait constamment de raliser. Inversement on le voit fr- quemment sortir de son kyste pour y rentrer immdiatement, comme nous l'avons souvent vu chez des Amphileptus logs sur une famille d'Epistylis. Mais le fait mme qu'on voit si frquemment ces animaux occups s'enkyster s'explique probablement par les circonstances anormales dans lesquelles ils se trouvent en gnral sous le mi- croscope, n'ayant qu'une trs faible quantit d'eau leur disposition. Une fois ainsi enkysts les infusoires paraissent pouvoir supporter parfaitement la dessication, tre transports au loin par les vents et ne revenir la vie active que lorsque leur kyste vient tomber dans l'eau. Nous avons souvent dessch des kystes de Vorticelles et de Kolpodaet toujours nous avons, au bout d'un certain temps, trouv leurs habitants parfaitement vivants. M. Stein' rapporte avoir trouv de petites taches rouges sur des feuilles de bouleau t. Die Inliisionstliierclien, p. 225. 2J6 TUDES SUR I.SS INFUSOIRES au milieu de l'Erzgebiri^e, dans une localit sans eau, une hauteur de "2000 pieds au- dessus du niveau de la mer. Ces taches taient surtout abondantes l'aisselle des bour- geons, sur les cicatricules etc. L'observation microscopique y fit reconnatre le rotateur (PhUodina roseola) qui colore souvent la neige en rouge, les ufs de ce rotateur, puis e Macrobiotus Hufelandi et enfin une grande quantit de Kolpoda Cucullus Ehr. enkysts. Soit ces kystes, soit le Rotateur et le Tardigrade ne pouvaient avoir t apports l que par le vent et tous plongs dans l'eau, revinrent trs promptement la vie. A ct de cette cause d'enkystement dcouverte par Guanzati, vient, selon M. Stein, s'en ranger une seconde : la prparation la reproduction. La reproduction des infusoires cilis dans des kystes a surtout t tudie par M. Stein. L'exemple le plus intressant qu'on puisse citer est celui du Co/poda Cucullus, connu ds longtemps par le singulier moyen qu'on doit employer pour l'obtenir. Il suffit en gnral, ce qu'il parait, de prparer une infusion avec du foin sec pour obtenir cet animal en abondance. Ce fait, fort propre tre exploit par les partisans d'une gnration spontane, s'explique parfaitement par la facilit avec laquelle le Colpoda Cucullus s'enkyste. A l'poque des grandes pluies, o nombre de prairies sont submer- ges, il se dveloppe en abondance; puis, la saison sche venant, il s'enkyste jusqu' ce qu'une occasion favorable le reporte dans l'eau, ou bien il attend philosophiquement que les pluies reviennent. Les prairies sont par suite toutes remplies de ces kystes qu'on emmagasine dans les granges avec le foin. Lorsque les Colpoda veulent se diviser', ils se mettent tourner sur place parfaite- ment de la manire indique par Guanzati chez sou Prote. Un sillon se montre la surface de son corps et pntre toujours plus profondment. Ce n'est qu' ce moment- l qu'on russit apercevoir les contours du kyste. Souvent on voit se former un sillon perpendiculaire au premier, de manire qu'il se forme quatre nouveaux individus. Avant que leur sparation soit compltement termine, ils scrtent galement un kyste commun. Dans d'autres cas, le Colpoda s'enkyste d'abord et se divise en deux, puis en quatre. Il n'^st pas rare que la division se rpte encore une fois, et que des quatre jeunes individus, il en rsulte huit. Ces jeunes individus, soit au nombre de 1. Stein: Die Infusionsthierchen, p. 21. ET LES RHIZOPODES. 217 (juatre, soit au nombre de huit, peuvent scrter chacun un kyste spcial dans le kyste commun. Ce dernier peut alors se tendre, et les kystes spciaux deviennent hbres. iNous avons vu, comme 31. Stein, la division des Colpoda dans leurs kystes, sans cependant la poursuivre jusqu'au moment de la l'ormalion des kystes spciaux. Par contre, nous avons eu une l'ois l'occasion d'observer dans une infusion des myriades de petits kystes qui ressemblaient infiniment aux petits ky&tes spciaux figurs par M. Stein. La plus grande partie d'entre eux offraient- la forme un peu triangulaire que M. Stein indique dans Tune de ses ligures. Mais durant l'espace, de quatre mois, pendant lequel nous observmes rgulirement ces kystes, nous ne pmes y apercevoir aucun change- ment. M. Stein ' a galement observ la reproduction par enkystement d'une Vorticelle {Vorticella microstoma. Ehr.). On voit d'abord, d'aprs sa description, le contenu de- venir granuleux et se transformer peu prs compltement en un liquide glatineux, homogne, limpide comme du crystal. Le nuclus, jusqu'alors rest intact, laisse voir un grand nombre de corpuscules discodaux dans son intrieur; ceux-ci s'accroissent ses dpens et finissent par se sparer de lui sous forme de jeunes embryons. La mem- brane interne du kyste (probablement forme par les tguments de l'ex-Vorticelline) dveloppe une ou plusieurs places des prolongements aveugles et tubuleux, qui per- cent la paroi du kyste, s'ouvrent et laissent sortir le liquide avec les jeunes individus qu'il contient. Ceux-ci sont fort petits (1/28.5 de ligne environ), ce qui n'a pas permis il M. Stein de reconnatre leurs cils. Il a cru constater une grande analogie entre eux, et les Monas Colpoda et scintillans'. Nous n'avons malheureusement pas eu jusqu'ici l'occasion de rpter ces intres- santes observations, qui sont une preuve de plus du rle important que joue le nuclus dans la reproduction des infusoires. Nous tenons seulement faire remarquer combien ce phnomne offre d'analogie ave le mode de reproduction par embryons internes que 1. Ueber die Enlwicklunn der Vortirelleii. Zeitschrill 1. wiss. Zool. 1851, ot lurusiojisltiierclieii, p. 9i et siiiv. 2. Depuis lors, M. Steiii s'est convaincu que ces faits doivent tre rapports lvolutiou non pas de la l'orti- cella microstoma, mais d'un vgtal voisin des Chjtridiuni et parasite de ces Vorticelles. Il est possible, comme nous lavons dj dit plus liaul, ipie les laits observs par uous die?- VVrnula'-Bpislylidis aient aussi rapport nn orga- nisme voisin des Chjlridinni. \.\ole de IS60). 28 218 TUDES SUR LES ISFUSOIRES nous avons tudi chez VUrnula Episti/lidis. Chez cette dernire aussi, nous avons vu cette foinnation de prolongements aveugles et tuLiiieux, qui venaient percer les parois de l'urcole pour s'ouvrir au deiiors. Les observations de M. Stein sur VAcinela mys- tacina, que nous avons dj eu Foccasion de ii-apporter ailleurs, pourraient peut-tre rentrer dans la mme catgorie de phnomnes'. La division dans des kystes, sans tenir compte ici des infusoires flagells, a t ob- serve chez un grand nombre d'infusoires cilis, par exemple chez le Glaucoma scintil- lans, par M. Stein", chez une Nassula ot chez la Styloiiychia pnstulata par M. Cien- kowsky de .laroslatt^ chez les Amphileplus, o nous l'avons dj mentionne, etc. Cependant il est toujours permis de se demander si c'est bon di oit que M. Stem veut voir dans l'enkystement une prparation normale l'acte de la reproduction. La chose nous parat encore douteuse, pour les infusoires cilis tout au moins. Que les Colpoda et d'autres infusoires cilis se divisent spontanment dans leur kyste, c'est un tait avr, mais il n'est point dmontr qu'il y ait entre les deux phnomnes, la division spontane d'une part et l'enkystement de l'autre, une relation de cause el'et. Nous avons vu les Amphileplus se diviser frquemment dans leurs kystes sur les arbres d'Episiylis, et cependant il est certain que ce n'tait point l le but dans lequel ils avaient construit ces kystes. Mme chez le Colpoda icu/lus, il est possible que la ru- nion des deux phnomnes soit purem'ent accidentelle, car si l'on voit des Colpoda se diviser dans leurs kystes, il n'en est pas moins frquent d'en trouver qui se divisent en deux, et puis en quatre l'tal de libert. M. Stein rapporte en effet lui-mme qu'on voit un sillon se former la surface de ces animaux et pntrer toujours plus profond- ment, jusqu' ce que la division en deux soit peu prs opre. A ce momenl-l, se dessine un second sillon perpendiculaire au |)remiei , sillon qui se creuse toujours plus profondment et finit par donner lieu, conjointement avec le premier, une division en quatre. Avant que celle-ci soit compltement termine, on voit ordinairement l'ani- mal occup se diviser, se scrter un kyste. Mais il est fort possible que ce cas ordi- naire soit prcisment l'exception. Au moment, en effet, o l'on place ime goutte d'eau 1. Il l'st retnntm aiijounriiiii |i;ir M. Sioin i|ue ces oliscrvalions coiaonimil le dvelopiiunieiU d'iiii CUvliidiuin (Note de )8(iii). i. Die liifiisioiisUiierdieii, etc., p. 250. 5. L'eber Cjsteiihildunj; bei deii Inrusovien. Zeilsclirift lir wlss. Zoolo'git;. Vl''' Bd. I8ri5, ji. 301. ET LES RHIZOPODES. 219 SOUS le microscope, celle-ci se trouve renfermer des Colpoda en voie de se diviser l'tat de libeit. Aprs un laps de temps fort court, la position devient gnante pour ces animalcules par suite de l'vaporation, si bien que pour chapper h une mort immi- nente, ils se mettent scrter un kyste, suivant leur habitude bien connue. C'est l une chose difficile dcider, puisqu'il n'est gure possible d'observer les Colpoda sous le microscope, sans les transporter dans ces conditions anormales. Toutefois, il est fort possible, ce nous semble, que la reproduction par enkystement, telle que la reprsente M. Stein, ne soit qu'une division fissipare ordinaire, dans des circonstances, o, suivant les observations de Guanzali, l'infusoire doit s'enkyster. La reproduction des infusoires cilis dans des kystes, qu'elle soit ou non acciden- telle, est d'une haute importance, en ce qu'elle nous montre combien il faut se tenir sur ses gardes avant de conclure du mode de reproduction d'un organisme flagell, que cet organisme doit tre class parmi les algues et point parmi les infusoires. Les plus grandes raisons que M. Cohn ' fasse valoir pour ranger les Gonium, les Polytoma, les Chlamydomonas, etc., parmi les plantes, malgr la prsence de vsicules contrac- tiles chez ces organismes, c'est qu'ils se multiplient par une division spontane, binaire et rpte, comme lesPalmellaces et d'autres algues. M. Cohn est, du reste, peu con- squent dans sa manire de voir, car, ailleurs ", il considre comme des animaux les Euglnes, chez lesquelles il vient de dcrire un mode de reproduction tout semblable. Il est impossible d'tablir une distinction essentielle entre le mode de division du Col- poda Cucidlns, dans son kyste, et celui des Chlamydomonas, des Protococcus, etc. C'est, dans les deux cas, un enkystement suivi d'une division spontane, suivant la srie 2, 4, 8, 16, etc. Seulement, dans l'un des cas, il sort du kyste des individus flagells, dans l'autre, des individus cilis. Celte reproduction, par division spontane dans le kyste, ofTie mme chez le Colpoda Cucidlus, une apparence encore plus vgtale, puis- qu'on veut la nommer ainsi, que celle du Chlorogonmn euchlorum, par exemple, ou que celle de la Polytoma Uvella, o l'organisme parent, dont l'enveloppe tient lieu de kyste, prsente des phnomnes de vitalit parfaitement indpendants de ceux des nou- 1. Eiilwicklungsgeschichte der mikroskopischen .\lgea nd Pilze. 1855. i. Veher ProlocnccHS plHvialiis Klz. Nova Acta Aeadem. C;cs. Leop. iiat. r.'.iriosnnini Ix-l'J.' ^^O TUDES SUR LES INFUSOIRES veaux indivitlus, jusqu'au moment o la division est termine. La division du Colpoda Cncculhis a donc encore plus d'analogie que celle de ces organismes avec celle d'une Chlamydomonas, et cependant M. Cohn a dclar que la Polytoma Uvella est une plante, uniquement par suite de l'analogie de son dveloppement avec celui d'une (ihla- mydomonas. Il ne viendra cependant l'ide de personne de rclamer les Kolpoda au nom du rgne vgtal ! De Flotow ', qui considre le Protococcus phvialis comme une plante, veut voir la diflerence entre les plantes infrieures et les animaux, dans le fait qu'on peut dess- cher les premires sans leur nuire, ce qui, dit-il, n'est pas possible lorsqu'on a faire des animaux. M. Braun, dans son ouvrage sur l'Anabiose , a dj montr que de Flotow avait t trop loin, en ce sens que le Protococcus ne peut supporter la dessication qu' l'tat de repos, c'est dire l'tat qui correspond l'enkystement des infusou'es, et nous avons vu, comme Guanzati l'avait dj constat, que ces derniers restent a sec sans inconvnient dans cet tat. Certains animaux (des Rotateurs et des Tardigrades) poussent donc plus loin encore que les Protococcus la facult de revivre aprs la dessi- cation, puisqu'ils n'ont pas mme besoin de s'enkyster pour cela. Jusqu'ici l'on ne connaissait que ces deux causes d'enkystement.chez les infusoires, savoir, d'une part, l'influence de l'vaporation de l'eau et autres circonstances analo- gues, et, d'autre part, la prparation la reproduction, cette dernire cause n'tant mme pas parfaitement certaine. Nous pouvons encore en assigner une troisime, savoir la protection contre les injures extrieures pendant la digestion. C'est l le cas de l'en- kystement de VAmpIdlrptus Meleagris sur les colonies d'Epistylis, auquel nous avons consacr suffisamment de temps plus liant. Ici, il ne peut tre question d'une com- binaison de l'acte de la digestion avec l'vaporation de l'eau sous le mici'oscope, pinsque l'enkystement a lien chaque fois que le Trachlien avale une Vorticelline, dans la Spre aussi bien que sous le microscope. Le simple enkystement (sans division spontane) a t observ chez im grand nombre d'infusoires cilis ; ainsi par exemple, par M. Cohn, chez les Lacn/maria Olor, le Tra- I. .Acta Acad. Ca?s. Leup. Nalura' curiosoiiim. XX, i84i. t. Uober die Ersciieinungeii der Veijiingima in drr >;Uiii'. ET LES RHIZOPODES. "^l chelius Ovimi, le Prorodon teres, VHolophyo. Oiiwi' et V Atnphileplus Fas